jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100209 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BRUNET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée les 12 avril 2021, des mémoires complémentaires, enregistrés les 7 novembre 2021, 13 décembre 2021, 15 janvier 2022 et 8 avril 2022, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 30 avril 2021, l'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier, la SCI BEN, M. et Mme AO I AH, M. et Mme AC E, la SCI Moineau, M. AI AJ, Mme W de Lucy de Fossarieu, M. B I AH, la SCI Blue Bay Villa, la SAS Dapinvinst, M. et Mme AP I AH, M. et Mme R AG, la SARL Société de gestion de patrimoine et de service (SGPS), M. O U de Chastaigne, M. P U de Chastaigne, la SARL Les Lyonnais, M. et Mme D M, la SCI du Cap, Mme AA N, la SCI Memavic, M. et Mme X N, AL AE, M. et Mme C Z, la SCI Guadapai, M. K N, la SCI Hapides, M. et Mme AF AN, M. AB AM, M. et Mme X G, AK F, M. T S, M. J AM, Mme Q de Reynal de Saint Michel, M. K V des Grottes, la SARL Prestations journalières générales (PJG), Mme L A et Mme AD G, représentés par la Selarl Lazare Avocats, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 10 février 2021 par lequel le maire de la commune du François a délivré à la SAS SC Presco un permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier de neuf bâtiments à usage d'hébergement touristique sur un terrain situé lieu-dit Pointe Cerisier au François ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2022 par lequel le maire de la commune du François a délivré à la SAS SC Presco un permis de construire modificatif relativement à son projet d'édification d'un ensemble immobilier de neuf bâtiments à usage d'hébergement touristique sur un terrain situé lieu-dit Pointe Cerisier au François.
Ils soutiennent que :
S'agissant de la recevabilité de leur recours :
- leur requête est recevable puisqu'elle a été formée dans le délai de recours contentieux de deux mois ;
- leurs habitations étant toutes implantées au sein de la Pointe Cerisier, ils ont la qualité de voisin immédiat du projet, lequel affecte les conditions de jouissance de leurs biens respectifs compte-tenu des nuisances qu'un projet d'hébergement touristique d'envergure est susceptible d'engendrer ;
- les conclusions qu'ils ont formé en cours d'instance tendant à l'annulation du permis de construire modificatif sont recevables en application de l'article L. 600-5-2 du code de l'urbanisme ;
S'agissant de la légalité du permis de construire initial :
- l'arrêté est entaché de vice de procédure dès lors que les services de la DEAL ont rendu un avis le 9 septembre 2020 sur la base d'un dossier qui n'était pas complet et qui a été complété le 15 octobre 2020 ;
- le dossier de permis de construire est irrégulier puisqu'il ne permet pas d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement, qu'il ne comporte pas d'attestation d'architecte conforme, que le plan de masse ne fait pas apparaître les plantations maintenues, supprimées ou créées et qu'il comporte une ambiguïté concernant la destination des constructions ;
- la société a fait une présentation différenciée de son dossier de permis de construire selon les différentes autorités qu'elle a sollicitées au cours de l'instruction, caractérisant ainsi une manipulation constitutive d'une fraude ;
- le permis de construire méconnaît l'article L. 425-6 du code de l'urbanisme dès lors que la société pétitionnaire n'avait pas obtenu préalablement l'autorisation de défrichement nécessaire à la réalisation des travaux ;
- malgré les prescriptions imposées par le maire, le projet n'est pas compatible avec les règles d'accessibilité des personnes à mobilité réduite qui s'appliquent aux établissements recevant du public et le permis de construire ne peut tenir d'autorisation au titre de l'article R. 111-19-7 du code de la construction ;
- les prescriptions de l'avis du service d'incendie que le maire a repris dans l'arrêté de permis de construire portant sur la présence d'un poteau armé piqué sur une canalisation, les caractéristiques de la voie-engin et de l'aire de retournement ne sont pas réalisables ;
- la prescription imposée par le maire imposant la végétalisation des talus après terrassement bouleverse le projet dans la mesure où elle est trop ambiguë ;
- le maire était tenu de s'opposer au projet en application l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme dès lors qu'il porte atteinte à la sécurité et à la salubrité publique, celui-ci ne comportant aucun système adapté d'assainissement et de gestion des eaux de vidange des piscines ;
- l'arrêté méconnait les articles R. 111-27 du code de l'urbanisme et 11 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme puisque le projet n'assure pas une insertion harmonieuse dans son environnement naturel et bâti ;
- le projet méconnait les règles d'exposition aux vents dominants de l'article R. 111-53 du code de l'urbanisme, les façades situées à l'est étant aveugles ou peu percées de baies ;
- le projet méconnait l'article 3-1 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme dès lors que les voiries dont il prévoit la création ne permettent pas l'accès aux véhicules de secours ;
- le projet de construction ne peut être raccordé à un réseau public d'eau potable, en méconnaissance des articles 4-1 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme de la commune et L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- malgré les prescriptions imposées par le maire, le projet ne comporte aucun dispositif approprié de gestion des eaux pluviales, notamment de débourbeur, déshuileur ou de traitement des eaux de vidange des piscines, en méconnaissance de l'article 4-3 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme ;
- le projet ne respecte pas la hauteur maximale des constructions de 6 mètres au niveau de l'égout de toit imposée par l'article 10 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme ;
- le projet méconnait l'article 13 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme dès lors que l'ensemble des arbres abattus ne sont pas remplacés et qu'il ne prévoit pas de planter les aires de stationnement à raison d'un arbre pour quatre places ;
- les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ne peuvent être mises en œuvre puisque l'éloignement du réseau public de distribution d'eau potable et les caractéristiques des vois d'accès font obstacle à toute régularisation ;
S'agissant de la légalité du permis de construire modificatif :
- le permis modificatif est intervenu au terme d'une procédure irrégulière au regard de l'article R. 423-50 du code de l'urbanisme, en l'absence de saisine pour avis de la société martiniquaise des eaux (SME) et du service territorial d'incendie et de secours (STIS) ;
- le dépôt d'un dossier de permis modificatif n'a pu régulariser l'irrégularité du dossier du permis initial et confirme au contraire l'ensemble des illégalités dont était affecté l'arrêté initial du 10 février 2021 ;
- le dossier de permis modificatif est irrégulier dès lors qu'il comprend une présentation erronée et faussée du projet, et qu'il ne comporte pas le plan des végétaux préservés et projetés ;
- le projet modifié méconnait les articles 4-2 et 4-3 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme et R. 1331-2 du code de la santé publique puisque qu'il prévoit que les eaux des piscines, après passage au déchlorinateur, serviront à l'arrosage des espaces vert ;
- il méconnait pour la même raison l'article L. 214-1 du code de l'environnement ;
- le projet modifié, qui prévoit un raccordement au réseau public d'eau potable à un point situé à près de 800 mètres de la parcelle, méconnait les articles 3 et 4 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme, ainsi que l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2021, des mémoires complémentaires, enregistrés les 10 décembre 2021, 14 janvier 2022 et 18 mai 2022, ainsi que des pièces complémentaires, enregistrées le 11 mars 2022, la SAS SC Presto, représentée par la Selarl Gil-Fourrier Cros et Crespy, conclut :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que le tribunal mette en œuvre la procédure de régularisation prévue aux articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ;
3°) à ce qu'il soit mis à la charge des requérants une somme de 3 000 euros à lui verser en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 13 du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme est irrecevable en application de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme ;
- les moyens soulevés par l'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier et les autres requérants ne sont pas fondés ;
- subsidiairement, le permis de construire en litige pourra être délivré après que le tribunal mette en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.
La procédure a été régulièrement communiquée à la commune du François, qui n'a produit aucune observation.
En application de l'article R. 611-1 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de la SAS SC Presco, enregistré le 28 janvier 2022, n'a pas été communiqué.
Par ordonnance du 4 août 2022, la clôture d'instruction a été fixée le jour même, en application des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.
En application de l'article R. 613-3 du code de justice administrative, le mémoire complémentaire de l'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier et des autres requérants, enregistré le 15 septembre 2022, postérieurement à la clôture d'instruction, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Y,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Ghaye, avocat de l'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier et des autres requérants, et de Me Brunet, avocate de la SAS SC Presco.
Considérant ce qui suit :
1. La SAS SC Presco a déposé auprès des services de la mairie du François, le 6 juillet 2020, une demande de permis de construire en vue de l'édification d'un ensemble immobilier de neuf bâtiments à usage d'hébergement touristique sur un terrain situé lieu-dit Pointe Cerisier au François. Par arrêté du 10 février 2021, le maire de la commune du François a délivré le permis de construire sollicité, en l'assortissant de prescriptions. L'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier, la SCI BEN, M. et Mme AO I AH, M. et Mme AC E, la SCI Moineau, M. AI AJ, Mme W de Lucy de Fossarieu, M. B I AH, la SCI Blue Bay Villa, la SAS Dapinvinst, M. et Mme AP I AH, M. et Mme R AG, la SARL Société de gestion de patrimoine et de service (SGPS), M. O U de Chastaigne, M. P U de Chastaigne, la SARL Les Lyonnais, M. et Mme D M, la SCI du Cap, Mme AA N, la SCI Memavic, M. et Mme X N, AL AE, M. et Mme C Z, la SCI Guadapai, M. K N, la SCI Hapides, M. et Mme AF AN, M. AB AM, M. et Mme X G, AK F, M. T S, M. J AM, Mme Q de Reynal de Saint Michel, M. K V des Grottes, la SARL Prestations journalières générales (PJG), Mme L A et Mme AD G ont alors saisi le tribunal administratif de la présente instance aux fins d'obtenir l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté de permis de construire. Postérieurement à l'introduction de l'instance, la société pétitionnaire a déposé une demande de permis modificatif auprès des services de la mairie du François, le 30 novembre 2021. Par un nouvel arrêté du 9 février 2022, le maire de la commune du François a délivré à la société le permis modificatif sollicité. Dans la présente instance, les requérants demandent au tribunal administratif, dans le dernier état de leurs écritures, d'annuler les deux arrêtés de permis de construire, initial et modificatif, que le maire de la commune du François a délivrés à la SAS SC Presco les 10 février 2021 et 9 février 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la légalité des deux arrêtés de permis de construire litigieux :
2. En premier lieu, l'article 4, intitulé " Conditions de desserte des terrains par les réseaux publics d'eau, d'électricité et d'assainissement ", du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme de la commune dispose : " () 4-1. Eau potable / Toute construction ou installation nouvelle nécessitant une alimentation en eau doit être raccordée au réseau public de distribution d'eau potable. Les installations doivent être munies d'un dispositif de protection contre les phénomènes de retour d'eau. Elles ne doivent pas être susceptibles de permettre la pollution du réseau public ou du réseau intérieur privé, par des matières résiduelles ou des eaux polluées. / il en va de même pour les lotissements et les occupations mentionnées à l'article 1. () ".
3. D'une part, il ressort des éléments du dossier de permis modificatif, notamment de la notice descriptive complémentaire, que, à l'occasion du dépôt de sa demande de permis de construire modificatif, le 30 novembre 2021, la SAS SC Presco a modifié les modalités de raccordement au réseau d'eau potable de son projet de construction et sollicité à cet effet l'installation sur la voirie publique d'un compteur autonome auprès de la société martiniquaise des eaux (SME), concessionnaire du réseau public d'eau potable. Toutefois, il ressort de l'avis défavorable de la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique (CAESM), qui exerce la compétence en matière d'eau potable sur le territoire de la commune du François, que la zone dans laquelle se situe le terrain d'assise du projet n'est pas desservie par le réseau public d'alimentation en eau potable. Les échanges de courriels, intervenus entre la société pétitionnaire et la SME dès la fin du mois de janvier 2022, établissent que le compteur d'eau mentionné dans le dossier de permis modificatif n'est pas situé au droit de la parcelle d'assise du projet, mais à une distance de 800 mètres de celle-ci, sur un point de la voirie communale se trouvant à l'extérieur du lotissement de la Pointe Cerisier. Il ressort en outre du plan d'adduction d'eau potable et de défense incendie du 4 février 2022 que la société prévoyait de raccorder les constructions de son projet au compteur d'eau en cause par l'intermédiaire d'une canalisation d'adduction en eau potable d'une longueur de 820 mètres qu'elle projetait de faire installer, sous sa propre maîtrise d'ouvrage, par l'intermédiaire d'un prestataire privé de travaux, le long de la voie privée du lotissement de la Pointe Cerisier, laquelle appartient au copropriétaires dudit lotissement. Dans ces conditions, le projet de construction modifié ne peut être regardé comme bénéficiant d'un raccordement au réseau public de distribution d'eau potable. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que l'arrêté attaqué de permis modificatif du 9 février 2022 méconnait les dispositions citées précédemment de l'article 4-1. du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme de la commune. Le moyen doit, par suite, être accueilli.
4. D'autre part, il ressort des éléments du dossier de permis initial, notamment de l'autorisation de raccordement du 30 octobre 2020 signée par le président du nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier, que le projet initial de la SAS SC Presco autorisé par l'arrêté attaqué du 10 février 2021 prévoyait une alimentation en eau potable par l'intermédiaire d'un raccordement au réseau privé d'eau potable du lotissement de la Pointe Cerisier, et non par le biais d'un raccordement au réseau public d'eau potable. Ainsi, un tel dispositif de raccordement n'est pas conforme aux dispositions citées précédemment de l'article 4-1. du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme de la commune. Il s'ensuit que les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué du 10 février 2021 portant délivrance d'un permis de construire initial à la SAS SC Presco méconnait ces dispositions. Le moyen soulevé sur ce point doit, par suite, être accueilli.
5. En deuxième lieu, l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme dispose : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". D'une part, les dispositions de l'article L. 111-11 poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Une modification de la consistance d'un des réseaux publics que ces dispositions mentionnent, notamment du réseau public de distribution d'eau, ne peut être réalisée sans l'accord de l'autorité administrative compétente. Pour le réseau public de distribution d'eau, une telle modification peut notamment consister en l'installation d'une canalisation d'une longueur importante traversant des terrains autres que celui du pétitionnaire. L'autorité compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité pour un projet qui exige une modification de la consistance d'un réseau public qui, compte tenu de ses perspectives d'urbanisation et de développement, ne correspond pas aux besoins de la collectivité ou lorsque des travaux de modification du réseau ont été réalisés sans son accord. D'autre part, si ces dispositions n'imposent pas que l'autorité délivrant le permis soit en mesure de fixer la date précise d'achèvement des travaux, l'intention de les réaliser doit pouvoir être établie. Tel peut-être le cas si les procédures nécessaires à leur réalisation ont été engagées à la date de délivrance du permis de construire litigieux.
6. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit précédemment aux points 3. et 4. que le projet de construction de la SAS SC Presco nécessitait une modification de la consistance du réseau public d'eau potable consistant en l'installation d'une canalisation d'une longueur de 800 mètres traversant des terrains n'appartenant pas à la société pétitionnaire. Dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire, les services de la mairie du François ont consulté la communauté d'agglomération de l'espace sud Martinique (CAESM), autorité compétente en matière d'eau potable sur le territoire communal. Dans son avis du 7 octobre 2020, le président de la CAESM s'est prononcé en défaveur du projet en estimant que l'alimentation domestique de l'opération ne pouvait être envisagée compte-tenu de l'extension de réseau d'environ 800 mètres linéaires que l'importance du projet nécessitait. Si postérieurement, au moment du dépôt de la demande de permis modificatif, la société pétitionnaire a sollicité l'installation d'un compteur d'eau autonome auprès de la SME, société concessionnaire du réseau public d'eau potable, celle-ci n'a jamais manifesté la moindre intention de réaliser elle-même les travaux d'extension du réseau nécessaire au raccordement du projet. Dans ces conditions, en l'absence de toute intention du gestionnaire ou du concessionnaire du réseau public d'eau potable de réaliser les travaux d'extension nécessaires au raccordement du projet de construction de la SAS SC Presco, le maire du François ne pouvait délivrer le permis de construire sollicité sans méconnaître les dispositions citées précédemment de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Les requérants sont dès lors fondés à soutenir que les deux arrêtés attaqués du 10 février 2021, portant délivrance d'un permis de construire initial, et du 9 février 2022, portant délivrance d'un permis de construire modificatif, méconnaissent ces dispositions. Les moyens soulevés sur ces points doivent, par suite, être accueillis.
7. En troisième lieu, pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par les requérants n'est pas susceptible d'entraîner l'annulation des arrêtés attaqués.
En ce qui concerne les conséquences des illégalités :
8. L'article L. 600-5 du code de l'urbanisme dispose : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable, estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation, même après l'achèvement des travaux. Le refus par le juge de faire droit à une demande d'annulation partielle est motivé. " L'article L. 600-5-1 du même code dispose : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "
9. En premier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 332-6 du code de l'urbanisme, les bénéficiaires d'autorisations de construire peuvent être tenus de réaliser et de financer les équipements propres à l'opération autorisée mentionnés à l'article L. 332-15. Il résulte de ce dernier article que, pour l'alimentation en eau potable, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'eau potable qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au quatrième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'eau potable, notamment les ouvrages d'extension excédant cent mètres, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.
10. En l'espèce, d'une part, il résulte de ce qui a été dit précédemment s'agissant de la légalité des décisions attaquées que le raccordement au réseau public de distribution d'eau potable du projet de construction de la SAS SC Presco nécessite la réalisation de travaux d'extension consistant en la pose d'une canalisation d'adduction d'eau potable d'une longueur de 800 mètres. Un tel ouvrage ne constitue pas, compte-tenu de son importance, un équipement propre dont la réalisation peut être mise à la charge du bénéficiaire de l'autorisation en application de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme. Il s'analyse au contraire comme un équipement public relevant de la seule autorité organisatrice du service d'eau potable. Ainsi, la circonstance que la société pétitionnaire ait donné son accord pour le financement des travaux d'extension n'est pas de nature à permettre la régularisation du permis de construire. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle d'assise du projet est située dans le secteur de la Pointe Cerisier, qui constitue un espace largement urbanisé, et qu'elle se trouve enclavée au milieu de parcelles sur lesquelles sont déjà édifiées des constructions. Il n'est pas établi, ni même simplement soutenu, qu'il existerait des perspectives d'urbanisation et de développement dans ce secteur, notamment s'agissant des dernières parcelles non-construites des environs, de sorte qu'une extension du réseau d'eau potable dans le quartier de la Pointe Cerisier pourrait correspondre aux besoins du gestionnaire du réseau. Dans ces conditions, les vices de légalité relevés précédemment dont sont entachés les deux arrêtés attaqués, tirés de la méconnaissance des articles 4-1. du règlement de la zone U5 du plan local d'urbanisme et L. 111-11 du code de l'urbanisme, ne sont pas susceptibles d'être régularisés. Par suite, les conclusions de la SAS SC Presco tendant à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions citées précédemment de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.
11. En second lieu, les illégalités relevées aux points 3.,4. et 6. affectent l'ensemble du projet de construction et ne sont, ainsi qu'il vient d'être dit, pas susceptibles d'être régularisées. Par suite, la SAS SC Presco n'est pas fondée à solliciter l'application des dispositions de l'article L. 600-5 précitées du code de l'urbanisme.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède qu'il y a lieu d'annuler en totalité les deux arrêtés attaqués du maire de la commune du François du 10 février 2021, portant délivrance d'un permis de construire initial, et du 9 février 2022, portant délivrance d'un permis de construire modificatif.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS SC Presco demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Les arrêtés attaqués du maire de la commune du François des 10 février 2021 et 9 février 2022 sont annulés.
Article 2 : Les conclusions subsidiaires de la SAS SC Presco tendant à ce que le tribunal mette en œuvre les dispositions des articles L. 600-5 et L. 600-5-1 du code de l'urbanisme sont rejetées.
Article 3 : Les conclusions de la SAS SC Presco présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à l'association syndicale Le nouveau syndicat libre de la Pointe Cerisier, première dénommée, pour l'ensemble des requérants, à la SAS SC Presco et à la commune du François.
Copie sera adressée à la procureure de la République près le tribunal judiciaire de Fort-de-France, en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendue publique par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
Le rapporteur,
V. Y
La présidente,
H. Rouland-BoyerLa greffière,
M. H
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026