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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200172

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200172

jeudi 25 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200172
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème chambre
Avocat requérantCABINET CORNET - VINCENT - SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 15 mars 2022 et le 31 mars 2023, M. A B et la société Architectes B D, représentés par la SELARL Cornet-Vincent-Ségurel, demandent au tribunal :

1°) de condamner la commune de Miquelon-Langlade à verser à la société Architectes B D la somme de 13 205,55 euros en règlement du décompte de résiliation du marché de maîtrise d'œuvre conclu pour la construction d'une déchetterie ;

2°) de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la commune de Miquelon-Langlade au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le montant des prestations réalisées doit être fixé à la somme de 14 544 euros, dans la mesure où la société a réalisé les éléments de mission d'esquisse et d'avant-projet sommaire par un unique document ;

- les pénalités de retard ne peuvent être supérieures à la somme de 6 600 euros, dès lors que le délai de 60 jours qui était imparti à la société pour remettre le livrable " ESQ-APS " n'a pu commencer à courir qu'à compter du 12 janvier 2021, date de la réunion de lancement du projet, et que seuls 66 jours lui sont directement imputables ;

- les indemnités de résiliation qui lui sont dues doivent être fixées à la somme de 5 261,55 euros ;

- le solde du marché doit dès lors être fixé à la somme de 13 205,55 euros, en faveur de la société Architectes B D.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 janvier 2023, la commune de Miquelon-Langlade, représentée par Me Tabet, conclut :

- au rejet de la requête ;

- à titre reconventionnel, à ce que la société Architectes B D soit condamnée à lui verser la somme de 21 866,21 euros en règlement du décompte de résiliation ;

- à ce que les dépens soient mis à la charge de la société Architectes B D ;

- à ce que la somme de 4 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- M. B ne justifie pas d'un intérêt pour agir suffisant ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés ;

- le décompte de résiliation doit être fixé à la somme de 21 866,21 euros en sa faveur, ou à défaut, à supposer que la société Architectes B D puisse être regardée comme ayant réalisé l'avant-projet-sommaire, à la somme de 19 102,50 euros en sa faveur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la commande publique ;

- l'arrêté du 16 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monnier-Besombes,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Le 10 juin 2020, la commune de Miquelon-Langlade a conclu avec la société Architectes B D un marché de maîtrise d'œuvre, pour la construction d'une déchetterie, d'un montant de 119 775 euros HT. Par un courrier du 10 juin 2021, la commune a mis en demeure le maitre d'œuvre de lui remettre, sous quinze jours, les documents d'esquisse accompagnés d'un pré-chiffrage cohérent avec le programme de l'enveloppe budgétaire. Estimant que les documents remis par la société Architectes B D démontraient son incapacité à répondre à ses besoins, la commune de Miquelon-Langlade a, par un courrier du 25 août 2021, prononcé la résiliation unilatérale du marché de maîtrise d'œuvre. Le 14 septembre 2021, elle a adressé à la société requérante le décompte de résiliation du marché, présentant un solde de 21 866,21 euros en défaveur de la société, mais l'a informée qu'elle procédait toutefois à l'annulation de sa dette. Après avoir contesté ce décompte par un courrier de réclamation réceptionné le 16 novembre 2021, qui a fait l'objet d'une décision implicite de rejet, la société Architectes B D demande au tribunal de condamner la commune de Miquelon-Langlade à lui verser la somme de 13 205,55 euros en règlement du décompte de résiliation du marché. La commune de Miquelon-Langlade demande, à titre reconventionnel, de condamner la société requérante à lui verser la somme de 21 866,21 euros correspondant au solde du décompte.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Si la commune de Miquelon-Langlade soutient que M. B ne dispose pas d'un intérêt pour agir dans la présente instance, il ressort toutefois des termes de la requête, bien que maladroits, que la demande est également présentée pour le compte de la société Architectes B D. Dans la mesure où cette dernière a intérêt pour agir dans le cadre du litige contractuel qui l'oppose à la commune de Miquelon-Langlade, la fin de non-recevoir, à supposer même qu'elle soit opposée, doit être écartée.

Sur les éléments du décompte de résiliation :

En ce qui concerne le paiement des prestations réalisées :

3. Les éléments de mission de base, définis à l'article 1-4.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché, sont composés de différentes parties techniques que sont notamment les études d'esquisses, ainsi que les études d'avant-projet, décomposées en avant-projet sommaire et en avant-projet définitif.

4. En outre, l'article 4-2.2 de ce cahier stipule que le règlement des sommes dues au maître d'œuvre pour l'exécution des éléments de mission définis à l'article 1-4, fait l'objet d'acomptes et d'un solde dans les conditions suivantes, pour chaque élément de mission : 80 % en fonction de l'avancement de la réalisation des prestations, et 20 % après approbation de l'élément de mission par le représentant du pouvoir adjudicateur et obtention de la/des autorisation(s) administrative(s) correspondante(s) à l'élément considéré.

5. Il résulte également de l'article 7-1.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché que la notification du marché vaut commencement de son exécution. Ainsi, le point de départ du délai d'exécution de l'esquisse est la date de notification du marché, et le point de départ du délai d'exécution de la phase d'avant-projet sommaire ainsi que des phases ultérieures est la date de l'accusé de réception par le maître d'œuvre du prononcé de l'approbation ou de la recevabilité du document le précédant dans l'ordre chronologique de déroulement de l'opération. Il est par ailleurs expressément précisé qu'en aucun cas l'approbation ou la recevabilité tacite ne vaut autorisation de commencer l'élément de mission suivant.

6. Enfin, il ressort de l'annexe 1 à l'acte d'engagement, relative à la décomposition et la répartition de la rémunération, que les éléments de mission de base sont rémunérés, s'agissant de l'étude d'esquisse, à la somme de 5 454 euros HT et, s'agissant de l'avant-projet sommaire, à la somme de 9 090 euros HT.

7. La société Architectes B D soutient que, dans la mesure où l'unique document qu'elle a remis à la commune de Miquelon-Langlade, le 28 juin 2021, présentait à la fois les caractéristiques d'une esquisse et d'un avant-projet sommaire, elle est fondée à demander le paiement de ces deux prestations, pour un montant de 14 544 euros. Toutefois, la société requérante ne peut utilement se prévaloir de l'offre qu'elle a présentée à la commune, avant la conclusion du marché, et dont il ressort que l'esquisse et l'avant-projet sommaire seraient confondus en un seul document, dans la mesure où son offre n'a aucune valeur contractuelle, tandis qu'il n'est pas établi que le pouvoir adjudicateur aurait expressément accepté l'unification de ces deux phases. Il ressort en revanche des stipulations précitées du cahier des clauses administratives particulières, que le maître d'œuvre ne peut entamer la phase d'avant-projet tant que l'étude d'esquisse n'a pas été approuvée par le pouvoir adjudicateur, précisément afin de pouvoir arrêter, avant toute étude plus poussée, le parti général de l'ouvrage et d'examiner la faisabilité du projet, au regard des différentes contraintes du programme et du site. Par suite, la circonstance que le document remis par la société Architectes B D, par son degré de précision, se rapprocherait d'un avant-projet sommaire, est sans incidence sur le droit au paiement de la société requérante, dans la mesure où il résulte de l'instruction que l'étude d'esquisse, remise le 28 juin 2021, n'a pas été approuvée par la commune de Miquelon-Langlade, et que la phase suivante d'avant-projet sommaire n'a ainsi pas débuté. Dans ces conditions, le montant des prestations exécutées par la société Architectes B D doit être fixé à la somme de 4 363,20 euros HT, correspondant à 80 % du montant de l'élément de mission relatif à l'étude d'esquisse.

En ce qui concerne l'indemnité de résiliation :

8. L'article 9-3 du cahier des clauses administratives particulières du marché précise que : " Le représentant du pouvoir adjudicateur se réserve la possibilité d'arrêter l'exécution des prestations au terme de chacune des parties techniques telles que définies à l'article 1-4 du présent CCAP. / Par dérogation à l'article 20 du CCAG, la décision motivée d'arrêter l'exécution des prestations à l'issue d'une partie technique, donne lieu à indemnité dans les conditions de l'article 33 du CCAG et selon les modalités de l'article 9-4.1 du présent CCAP sauf dans le cas où elle intervient du fait de la défaillance du maître d'œuvre ". Et aux termes de l'article 33 du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de prestations intellectuelles (CCAG PI), dans sa rédaction approuvée par l'arrêté du 16 septembre 2009 : " Lorsque le pouvoir adjudicateur résilie le marché pour motif d'intérêt général, le titulaire a droit à une indemnité de résiliation, obtenue en appliquant au montant initial hors taxes du marché, diminué du montant hors taxes non révisé des prestations reçues, un pourcentage fixé par les documents particuliers du marché ou, à défaut, de 5 % () ". Enfin, l'article 9-4.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché stipule que : " Pour la fixation de la somme forfaitaire figurant au crédit du maître d'œuvre, à titre d'indemnisation, le pourcentage prévu à l'article 33 du CCAG est fixé à 5 % ".

9. En l'espèce, par un courrier du 25 août 2021, le maire de Miquelon-Langlade a prononcé la résiliation du marché de maîtrise d'œuvre au terme de la phase d'étude d'esquisse, sur le fondement de l'article 9-3 du cahier des clauses administratives particulières du marché. Dans la mesure où le marché litigieux a été conclu pour un montant de 119 775 euros HT, et qu'il résulte de ce qui précède que les prestations effectivement réalisées par la société Architectes B D s'élèvent à la somme de 4 363,20 euros HT, l'indemnité de résiliation doit être fixée à la somme de 5 770,59 euros.

En ce qui concerne les pénalités de retard :

10. Aux termes de l'article 13 du CCAG PI, applicable au marché de maîtrise d'œuvre en cause : " 13. 1. 1. Le délai d'exécution du marché part de la date de sa notification () / 13. 2. 2. En cas de prestations d'études, la date d'expiration du délai d'exécution est la date de présentation des études au pouvoir adjudicateur, en vue de l'engagement des opérations de vérification ". Il ressort de l'article 7-1.1 du cahier des clauses administratives particulières du marché que le point de départ du délai de réalisation de l'élément de mission relatif aux études d'esquisse est la date de la notification du marché. En outre, aux termes de l'article 7-2.1 de ce cahier : " Les pénalités sont appliquées sans mise en demeure, sur simple constat du retard. / Pour le calcul du nombre de jours de retard, il n'est pas tenu compte ni du jour de la date limite ni du jour de la date réelle de remise du document. / Par dérogation à l'article 14.1 du CCAG, en cas de retard dans l'exécution des délais définis au 7-1 ci-dessus, le maître d'œuvre subit une pénalité journalière fixée à 100 euros par jour au-delà du délai de 30 jours pour l'élément de mission relatif aux études d'esquisse ".

11. Lorsque le cocontractant n'est que partiellement responsable d'un retard dans l'exécution du contrat, les pénalités applicables doivent être calculées seulement d'après le nombre de jours de retard imputables au cocontractant lui-même.

12. En l'espèce, il ressort sans ambigüité de l'article 7-1.1 du cahier des clauses administratives particulières précité que le délai de 30 jours, dont disposait la société Architectes B D pour remettre l'esquisse du projet, a débuté à la date de notification du marché, soit le 10 juillet 2020, et non le lendemain de la réunion de lancement du projet qui s'est tenue le 11 janvier 2021, comme le soutient la société requérante. Le délai de réalisation de l'esquisse est ainsi arrivé à échéance le 9 août 2020. Or, ce n'est que le 28 juin 2021 que la société Architectes B D a présenté une esquisse, soit avec un retard de 320 jours. Pour soutenir qu'elle n'est que partiellement responsable du retard d'exécution, à concurrence de 66 jours, la société requérante fait valoir que, malgré ses demandes, la commune de Miquelon-Langlade n'a fixé la réunion de lancement du projet qu'au 11 janvier 2021, l'empêchant ainsi de débuter ses prestations avant cette date, et que, suite à sa demande du 1er avril 2021, les documents complémentaires nécessaires à la réalisation de ses prestations n'ont été transmis que le 10 mai 2021. Toutefois, il n'est ni démontré, ni même d'ailleurs sérieusement allégué, que l'absence de tenue de cette réunion de lancement empêchait la société Architectes B D de commencer à travailler sur l'esquisse. De même, il n'est pas établi qu'un schéma coté des matériels de stockage des déchets était indispensable, au stade de la préparation de l'esquisse. Dans ces conditions, la commune de Miquelon-Langlade était fondée à appliquer à la société Architectes B D des pénalités de retard d'un montant de 32 000 euros (320 jours x 100 euros).

Sur le solde du marché :

13. Eu égard au montant des prestations qui sont dues à la société Architectes B D, à hauteur de 4 363,20 euros, de l'indemnité de résiliation de 5 770,59 euros à laquelle elle peut prétendre et des pénalités de retard mises à sa charge pour un montant de 32 000 euros, il y a lieu de fixer le solde du marché de maîtrise d'œuvre à la somme de 21 866,21 euros au crédit de la commune de Miquelon-Langlade.

14. Il résulte de ce qui précède que la société Architectes B D n'est pas fondée à demander la condamnation de la commune de Miquelon-Langlade à lui verser une somme en règlement du décompte de résiliation du marché de maîtrise d'œuvre conclu pour la construction d'une déchetterie.

Sur la demande reconventionnelle de la commune de Miquelon-Langlade :

15. Compte tenu du solde du marché fixé au point 13, il y a lieu de condamner la société Architectes B D à verser à la commune de Miquelon-Langlade la somme de 21 866,21 euros.

Sur les dépens :

16. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Les conclusions de la commune de Miquelon-Langlade tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la société Architectes B D doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la commune de Miquelon-Langlade, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse aux requérants la somme qu'ils réclament au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Architectes B D une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Miquelon-Langlade au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B et de la société Architectes B D est rejetée.

Article 2 : La société Architectes B D est condamnée à verser à la commune de Miquelon-Langlade la somme de 21 866,21 euros.

Article 3 : La société Architectes B D versera une somme de 1 500 euros à la commune de Miquelon-Langlade en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la commune de Miquelon-Langlade est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la société Architectes B D et à la commune de Miquelon-Langlade.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 juillet 2024.

La rapporteure,

A. Monnier-BesombesLe président,

J.-M. Laso

La greffière,

S. Demontreux

La République mande et ordonne au préfet de Saint-Pierre-et-Miquelon en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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