jeudi 27 octobre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100501 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | APIOU-QUENEHERVE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, la société Lucito et Deh, représentée par Me Orieux et Me Apiou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le préfet de la Martinique a prononcé la fermeture administrative temporaire de l'établissement " le Lucito " pour une durée de six mois et a annulé le permis d'exploitation délivré le 4 avril 2013 ;
2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 10 000 euros en réparation de son préjudice du fait de l'illégalité de l'arrêté du 7 juin 2021 ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le préfet a commis une erreur dans la qualification juridique des faits en considérant que l'altercation du 7 mars 2021 constituait une atteinte à l'ordre public pouvant justifier la fermeture de l'établissement, alors que son gérant n'a pas favorisé ni facilité la commission des faits ;
- la mesure de fermeture pour une durée de six mois est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- cet arrêté lui cause un préjudice économique évalué à la somme de 10 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2021, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par la société Lucito et Deh ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Mme A, représentant le préfet de la Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. La société Lucito et Deh exploite, sur le territoire de la commune de Fort-de-France, un débit de boissons dénommé " le Lucito ". Par un arrêté du 7 juin 2021, le préfet de la Martinique a prononcé la fermeture administrative de l'établissement pour une durée de six mois et l'annulation de son permis d'exploitation. Par la présente requête, la société Lucito et Deh demande au tribunal l'annulation de cet arrêté et l'indemnisation de son préjudice.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique : " 1. La fermeture des débits de boissons et des restaurants peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas six mois, à la suite d'infractions aux lois et règlements relatifs à ces établissements () / 2. En cas d'atteinte à l'ordre public, à la santé, à la tranquillité ou à la moralité publiques, la fermeture peut être ordonnée par le représentant de l'Etat dans le département pour une durée n'excédant pas deux mois () / 3. Lorsque la fermeture est motivée par des actes criminels ou délictueux prévus par les dispositions pénales en vigueur, à l'exception des infractions visées au 1, la fermeture peut être prononcée par le représentant de l'Etat dans le département pour six mois. Dans ce cas, la fermeture entraîne l'annulation du permis d'exploitation visé à l'article L. 3332-1-1. / 4. Les crimes et délits ou les atteintes à l'ordre public pouvant justifier les fermetures prévues au 2 et au 3 doivent être en relation avec la fréquentation de l'établissement ou ses conditions d'exploitation ".
3. Les mesures de fermeture d'un débit de boisson ou restaurant prises au titre des dispositions de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique ont pour objet, quel que soit, au sein de cet article, le fondement légal qu'elles retiennent, de prévenir la répétition ou la poursuite de désordres liés au fonctionnement de l'établissement et présentent le caractère de mesures de police administrative. L'existence d'une atteinte à l'ordre public de nature à justifier la fermeture d'un établissement s'apprécie objectivement, ce dont il résulte que la condition, posée par les dispositions précitées pour les fermetures prévues au 2. et 3. de cet article, tenant à ce qu'une telle atteinte soit en relation avec la fréquentation de cet établissement, peut être regardée comme remplie indépendamment du comportement des responsables de cet établissement. Il appartient aux autorités de l'Etat d'assurer la préservation de l'ordre public et sa conciliation avec les libertés fondamentales, notamment, s'agissant des mesures en cause, avec la liberté du commerce et de l'industrie.
4. Par un arrêté du 7 juin 2021, le préfet de la Martinique a prononcé, sur le fondement du 3 de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique, la fermeture administrative pour une durée de six mois de l'établissement " le Lucito ", situé au 63 avenue Jean-Jaurès dans le quartier Terres Sainville à Fort-de-France, et l'annulation du permis d'exploitation délivré le 4 avril 2013. Pour prendre cette décision, le préfet de la Martinique, après avoir relevé que " le Lucito " avait fait l'objet de deux fermetures administratives de quatre et deux mois en 2019 et 2020, pour des faits de blessure par balle et de détention d'arme à feux à l'intérieur de l'établissement, s'est fondé sur les faits qui se sont déroulés le 7 mars 2021 aux abords du débit de boissons, impliquant deux clients. Il a retenu qu'à 21h38, un individu a été découvert allongé devant l'établissement, présentant deux plaies à l'abdomen avec les viscères à nu, et que l'enquête des services de police nationale a permis d'établir que l'auteur des faits et la victime se trouvaient dans l'établissement peu de temps auparavant. Il a également relevé que le gérant du " Lucito " n'a pas prévenu de lui-même les services de la police nationale de la survenance de ces faits, ce qui constitue un manquement grave de l'exploitant à ses obligations et que de tels faits sont en relation directe avec les conditions d'exploitation et la fréquentation de l'établissement.
5. En premier lieu, la société Lucito et Deh, qui ne conteste pas la matérialité des faits, soutient qu'aucune faute ne peut être imputée à son gérant, dès lors qu'il a expulsé l'agresseur avant la survenance des faits et que, n'ayant pas assisté à l'agression, il n'a pu prévenir les services de police. Elle fait également valoir que les faits, qui se sont déroulés à l'extérieur des locaux, ne sont pas en lien avec la fréquentation de l'établissement, alors qu'elle ne peut être tenue pour responsable des troubles à l'ordre public qui se déroulent fréquemment dans ce quartier défavorisé. Toutefois, la circonstance que les faits se sont produits sur la voie publique, à l'extérieur de l'établissement, n'est pas de nature à remettre en cause le lien avec la fréquentation de celui-ci, dès lors qu'il est constant que l'infraction fait suite à l'altercation qui a débuté à l'intérieur de l'établissement, peu de temps auparavant. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le préfet a estimé que l'incident qui s'est déroulé le 7 mars 2021 porte une atteinte à l'ordre public en relation avec la fréquentation de l'établissement de nature à justifier sa fermeture sur le fondement de l'article L. 3332-15 du code de la santé publique précité, sans qu'y fasse obstacle ni la circonstance alléguée que le gérant ait mis un terme à l'altercation à l'intérieur de l'établissement et en a expulsé les agresseurs, ce qui ne ressort au demeurant pas des pièces du dossier, faute pour le gérant d'avoir produit les enregistrements des caméras de vidéo-surveillance dans le cadre de l'enquête conduite par les services de police, ni le fait que le gérant de l'établissement n'ait pas été complice des infractions ou n'ait pas facilité ou favorisé leur commission.
6. En second lieu, si la société requérante indique avoir procédé, après les faits du 7 mars 2021, à la réparation de son système de vidéo-surveillance, cette circonstance n'est pas suffisante pour garantir que la survenue de nouvelles infractions, en lien avec la fréquentation de l'établissement, serait évitée pour l'avenir. En outre, le fait qu'elle ait commandé un portique de sécurité et un détecteur de métaux et qu'elle ait fait réaliser un devis pour une prestation de gardiennage et de surveillance de l'établissement, postérieurement à l'édiction de l'arrêté, est sans incidence sur sa légalité. Compte tenu de la gravité des faits ayant motivé la fermeture de l'établissement " le Lucito ", et des deux précédentes fermetures administratives prononcées depuis 2019, le préfet de la Martinique n'a pas, en fixant la durée de cette fermeture à six mois, commis d'erreur manifeste d'appréciation.
7. Il s'ensuit que les conclusions présentées par la société Lucito et Deh, tendant à l'annulation de l'arrêté du 7 juin 2021 par lequel le préfet de la Martinique a prononcé la fermeture administrative temporaire de l'établissement " le Lucito " pour une durée de six mois et a annulé le permis d'exploitation délivré le 4 avril 2013, doivent être rejetées.
8. En l'absence d'illégalité de l'arrêté préfectoral du 7 juin 2021, les conclusions indemnitaires présentées par la société Lucito et Deh en raison du préjudice économique subi du fait de cette fermeture ne peuvent dès lors, et en tout état de cause, qu'être rejetées.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de la société Lucito et Deh doit être rejetée.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que le préfet de la Martinique, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à la société Lucito et Deh la somme que celle-ci réclame au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dès lors, de rejeter les conclusions présentées à ce titre par la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Lucito et Deh est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Lucito et Deh et au préfet de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
- Mme Rouland-Boyer, présidente,
- M. de Palmaert, premier conseiller,
- Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.
La rapporteure,
A. BLa présidente,
H. Rouland-Boyer
Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026