jeudi 3 novembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2100533 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | ABEILLE & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 septembre 2021 et le 3 mars 2022, Mme B D, représentée par Me Bel, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à lui verser la somme de 109 617,45 euros, en réparation des préjudices subis résultant de fautes commises dans la prise en charge médicale de sa fille, A I, augmentée des intérêts au taux légal à compter du prononcé du jugement, avec capitalisation des intérêts ;
2°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Martinique à verser à sa fille A I la somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis résultant de fautes commises lors de sa prise en charge médicale, augmentée des intérêts au taux légal à compter du prononcé du jugement, avec capitalisation des intérêts ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Martinique une somme de 3 500 euros, à verser à Me Bel en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le Dr G, chef du service pédiatrie, a méconnu son obligation de prudence et de circonspection en procédant le 18 août 2017 à un signalement au procureur de la République pour suspicion de faits de maltraitance commis par Mme D sur sa fille ;
- en s'abstenant de chercher à établir le diagnostic du syndrome d'Ehlers-Danlos, dont Noor s'est révélée porteuse après un examen pratiqué en 2018, alors que Mme D était elle-même porteuse de cette maladie héréditaire, le centre hospitalier régional universitaire de Martinique a commis une erreur de diagnostic constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'établissement ;
- cette erreur de diagnostic est à l'origine d'un défaut de soins dès lors que Noor n'a pu bénéficier immédiatement des soins appropriés ;
- le centre hospitalier régional universitaire de Martinique a méconnu son obligation d'information en présentant à Mme D comme normaux les résultats des analyses sanguines de sa fille pratiqués en août 2017, alors qu'une carence en vitamine D avait été décelée et qu'un traitement avait ensuite été initié en conséquence ;
- la prise en charge médicale n'a pas été conforme à l'obligation d'humanisme médical ;
- elle est fondée, ainsi que sa fille, à demander la réparation intégrale des préjudices qu'elles ont subies.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 2 février 2022 et le 1er avril 2022, le centre hospitalier universitaire de Martinique conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les fautes alléguées ne sont pas établies.
Mme D a été admise à l'aide juridictionnelle par une décision du 3 août 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. de Palmaert,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- de Me Bel, avocate de Mme D, et de Me Ouvrard, avocate du centre hospitalier universitaire de Martinique.
Considérant ce qui suit :
1. Alors âgée de 2 ans et demi, Noor I, fille de Mme D, a été examinée le 2 août 2017 par le Dr F, son médecin traitant, qui a constaté sur l'enfant des pétéchies au bras droit et au menton, des ecchymoses à l'œil gauche et au front et une impotence fonctionnelle du bras gauche, signes cliniques lui faisant penser à un purpura rhumatoïde. Mme D et sa fille se sont rendues le 7 août 2017 au centre hospitalier universitaire de Martinique (CHUM) où Noor a subi plusieurs examens médicaux. Elle y a été hospitalisée à compter du 14 août 2017. Le 18 août suivant, un signalement pour situation inquiétante a été adressé au procureur de la République par le Dr G qui suspectait des actes de maltraitance sur l'enfant. Noor I a été placée à l'aide sociale à l'enfance par l'autorité judiciaire par deux ordonnances des 4 septembre et 21 septembre 2017. Il a été mis fin à ce placement par une ordonnance du 18 décembre 2018. Placée en garde à vue le 27 août 2019, Mme D a comparu en audience correctionnelle le 13 janvier 2020, et a été relaxée des poursuites engagées contre elle pour faits de violence par ascendant sur un mineur de moins de quinze ans. Par un courrier du 4 mai 2021, Mme D a adressé au CHUM une demande d'indemnisation, rejetée par une décision implicite née du silence gardé par le centre hospitalier sur cette demande. Par la présente requête, Mme D demande la condamnation du CHUM à l'indemniser, ainsi que sa fille, des préjudices résultant des fautes commises par le centre hospitalier.
Sur la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Martinique :
2. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ".
3. Il ressort de la fiche d'hospitalisation de Noor I que des lésions cutanées de type ecchymoses et pétéchies sont apparues en mai 2017 sur le corps de l'enfant. En juin 2017, un œdème de la main droite a été soigné par le service des urgences pédiatriques du CHUM. Par un courrier du 2 août 2017, au vu des diverses ecchymoses et pétéchies, et de son avant-bras gauche devenu impotent et douloureux, le Dr F, médecin traitant de Noor, adressait l'enfant au Dr G, chef du service pédiatrie du CHUM, avec suspicion d'un purpura rhumatoïde. Noor s'est rendue au CHUM le 7 août 2017 pour y subir divers examens. Elle a été hospitalisée à compter du 14 août suivant. La radiographie de son squelette a révélé l'existence de " deux fractures du membre supérieur gauche dont la consolidation est en cours au niveau de l'humérus et acquise au niveau du radius " et un " doute sur une fracture ancienne du pied droit ". Le 18 août 2017, au vu des lésions constatées et de leur origine supposée traumatique, le Dr G a adressé au procureur de la République un signalement pour maltraitance. Noor a été placée à l'aide sociale à l'enfance par l'autorité judiciaire en septembre 2017, mesure maintenue jusqu'au 18 décembre 2018. Il ressort de la fiche d'hospitalisation de Noor que le Dr G avait, dans ses conclusions initiales, exclu en août 2017 la possibilité d'une anomalie des tissus conjonctifs. Or, Mme D avait signalé qu'elle était possiblement sujette au syndrome d'Ehlers-Danlos qui, selon son carnet de santé, avait été détecté en 2007. En septembre 2018, Mme D et sa fille ont été examinées par le centre Ellasanté à Paris. Par deux certificats des 17 et 24 septembre 2018, le professeur E atteste de ce que Mme D et sa fille sont toutes deux atteintes du syndrome d'Ehlers-Danlos, maladie rare du tissu conjonctif. En défense, le CHUM fait valoir qu'aucune insuffisance de diagnostic n'est établie, ni aucun manquement aux obligations d'information et de respect du patient. L'état de l'instruction ne permet toutefois pas de s'assurer qu'en excluant des investigations complémentaires consistant notamment en la détection du syndrome d'Ehlers-Danfos dont Noor s'avèrerait finalement atteinte, le centre hospitalier de Martinique n'a pas commis de faute. L'état du dossier ne permet donc pas au tribunal de statuer sur la responsabilité encourue par le CHUM, sur la nature et l'étendue des préjudices subis, sur le lien de causalité entre lesdits préjudices et les fautes alléguées.
4. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner avant dire droit une expertise médicale aux fins précisées ci-après confiée à un médecin spécialisé en pédiatrie, et de réserver, jusqu'en fin d'instance, les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : Il sera, avant de statuer sur la requête de Mme D, procédé à une expertise médicale confiée à un médecin spécialisé en pédiatrie au contradictoire du centre hospitalier universitaire de la Martinique.
Article 2 : L'expert sera désigné par la présidente du tribunal. L'expertise sera conduite et suivie selon les dispositions prévues par les articles R. 621-2 à R. 621-14 du code de justice administrative.
Article 3 : L'expert aura pour mission de :
1°) procéder à l'examen médical de Noor I, décrire son état de santé actuel et son état de santé antérieur, en ne retenant que les seuls antécédents qui peuvent avoir une incidence sur les séquelles en lien avec les soins dispensés ;
2°) décrire les conditions dans lesquelles Mme D et sa fille ont été prises en charge par le centre hospitalier universitaire de la Martinique, à compter du 7 août 2017, en raison des diverses marques et fractures constatées sur le corps de l'enfant en août 2017 ; préciser, notamment, les examens pratiqués, le traitement entrepris et les soins reçus ;
3°) dire si les soins prodigués ont été attentifs, diligents, conformes aux données acquises de la science médicale et, dans la négative, analyser de façon détaillée et motivée la nature des fautes médicales, de diagnostic, de soins, dans l'organisation ou le fonctionnement du service, erreurs, imprudences, manquements aux précautions nécessaires, négligences, maladresses ou autres défaillances afin d'éclairer le tribunal sur l'engagement éventuel de la responsabilité du CHUM ;
4°) rechercher si les traitements administrés étaient adaptés à l'état de Noor, au regard notamment de ses antécédents familiaux, et si le CHUM ne devait pas lui apporter d'autres soins pour éviter les préjudices subis par celle-ci et, par ricochet, par sa mère ;
5°) rechercher si Mme D a bénéficié d'une information quant aux résultats des examens pratiqués sur sa fille et des traitements administrés, si elle a subi des préjudices résultants des conditions de prise en charge de sa fille et si le personnel médical et paramédical a fait preuve à son égard d'une attitude déontologique, bienveillante, diligente et consciencieuse ;
6°) indiquer précisément les préjudices en relation directe et exclusive avec les éventuelles fautes commises ; déterminer les répercussions sur les conditions d'existence de Mme D et sa fille, notamment, le cas échéant, sur le plan professionnel, l'importance des souffrances endurées, ainsi que tout autre élément de nature à permettre au tribunal de se prononcer sur les préjudices subis par Mme D et sa fille du fait desdits manquements ;
7°) indiquer, dans sa conclusion, de façon récapitulative et succincte, les circonstances, les causes et l'étendue des dommages subis par les deux victimes.
Article 4 : L'expert qui pourra avec l'autorisation de la présidente du tribunal se faire assister par tout sapiteur de son choix, se fera communiquer tous documents relatifs à l'état de santé de Noor I et notamment tous documents relatifs aux examens, soins et interventions pratiqués sur l'intéressée au cours de son hospitalisation ; il pourra entendre toute personne du service hospitalier lui ayant donné des soins.
Article 5 : Les droits et moyens des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au centre hospitalier universitaire de la Martinique.
Copie en sera adressée à la caisse générale de sécurité sociale de Martinique.
Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
Mme Monnier-Besombes, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2022.
Le rapporteur,
S. de Palmaert
La présidente,
H. Rouland-Boyer
La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition :
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026