Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 janvier 2024, M. B... A..., représenté par Me Doulouma, demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 21 juin 2021 par lequel le maire de la commune de Sainte-Marie a refusé de lui délivrer un permis en vue de la régularisation de deux logements sur la parcelle cadastrée BV 389, située 54 chemin Robert, et de mettre à la charge de la commune la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il est titulaire, depuis le 18 juillet 2021 et en l’absence de réponse de l’administration, d’un permis de construire tacite ;
- l’arrêté du 21 juin 2021 doit s’analyser comme un retrait de ce permis tacite, soumis à une procédure contradictoire qui n’a pas été mise en œuvre ;
- il est entaché d’une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 424-5 du code de l’urbanisme.
Par ordonnance du 2 mars 2026, la clôture d’instruction a été fixée au 2 avril 2026 à 12 heures.
Un mémoire présenté pour la commune de Sainte-Marie a été enregistré le 2 avril 2026 à 12 heures 06 et n’a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Duvanel, premier conseiller,
- les conclusions de M. Ramin, rapporteur public,
- les observations de Me Doulouma pour M. A... et celles de Me Benoiton pour la commune de Sainte-Marie.
Considérant ce qui suit :
Le 18 mai 2021, M. A... a déposé en mairie de Sainte-Marie un dossier de permis en vue de la régularisation de deux logements sur la parcelle cadastrée BV 389, située 54 chemin Robert. Par un arrêté du 21 juin 2021, dont le requérant demande au tribunal de prononcer l’annulation, le maire de Sainte-Marie a refusé de lui accorder le permis sollicité.
Sur la qualification de la décision attaquée :
Aux termes de l’article R. 423-23 du code de l’urbanisme : « Le délai d’instruction de droit commun est de : / (…) / b) Deux mois pour les demandes de permis de démolir et pour les demandes de permis de construire portant sur une maison individuelle, au sens du titre III du livre II du code de la construction et de l’habitation (…) ». Aux termes de l’article R. 424-1 du même code : « A défaut de notification d’une décision expresse dans le délai d’instruction déterminé comme il est dit à la section IV du chapitre III ci-dessus, le silence gardé par l’autorité compétente vaut, selon les cas : / (…) / b) Permis de construire, permis d’aménager ou permis de démolir tacite. »
Il ressort des pièces du dossier que la demande de permis de construire de M. A... a été déposée le 18 mai 2021 et était réputée complète à cette date. Le délai d’instruction de deux mois a donc commencé à courir à compter de cette date. Si le maire a pris, dès le 21 juin 2021, avant l’expiration du délai de deux mois, une décision de refus de permis de construire, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette décision aurait été notifiée au requérant avant le 30 novembre 2023, date à laquelle il est constant que M. A... en a pris connaissance, en se rendant lui-même auprès des services municipaux. Dès lors, à la date du 18 juillet 2021, M. A... était bénéficiaire d’un permis de construire tacite, décision créatrice de droits. Par suite, la décision expresse notifiée le 30 novembre 2023 doit, dans les circonstances de l’espèce, s’analyser comme une décision de retrait de la précédente décision implicite créatrice de droits.
Sur la légalité de la décision attaquée :
En premier lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2 (…) sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». L’article L. 122-1 de ce code précise que « Les décisions mentionnées à l’article L. 211-2 n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. (…) ». La décision portant retrait d’un permis de construire est au nombre de celles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2 du même code. Elle doit, par suite, être précédée d’une procédure contradictoire, permettant au titulaire du permis de construire d’être informé de la mesure qu’il est envisagé de prendre, ainsi que des motifs sur lesquels elle se fonde, et de bénéficier d’un délai suffisant pour présenter ses observations. Le respect de la procédure ainsi prévue par les dispositions précitées des articles L. 121-1 et L. 122-1 constitue une garantie pour le titulaire du permis que l’autorité administrative entend rapporter.
En l’espèce, la commune de Sainte-Marie ne justifie pas avoir respecté une procédure contradictoire avant l’édiction de la décision attaquée, qui doit être regardée comme valant retrait du permis tacite obtenu par M. A.... Par suite, le requérant, qui a été privé d’une garantie, est fondé à soutenir que l’arrêté litigieux est intervenu au terme d’une procédure irrégulière.
En second lieu, aux termes de l’article L. 424-5 du code de l’urbanisme : « La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d’aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s’ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. / (…) ». Compte tenu de l’objectif de sécurité juridique poursuivi par le législateur, l’autorité compétente ne peut rapporter un permis de construire, d’aménager ou de démolir, tacite ou explicite, que si la décision de retrait est notifiée au bénéficiaire du permis avant l’expiration du délai de trois mois suivant la date à laquelle ce permis a été accordé.
La décision du 21 juin 2021 procédant au retrait du permis tacitement délivré à M. A... n’a, ainsi qu’il a été dit au point 3, été notifiée à ce dernier que le 30 novembre 2023, soit au-delà du délai de trois mois rappelé par les dispositions précitées, qui expirait le 18 octobre 2021. Par suite, le requérant est fondé à soutenir que la décision attaquée est intervenue en méconnaissance des dispositions précitées de l’article L. 424-5 du code de l’urbanisme.
Il résulte de ce qui précède que M. A... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 21 juin 2021 par lequel le maire de Sainte-Marie a refusé de lui accorder le permis de construire sollicité.
Sur les frais liés à l’instance :
Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Sainte-Marie une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. A... et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L’arrêté du 21 juin 2021 du maire de Sainte-Marie est annulé.
Article 2 : La commune de Sainte-Marie versera à M. A... une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et à la commune de Sainte-Marie.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Laso, président,
- M. Sauvageot, premier conseiller,
- M. Duvanel, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
F. DUVANEL
Le président,
J.-M. LASO
Le greffier,
D. CAZANOVE
La République mande et ordonne au préfet de La Réunion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.