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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2100233

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2100233

jeudi 2 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2100233
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLACOEUILHE & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 20 avril 2021, enregistrée le lendemain au greffe du tribunal, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. B.

Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Paris le 19 mars 2021, M. C B, représenté par Me Lacoeuilhe, demande au tribunal :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente des décisions du Conseil d'Etat statuant sur la légalité des décrets n° 2020-1182 du 28 septembre 2020 et n° 2020-1743 du 28 décembre 2020 ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2020 par lequel la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière l'a reclassé au dixième échelon du corps des praticiens hospitaliers à compter du 1er octobre 2020 ;

3°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2021 par lequel la directrice générale du centre national de gestion l'a reclassé au onzième échelon à compter du 1er janvier 2021 ;

4°) de mettre la somme de 5 000 euros à la charge du centre national de gestion au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les arrêtés contestés sont entachés d'insuffisance de motivation ;

- ils sont entachés d'illégalité par voie de conséquence de l'illégalité des décrets du 28 septembre 2020 et du 28 décembre 2020, qui ont été pris aux termes d'une procédure irrégulière et qui méconnaissent le principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps ;

- l'arrêté du 18 janvier 2021 est entaché d'erreur d'appréciation, dans la mesure où il aurait dû être reclassé au 12e échelon et bénéficier de l'ancienneté acquise de 6 mois et 12 jours.

La procédure a été régulièrement communiquée à la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- le décret n° 2020-1182 du 28 septembre 2020 ;

- le décret n° 2020-1743 du 28 décembre 2020 ;

- la décision n° 445031, 446862, 446939, 447078 et 450650 du Conseil d'Etat du 28 octobre 2022 ;

- la décision n° 446916, 449344, 452101 du Conseil d'Etat du 28 décembre 2022 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 octobre 2020, la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière, a reclassé M. B, chirurgien viscéral et digestif au centre hospitalier universitaire de Martinique, au dixième échelon du corps des praticiens hospitaliers à compter du 1er octobre 2020, en application de l'article 1er du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel. L'intéressé a formé un recours gracieux, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet le 24 février 2021. Puis, par un arrêté du 18 janvier 2021, il a été reclassé au onzième échelon à compter du 1er janvier 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 12 octobre 2020 et du 18 janvier 2021.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-1 du code des relations entre le public et l'administration : " " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / 2° Infligent une sanction ; / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; / 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; / 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire ".

3. Les arrêtés contestés portant reclassement de M. B, qui résultent de la seule application des textes, ne présentent pas, par eux-mêmes, le caractère de décisions défavorables et n'entrent dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en vertu des dispositions de l'article L. 211-1 précitées. En tout état de cause, ces décisions mentionnent les dispositions applicables à la situation du requérant, en particulier l'article R. 6152-15 du code de la santé publique et les décrets des 28 septembre et 28 décembre 2020, ainsi que la situation particulière du requérant, et notamment la circonstance que M. B était, à la date de l'arrêté du 12 octobre 2020, classé au treizième échelon depuis le 6 août 2016 et, à la date du 18 janvier 2021, classé au dixième échelon avec une ancienneté conservée de quatre ans, quatre mois et vingt-six jours. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, d'une part, si le requérant fait valoir que les décrets du 28 septembre 2020 et du 28 décembre 2020 auraient été adoptés à l'issue d'une procédure irrégulière, ses allégations ne sont assorties d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.

5. D'autre part, le décret du 28 septembre 2020 modifie la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et à temps partiel, en fusionnant, dans le cadre d'une revalorisation de ces émoluments, les quatre premiers échelons, d'une durée d'un an pour les deux premiers et deux ans pour les deux suivants, en un seul échelon d'une durée de deux ans. Ce décret définit également les conditions de reclassement des membres présents dans le corps, en prévoyant notamment, à son article 7, que les agents classés entre le premier et le troisième échelon sont reclassés, à compter de son entrée en vigueur, intervenue le 1er octobre 2020, au premier échelon de la nouvelle grille, sans que l'ancienneté acquise dans leur précédent échelon ne soit conservée, tandis que les praticiens classés au quatrième échelon sont reclassés à la même date au même premier échelon en conservant leur ancienneté acquise dans leur précédent échelon. Le décret du 28 décembre 2020 ajoute trois échelons supplémentaires au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel.

6. Il ressort de la décision susvisée du Conseil d'Etat du 28 octobre 2022, qui a rejeté les requêtes du Syndicat des jeunes médecins et autres tendant à l'annulation de ce décret, qu'il ne méconnaît pas le principe d'égalité. En effet, la différence de traitement, résultant de la modification apportée par le décret attaqué aux règles applicables au corps des praticiens hospitaliers, entre les agents qui ont été recrutés dans ce corps avant la date à laquelle est entrée en vigueur la modification statutaire et ceux qui ont été recrutés sous l'empire des nouvelles règles est inhérente à la succession dans le temps des règles applicables et n'est pas, par elle-même, contraire au principe d'égalité. De même, eu égard aux modalités de reclassement retenues par ce décret qui placent au même niveau d'ancienneté dans l'échelon les praticiens nommés au 1er octobre 2020 et les praticiens précédemment classés entre le premier et le troisième échelon et reclassés à cette date au même premier échelon, et qui, par ailleurs, prévoient la conservation de l'ancienneté dans l'échelon des praticiens précédemment classés au quatrième échelon et au-delà, aucune inversion illégale dans l'ordre d'ancienneté au sein du corps n'en résulte. Enfin, en prévoyant pour les praticiens hospitaliers qui avaient cette qualité avant sa date d'entrée en vigueur et qui ont démissionné, l'application de règles particulières de classement en cas de retour dans le corps, qui ont pour objet d'empêcher le contournement des règles qu'il pose, le décret attaqué ne méconnaît pas davantage le principe d'égalité. Le requérant ne peut par ailleurs utilement invoquer le même moyen, tiré de la violation du principe d'égalité de traitement des agents appartenant à un même corps, à l'encontre du décret du 28 décembre 2020, lequel se borne, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, à créer trois échelons supplémentaires au sommet de la grille des émoluments du corps des praticiens hospitaliers, qui permettent une revalorisation du traitement indiciaire en fin de carrière mais n'imposent aucunement une augmentation de la durée de cotisation pour bénéficier d'une pension de retraite. La circonstance que les trois derniers échelons ainsi créés permettraient de bénéficier d'une pension de retraite plus avantageuse est, à cet égard, sans incidence sur la méconnaissance du principe ainsi invoqué.

7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'exception d'illégalité des décrets du 28 septembre 2020 et du 28 décembre 2020 doit être écarté.

8. En dernier lieu, il ressort de l'article 7 du décret du 28 septembre 2020 relatif à la modification de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel que les praticiens antérieurement classés au treizième échelon sont reclassés au dixième échelon de la nouvelle grille, en conservant l'ancienneté acquise. En outre, l'article 5 du décret du 28 décembre 2020 portant création de trois échelons au sommet de la grille des émoluments des praticiens hospitaliers à temps plein et des praticiens des hôpitaux à temps partiel dispose que les praticiens hospitaliers classés au dixième échelon et justifiant d'une ancienneté comprise entre 4 et 8 ans sont reclassés au onzième échelon. Or, il ressort des pièces du dossier que M. B avait été promu au treizième échelon de l'ancienne grille, à compter du 6 août 2016. Il a ainsi été reclassé au dixième échelon de la nouvelle grille à compter du 1er octobre 2020, tout en conservant son ancienneté de 4 ans, 4 mois et 26 jours. Il a ensuite été reclassé au onzième échelon de la nouvelle grille à compter du 1er janvier 2021, afin de tenir compte de l'ancienneté acquise. Il s'ensuit que la directrice générale du centre national de gestion a fait une exacte application des décrets précités en procédant au reclassement de M. B, qui était au demeurant classé à l'échelon terminal de l'ancienne grille et bénéficie ainsi, du fait de ces nouvelles dispositions, d'une rémunération plus avantageuse.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 12 octobre 2020 et du 18 janvier 2021 par lesquels la directrice générale du centre national de gestion a procédé à son reclassement. Ses conclusions aux fins d'annulation doivent, par suite, être rejetées, ainsi que, en tout état de cause, celles aux fins de sursis à statuer.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le centre national de gestion, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par le requérant.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la directrice générale du centre national de gestion des praticiens hospitaliers et des personnels de direction de la fonction publique hospitalière.

Délibéré après l'audience du 16 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mars 2023.

La rapporteure,

A. DLa présidente,

H. Rouland-Boyer

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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