jeudi 4 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2200002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BERTRAND |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 4 janvier 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 6 novembre 2022 et 15 décembre 2022, M. A B, représenté par la Selarl Labor et Concilium, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2021 par laquelle le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique a refusé de lui verser la somme de 11 387,96 euros correspondant au paiement d'heures de dépassement et à des indemnités de frais de déplacement auxquelles il estime pouvoir prétendre pour la période de septembre 2017 à juillet 2021 ;
2°) d'enjoindre au président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique de lui verser la somme de 11 387,96 euros correspondant au paiement d'heures de dépassement et à des indemnités de frais de déplacement auxquelles il estime pouvoir prétendre pour la période de septembre 2017 à juillet 2021 ;
3°) de mettre à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- en application de l'article 6 du statut des personnels des chambres de métiers et de l'artisanat, il pouvait prétendre au paiement des heures complémentaires et supplémentaires qu'il a effectuées à la demande de sa hiérarchie entre septembre 2017 et juillet 2021 ;
- ces heures complémentaires et supplémentaires doivent être prises en compte dans la base de calcul de sa prime de 13e mois, prévue à l'article 24 du statut, et lui ouvrent ainsi droit au paiement du reliquat correspond de cette prime ;
- il est en droit de prétendre au remboursement des frais de transport, d'hébergement et de repas qu'il a exposés lors des deux missions réalisées dans l'académie de Caen en 2018 et 2019 lors des examens de BTS, à hauteur de montants respectifs de 526,36 euros et 475,26 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 octobre 2022, et des mémoires complémentaires, enregistrés les 29 novembre 2022, 16 décembre 2022 et 1er février 2023, la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique, représentée par Me Bertrand, conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer sur la demande de remboursement des frais se rapportant aux missions réalisée en 2018 et 2019, au rejet du surplus de la requête et, en outre, à ce qu'il soit mis à la charge de M. B une somme de 2 000 euros en application l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les conclusions de la requête se rapportant au remboursement de frais relatifs à la mission réalisée en 2019 sont devenues sans objet puisqu'elle a procédé sur ce point au remboursement d'une somme de 356,05 euros le 28 novembre 2022 ;
- les conclusions de la requête se rapportant au remboursement de frais relatifs à la mission réalisée en 2018 sont devenues sans objet puisqu'elle a procédé sur ce point au remboursement d'une somme de 250,38 euros le 23 décembre 2022 ;
- les conclusions de la requête se rapportant au remboursement de frais relatifs à la mission réalisée en 2018 sont irrecevables, de telles sommes n'ayant pas été sollicitées par M. B dans sa demande initiale du 15 septembre 2021 ;
- les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'annexe IV au code général des impôts ;
- le décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 ;
- l'arrêté du 11 mars 2019 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule par les bénéficiaires de traitements et salaires optant pour le régime des frais réels déductibles ;
- l'arrêté interministériel du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission prévues à l'article 3 du décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement de frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ;
- le statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Phulpin,
- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,
- et les observations de Me Célénice, avocat de M. B, et de Me Bertrand, avocat de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Martinique.
Une note en délibéré, présentée par la chambre de métiers et d'artisanat, a été enregistrée le 21 avril 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, professeur contractuel à temps partiel, a été recruté par la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique à compter du 10 mars 2014 pour assurer des enseignements de technologie et de travaux pratiques en automobile, en vertu de contrats d'engagement à durée déterminée successifs dont le dernier, conclu pour une durée de cinq ans, arrivait à son terme le 31 décembre 2021. Il a sollicité auprès de son administration, par courrier du 20 septembre 2021, le paiement d'une somme de 11 387,96 euros correspondant au paiement d'heures de dépassement et d'indemnités de frais de déplacement auxquelles il estimait pouvoir prétendre pour la période de septembre 2017 à juillet 2021. Cette demande a donné lieu à une décision de rejet le 8 novembre 2021. Dans la présente instance, M. B demande au tribunal administratif d'annuler cette décision, ainsi que d'enjoindre au président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique de lui verser la somme de 11 387,96 euros correspondant au paiement d'heures de dépassement et à des indemnités de frais de déplacement auxquelles il estimait pouvoir prétendre pour la période de septembre 2017 à juillet 2021.
Sur l'exception de non-lieu :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Il ressort des pièces du dossier que, postérieurement à l'enregistrement de la requête, le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique a attribué à M. B le remboursement de frais de mission relatifs aux déplacements accomplis en métropole au cours des années 2018 et 2019, à hauteur de montants respectifs de 250,38 euros et 356,05 euros, qui ont été effectivement versés sur son compte bancaire les 23 décembre 2022 et 28 novembre 2022. En accordant ces remboursements de frais de missions et en procédant au versement des sommes correspondantes, le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique doit être regardé comme ayant implicitement mais nécessairement procédé au retrait partiel de sa décision du 8 novembre 2021, en tant qu'elle refuse le remboursement des sommes de 250,38 euros et de 356,05 euros. Ce retrait est devenu définitif faute d'avoir été contesté dans le délai de recours contentieux. Il s'ensuit que les conclusions à fin d'annulation de M. B dirigées contre la décision attaquée du 8 novembre 2021, ainsi que celles tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de lui verser la somme correspondant aux frais de mission exposés à l'occasion des deux déplacements accomplis en métropole sont devenues sans objet à concurrence de montants de 250,38 euros et de 356,05 euros. Il n'y a, par suite, plus lieu d'y statuer dans cette mesure.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne la fin de non-recevoir :
4. L'article R. 421-1 du code de justice administrative dispose : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que, par un courrier daté du 15 septembre 2021 et effectivement reçu le 20 septembre 2021, M. B a adressé à sa hiérarchie une demande tendant au paiement d'une somme de 791,83 euros correspondant au remboursement de frais exposés à l'occasion de réunions s'étant déroulées en métropole, dans l'académie de Caen, dans le cadre de la préparation et de l'organisation des examens du brevet de technicien supérieur de maintenance des véhicules (BTS MV). Malgré son caractère peu détaillé sur la période au titre de laquelle il sollicitait ces remboursements, et alors qu'elle était accompagnée d'une demande de paiement d'heures de dépassement et de reliquats de prime du 13e mois se rapportant à la période du 1er septembre 2017 au 31 juillet 2021, la demande de remboursement de frais de déplacements temporaires exposés à l'occasion de la préparation et de l'organisation des examens du BTS ainsi formée par M. B ne peut être regardée comme s'étant limitée à la seule année 2019. Dans ces conditions, la chambre de métiers et de l'artisanat n'est pas fondée à soutenir que les conclusions de la requête se rapportant au remboursement de frais relatifs à la mission réalisée dans l'académie de Caen en 2018 dans le cadre de la préparation et de l'organisation des examens du BTS MV n'aurait fait l'objet d'aucune décision administrative préalable en méconnaissance de l'article R. 421-1 du code de justice administrative. La fin de non-recevoir opposée à ce titre doit, par suite, être écartée.
En ce qui concerne la légalité de la décision attaquée :
S'agissant du paiement des heures de dépassement et de la prime de 13e mois :
6. En premier lieu, l'article 6 de l'annexe IX du statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008, applicable notamment aux personnels des chambres de métiers et de l'artisanat, dispose : " Les agents travaillant à temps partiel peuvent effectuer des heures complémentaires à la demande de leur chef de service après l'avis du secrétaire général ou du directeur général en ce qui concerne l'assemblée permanente des chambres de métiers, en dépassement de la durée de leur temps de travail. / Le nombre d'heures complémentaires effectuées par un agent à temps partiel au cours d'une même semaine ou d'un même mois ne peut être supérieur au dixième de la durée hebdomadaire ou mensuelle de travail prévue. / Ces heures complémentaires sont rémunérées au taux normal sans majoration. / () Les heures effectuées par un agent à temps partiel au-delà des heures complémentaires sont considérées comme des heures supplémentaires et rémunérées comme telles. ".
7. Il ressort des pièces du dossier, en particulier du contrat d'engagement conclu le 10 janvier 2015, que M. B a été recruté en qualité de professeur contractuel à temps partiel pour effectuer un service correspondant à 73 % d'un temps plein et qu'il était tenu d'assurer dans ce cadre un nombre d'heures hebdomadaires d'enseignement égal à 14,6. Par un courrier daté du 15 septembre 2021 et effectivement reçu le 20 septembre 2021, il a sollicité auprès de sa hiérarchie le paiement de 76,54 heures complémentaires et de 185,66 heures supplémentaires qu'il estimait lui être dues sur la période du 1er septembre 2017 au 31 juillet 2021. La chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique produit en défense un courrier de son président daté du 30 juillet 2021 reconnaissant que le requérant a accompli un total de 104,04 heures complémentaires et de 227,10 heures supplémentaires entre le 1er septembre 2017 et le 31 juillet 2021. Si l'administration conteste, dans son mémoire complémentaire du 1er février 2023, la réalité de ces heures de dépassement en invoquant une erreur de calcul, elle n'apporte toutefois aucune explication sur cette prétendue inexactitude de calcul. En outre, la fiche de paie qui est annexée à ce courrier du 30 juillet 2021 établit que les rémunérations afférentes à l'intégralité des 104,04 heures complémentaires et à 71,6 des 227,10 heures supplémentaires qu'il mentionne ont été effectivement versées sur la paie du mois de juillet 2021 de M. B. En se bornant à verser au dossier les feuilles d'émargements et la copie de sa demande préalable, laquelle comporte en annexe des tableaux récapitulatifs qui ne précisent pas le détail des heures hebdomadaires d'enseignement accomplies pour chacune des différentes semaines des quatre années scolaires litigieuses, le requérant ne démontre pas qu'il aurait accompli un nombre d'heures de dépassement restées impayées supérieur à celui mentionné dans le courrier du président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique du 30 juillet 2021. Dans ces conditions, compte-tenu des rappels de rémunérations versées sur sa paie de juillet 2021, M. B est seulement fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre au paiement de 155,5 heures supplémentaires restées impayées effectuées entre le 1er septembre 2017 et le 31 juillet 2021. Le moyen doit, par suite, être accueilli, dans cette seule mesure.
8. En deuxième lieu, l'article 24 du statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008 dispose : " Les établissements mentionnés à l'article 1er attribuent, chaque année, au personnel, un treizième mois égal à un douzième du total des traitements de base versés dans l'année, y compris les indemnités perçues au titre du congé de maternité et de celles se rapportant à des périodes imputables à un accident du travail, à une affection de longue durée, à l'exclusion de toutes autres indemnités journalières émanant de la sécurité sociale. / Le paiement peut être fractionné en deux versements semestriels. ".
9. Il résulte des dispositions citées au point précédent que l'assiette de la prime de treizième mois qu'elles instituent est calculée sur le montant du seul traitement de base, lequel n'inclut pas la rémunération des heures complémentaires et des heures supplémentaires que les agents des chambres de métiers et de l'artisanat peuvent le cas échéant être amenées à accomplir durant l'année sur la demande de leur hiérarchie. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le paiement des heures de dépassement auquel il peut prétendre lui ouvrirait droit à une majoration de sa prime de treizième mois n'est pas fondé. Il doit, par suite, être écarté.
S'agissant des remboursements de frais de déplacements temporaires :
10. D'une part, l'article 27 du statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008 dispose : " Les agents dont les fonctions nécessitent des déplacements ou entraînent des frais de mission occasionnels ou habituels sont indemnisés selon les modalités fixées en annexe XV () ". L'annexe XV du statut à laquelle il est ainsi renvoyé dispose, dans sa version applicable au litige : " I. - Indemnités de déplacement et frais de séjour / a) Les agents des établissements mentionnés à l'article 1er du statut utilisant les transports par voie de chemin de fer sont remboursés sur la base du tarif seconde classe dans les conditions fixées par l'arrêté pris pour l'application au ministère de l'économie et des finances du décret n° 90-437 du 28 mai 1990 modifié. / () Lorsque le déplacement a lieu par véhicule particulier, l'agent autorisé à utiliser son véhicule terrestre à moteur pour les besoins du service a droit à des indemnités kilométriques déterminées par référence aux barèmes destinés à l'évaluation des frais de voiture automobile et de vélomoteur, scooter, moto retenus en matière d'impôt sur le revenu publiés annuellement par le ministre de l'économie et des finances jusqu'à concurrence du taux indiqué auxdits barèmes pour un véhicule de 8 CV. / b) Les agents perçoivent, à titre de frais de séjour, des indemnités de repas et d'hébergement dans les conditions prévues par l'arrêté pris pour l'application au ministère de l'économie et des finances du décret du 28 mai 1990 modifié précité. / () c) Participation aux frais d'abonnement de transports collectifs : / Le prix des titres d'abonnement correspondant aux déplacements effectués à l'intérieur de la zone de transports en commun parisiens est pris en charge partiellement par l'établissement selon les tarifs fixés par la réglementation en vigueur () ". Aux termes de l'article 6 B de l'annexe IV au code général des impôts, dans sa version issue de l'arrêté du ministre de l'action et des comptes publics du 11 mars 2019 fixant le barème forfaitaire permettant l'évaluation des frais de déplacement relatifs à l'utilisation d'un véhicule par les bénéficiaires de traitements et salaires optant pour le régime des frais réels déductibles : " Le barème mentionné au 3° de l'article 83 du code général des impôts est fixé comme suit : / Tarif applicable aux automobiles / () Puissance administrative : 4 CV - Jusqu'à 5 000 km : d*0,518 () / d représente la distance parcourue en kilomètres () ".
11. D'autre part, toutes les mentions dans les textes renvoyant, pour les déplacements temporaires, au décret n° 90-437 du 28 mai 1990 ont été remplacées à compter du 1er novembre 2006 par la référence au décret n° 2006-781 du 3 juillet 2006 fixant les conditions et les modalités de règlement des frais occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat, ainsi qu'il résulte du X. de l'article 12 de ce décret. L'article 3 de ce décret dispose : " Lorsque l'agent se déplace pour les besoins du service hors de sa résidence administrative et hors de sa résidence familiale à l'occasion d'une mission, d'une tournée ou d'un intérim, il peut prétendre : / - à la prise en charge de ses frais de transport sur production des justificatifs de paiement auprès du seul ordonnateur ; / - et à des indemnités de mission qui ouvrent droit, cumulativement ou séparément, selon les cas, au : / 1° Remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas ; / 2° Remboursement forfaitaire des frais d'hébergement et, pour l'étranger et l'outre-mer, des frais divers, sur production des justificatifs de paiement de l'hébergement auprès du seul ordonnateur () ". Aux termes de l'article 1er, dans ses versions applicables au litige, de l'arrêté interministériel susvisé du 3 juillet 2006 fixant les taux des indemnités de mission prévues par ces dispositions, le taux du remboursement forfaitaire des frais supplémentaires de repas est fixé à 15,25 euros pour les missions en métropole et le taux du remboursement forfaitaire des frais d'hébergement, incluant le petit-déjeuner, est fixé, pour les missions dans les villes de métropole de moins de 200 000 habitants, à 60 euros avant le 1er mars 2019 et à 70 euros à compter de cette date. Il résulte de ces dispositions que les frais de mission occasionnés par les déplacements temporaires des personnels civils de l'Etat ne peuvent donner lieu qu'à un remboursement forfaitaire.
Quant à l'année 2018 :
12. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'ordre de mission produit en défense par la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique, que M. B a effectué un déplacement temporaire en métropole, dans l'académie de Caen, dans le cadre d'une mission de cinq jours, entre le 24 novembre 2018 et le 28 novembre 2018, afin de participer à la préparation et à l'organisation de la session 2019 des examens du brevet de technicien supérieur de maintenance des véhicules (BTS MV) au sein du lycée Jules Verne de Mondeville (14120). Si les billets d'avion de l'intéressé pour son trajet entre la Martinique et l'aéroport d'Orly ont été pris en charge par l'administration, celui-ci a formé, le 20 septembre 2021, une demande de remboursement des autres frais de transport, d'hébergement et de repas qu'il a exposés à l'occasion de cette mission. Par la décision attaquée du 8 novembre 2021, le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique a rejeté cette demande.
13. En premier lieu, il résulte des dispositions citées aux points 10. et 11. que M. B était en droit d'obtenir, sur présentation d'un justificatif, le remboursement des frais transport par voie de chemin de fer et des titres correspondants aux déplacements effectués à l'intérieur de la zone de transports en commun parisiens. Il produit à l'appui de ses écritures un billet Orly-bus pour une liaison entre l'aéroport d'Orly et Paris d'un montant de 12 euros, ainsi qu'un billet de train se rapportant à un voyage effectué le 25 novembre 2018, jour de son atterrissage en métropole, entre Paris et Caen d'un montant de 36,70 euros. Il justifie dès lors de la réalité et du lien avec sa mission des frais de déplacement pour ces montants, soit un total de 48,70 euros.
14. En revanche, d'une part, si le requérant produit un mail de réservation relatif à un billet de train, d'un montant de 97 euros, se rapportant à un trajet entre Vannes et Paris le 28 novembre 2018, jour de son vol retour pour la Martinique, ce titre de transport ne se rapporte toutefois pas au trajet entre le lieu de mission de l'agent et sa résidence administrative. Il présente dès lors le caractère d'un trajet d'agrément ne pouvant ouvrir droit à remboursement.
15. D'autre part, la facture établie le 1er décembre 2018 d'un montant de 175 euros produite par M. B ne se rapporte pas à des frais de valise exposés par ce dernier à l'occasion de son trajet de retour de mission, contrairement à ce que l'intéressé soutient, mais à l'envoi d'un colis qu'un tiers résidant en région parisienne lui a expédié postérieurement à la mission. Ainsi, la somme litigieuse ne constitue aucunement des frais de déplacement ouvrant droit à remboursement.
16. Enfin, si M. B produit trois notes de taxi, pour un montant total de 54,88 euros, ni les dispositions citées précédemment au point 10. du statut adopté par la commission paritaire nationale 52 réunie le 13 novembre 2008, ni aucune autre disposition législative ou réglementaire applicable aux agents des chambres de métiers et de l'artisanat ne prévoit la prise en charge par l'administration des frais de transport en taxi exposés par ces agents à l'occasion des missions accomplies en dehors de leur résidence administrative.
17. Il résulte de ce qui précède que M. B est seulement fondé à soutenir qu'il peut prétendre au remboursement de ses frais de transport à hauteur d'un montant de 48,70 euros.
18. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées aux points 10. et 11. que M. B était en droit d'obtenir, au titre de ses frais de mission, le versement d'indemnités de repas et d'hébergement correspondant au remboursement forfaitaire de ses frais supplémentaires de repas du midi et du soir, à concurrence d'un montant de 15,25 euros par repas, ainsi que, sur présentation d'un justificatif, au remboursement forfaitaire de ses frais d'hébergement et de petit-déjeuner, à concurrence d'un montant de 60 euros par nuitée.
19. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de l'ordre de mission, que M. B a quitté sa résidence administrative l'après-midi du 24 novembre 2018 afin de se rendre sur son lieu de mission dans l'académie de Caen et est rentré en Martinique l'après-midi du 28 novembre 2018. Ainsi, il pouvait prétendre sur cette période au remboursement forfaitaire de ses frais supplémentaires de repas du midi et du soir pour un montant total de 122 euros et ce, alors même qu'il ne produit aucun justificatif concernant ces frais. Il ressort en outre des factures d'hôtel que le requérant, qui a séjourné trois nuitées dans un hôtel à Caen entre le 25 novembre 2018 et le 27 novembre 2018, a exposé des frais d'hébergement à ce titre. Il peut dès lors prétendre à la prise en charge forfaitaire de ces frais d'hébergement pour un montant de 180 euros. Il ressort toutefois du mandat de paiement signé par le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique le 19 novembre 2018 que l'administration a déjà pris en charge une partie des frais de mission du requérant, à hauteur d'un montant de 209,70 euros. Dans ces conditions, M. B est seulement fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre au remboursement forfaitaire de ses frais de repas et d'hébergement à hauteur du montant correspondant à la différence entre ces montants, soit un total de 92,30 euros.
Quant à l'année 2019 :
20. Il ressort des pièces du dossier, en particulier des échanges de courriel du 24 octobre 2019, que M. B a effectué un déplacement temporaire en métropole, dans l'académie de Caen, afin de participer, à compter de l'après-midi du 2 novembre 2019 et jusqu'au soir du 7 novembre 2019, à la préparation et à l'organisation de la session 2020 des examens du brevet de technicien supérieur de maintenance des véhicules (BTS MV) au sein du lycée Jules Verne de Mondeville (14120). Il a prolongé son séjour pour convenance personnelle jusqu'au 9 novembre 2019 après-midi, date de son retour effectif en Martinique. Si les billets d'avion de l'intéressé entre la Martinique et l'aéroport d'Orly ont été pris en charge par l'administration, celui-ci a formé, le 20 septembre 2021, une demande de remboursement des autres frais de transport, d'hébergement et de repas qu'il a exposés à l'occasion de cette mission. Par la décision attaquée du 8 novembre 2021, le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique a rejeté cette demande.
21. En premier lieu, il résulte des dispositions citées aux points 10. et 11. que M. B était en droit d'obtenir, sur présentation d'un justificatif, le remboursement des frais de transport par véhicule particulier sur la base du barème forfaitaire destiné à l'évaluation des frais de voiture retenu en matière d'impôt sur le revenu. Il produit à l'appui de ses écritures une facture relative à la location d'un véhicule particulier d'une puissance fiscale de 4 CV, entre le 4 novembre 2019 et le 7 novembre 2019, que l'intéressé a utilisé pour rejoindre et rentrer de son lieu de mission situé à Mondeville après avoir atterri à l'aéroport d'Orly, ainsi que des factures de carburant. Il pouvait dès lors obtenir le remboursement de ces frais de transport entre l'aéroport d'Orly et le lycée Jules verne de Mondeville, soit une distance aller de 247 km et une distance retour identique, et ce sur la base du barème forfaitaire destiné à l'évaluation des frais de voiture automobile retenu en matière d'impôt sur le revenu, figurant à l'article 6 B de l'annexe IV au code général des impôts, soit un montant de 255,89 euros. Par ailleurs, si M. B produit également un ticket T+ au tarif de 1,90 euros relatif à un trajet en bus dans la zone de transports en commun parisiens, il ne démontre toutefois pas le lien entre ce trajet en bus et sa mission, les trajets entre l'aéroport d'Orly et le lieu de mission ayant été effectués avec la voiture de location. Dans ces conditions, M. B est seulement fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre au remboursement de ses frais de transport à hauteur d'un montant de 255,89 euros.
22. En deuxième lieu, il résulte des dispositions citées aux points 10. et 11. que M. B était en droit d'obtenir, au titre de ses frais de mission, le versement d'indemnités de repas et d'hébergement correspondant au remboursement forfaitaire de ses frais supplémentaires de repas du midi et du soir, à concurrence d'un montant de 15,25 euros par repas, ainsi que, sur présentation d'un justificatif, au remboursement forfaitaire de ses frais d'hébergement et de petit-déjeuner, à concurrence d'un montant de 70 euros par nuitée.
23. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la mission de M. B a débuté l'après-midi du 2 novembre 2019 et s'est achevée le soir du 7 novembre 2019. Ainsi, le requérant pouvait prétendre sur cette période au remboursement forfaitaire de ses frais supplémentaires de repas du midi et du soir pour un montant total de 167,75 euros et ce, alors même qu'il ne produit aucun justificatif concernant ces frais. Il ressort en outre des factures d'hôtel que le requérant, qui a séjourné trois nuitées dans un hôtel à Caen entre le 4 novembre 2019 et le 7 novembre 2019, a exposé des frais d'hébergement à ce titre. Il peut dès lors prétendre à la prise en charge forfaitaire de ces frais d'hébergement pour montant de 210 euros. Il ressort toutefois du bon de commande signé par le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique le 28 octobre 2019 que l'administration a pris en charge une partie des frais de mission du requérant, à hauteur d'un montant de 98 euros. Dans ces conditions, M. B est seulement fondé à soutenir qu'il pouvait prétendre au remboursement forfaitaire de ses frais de repas et d'hébergement à hauteur du montant correspondant à la différence, soit un montant de 279,75 euros.
24. Il résulte de ce qui précède que, compte-tenu des remboursements des frais de missions intervenus en cours d'instance à hauteur de 250,38 euros et 356,05 euros ainsi qu'il a été dit au point 3., M. B est seulement fondé à soutenir que la décision attaquée du président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique du 8 novembre 2021 est illégale en tant qu'elle lui refuse le remboursement de ses frais de déplacement ainsi que le remboursement forfaitaire de ses frais de repas et d'hébergement exposé lors des missions accomplies au cours des années 2018 et 2019 à concurrence d'un montant de 70,21 euros. Il y a lieu, par suite, d'en prononcer l'annulation partielle, dans cette seule mesure.
En ce qui concerne l'injonction :
25. En raison des motifs qui la fondent, l'annulation prononcée au point précédent implique nécessairement que le président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique procède au paiement des rémunérations afférentes à 155,5 heures supplémentaires que M. B a effectuées entre le 1er septembre 2017 et le 31 juillet 2021, et qu'il verse à l'intéressé la somme de 70,21 euros correspondant au remboursement de ses frais de déplacements temporaires exposés à l'occasion des deux missions accomplies en 2018 et en 2019. Par suite, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu pour le tribunal d'ordonner cette mesure, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
26. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. B tendant à l'annulation de la décision attaquée du président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Martinique du 8 novembre 2021 portant refus de remboursement des frais de mission relatifs aux déplacements accomplis en métropole au cours des années 2018 et 2019, à hauteur de montants de 250,38 euros et 356,05 euros, ainsi que sur les conclusions accessoires tendant à ce qu'il soit enjoint au versement de ces sommes.
Article 2 : La décision attaquée du président de la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique du 8 novembre 2021 en tant qu'elle refuse à M. B le paiement, d'une part, des rémunérations se rapportant à 155,5 heures supplémentaires effectuées entre le 1er septembre 2017 et le 31 juillet 2021 et, d'autre part, de la somme de 70,21 euros correspondant au remboursement des frais de déplacements temporaires exposés à l'occasion des deux missions accomplies par l'intéressé en 2018 et en 2019.
Article 3 : Il est enjoint au président de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Martinique de procéder au paiement des rémunérations afférentes à 155,5 heures supplémentaires que M. B a effectuées entre le 1er septembre 2017 et le 31 juillet 2021, et qu'il verse à l'intéressé la somme de 70,21 euros correspondant au remboursement de ses frais de déplacements temporaires exposés à l'occasion des deux missions accomplies en 2018 et en 2019, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : La chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique versera à M. B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 6 : Les conclusions de la chambre des métiers et de l'artisanat de la Martinique présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la chambre de métiers et de l'artisanat de la Martinique.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rouland-Boyer, présidente,
M. de Palmaert, premier conseiller,
M. Phulpin, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 mai 2023.
Le rapporteur,
V. Phulpin
La présidente,
H. Rouland-BoyerLa greffière,
J. Lemaître
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026