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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2200673

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2200673

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2200673
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantKEITA-CAPITOLIN YASMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une demande, enregistrée le 12 juillet 2022, Mme A C, représentée par Me Keïta-Capitolin, demande au tribunal d'enjoindre à la commune de Basse-Pointe de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement n° 1900730 du 17 mai 2021 par lequel le tribunal a notamment ordonné, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, le versement de rappels de traitement.

Elle soutient que la commune de Basse-Pointe n'a pas exécuté le jugement du tribunal.

Par une ordonnance du 22 novembre 2022, la présidente du tribunal a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle.

Par un mémoire enregistré le 6 mars 2023, Mme C demande au tribunal :

1°) d'ordonner à la commune de Basse-Pointe de produire la copie de l'acte spécifique justifiant la mesure prise pour son placement rétroactif en congé pour invalidité temporaire imputable au service à compter du 10 septembre 2015, ou l'acte de rectification de l'article 2 de l'arrêté du 8 juin 2021 ;

2°) de liquider l'astreinte de 50 euros par jour pour la période comprise entre le 17 juillet 2021 et le 30 décembre 2022 ;

3°) de condamner la commune de Basse-Pointe à lui verser des intérêts moratoires et la capitalisation des intérêts ;

4°) d'enjoindre à la commune de Basse-Pointe d'exécuter l'article 4 du jugement du 17 mai 2021 mettant à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

5°) d'enjoindre à la commune de Basse-Pointe d'exécuter l'ordonnance de référé n° 1800385 du 24 septembre 2018 mettant à sa charge la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

6°) de mettre à la charge de la commune de Basse-Pointe la somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense et des pièces enregistrés le 7 décembre 2022, le 31 décembre 2022, le 4 février 2023 et le 19 septembre 2023, la commune de Basse-Pointe, représentée par Me Dumont, conclut au non-lieu à statuer sur la demande d'exécution et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle fait valoir que le jugement du 17 mai 2021 a été exécuté et que les autres conclusions présentées par Mme C sont irrecevables.

Mme C a produit un mémoire complémentaire, enregistré le 5 octobre 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et non communiqué.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées le 3 octobre 2023 de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office tiré de ce que sont irrecevables au motif qu'elles soulèvent un litige distinct :

- les conclusions tendant à ce que les intérêts moratoires soient versés à compter de la réclamation préalable adressée à la commune ;

- les conclusions tendant à l'exécution de l'ordonnance n° 1800385 du 24 septembre 2018.

Des observations en réponse à ce moyen d'ordre public ont été enregistrées pour Mme C le 12 octobre 2023 et communiquées.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public,

- et les observations de Me Keïta-Capitolin, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement n° 1900730 du 17 mai 2021, le tribunal administratif de la Martinique a annulé l'arrêté du 24 septembre 2019 par lequel la maire de Basse-Pointe a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service d'un accident subi le 10 septembre 2015 par Mme C, a enjoint à la commune de reconnaitre cette imputabilité et de verser à l'intéressée une indemnité correspondant à la moitié du traitement dont elle a été irrégulièrement privée depuis le 2 décembre 2015. Si la maire de Basse-Pointe a aussitôt reconnu l'imputabilité au service de l'accident de 2015, par un arrêté du 8 juin 2021, les rappels de traitement ne sont en revanche pas intervenus dans le délai de deux mois suivant la notification du jugement. Le 12 juillet 2022, Mme C a présenté une demande d'exécution de ce jugement du 17 mai 2021. Une procédure juridictionnelle a été ouverte par ordonnance de la présidente du tribunal en date du 22 novembre 2022. Mme C demande la pleine exécution du jugement du 17 mai 2021.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée en défense :

En ce qui concerne l'exécution de l'article 2 du jugement :

2. Aux termes de l'article 2 du jugement du 17 mai 2021 dont l'exécution est demandée : " Il est enjoint à la maire de Basse-Pointe, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, () de verser à Mme C les rappels de traitement correspondant à la moitié du traitement dont elle a été irrégulièrement privée depuis le 2 décembre 2015 ". En l'espèce, la commune de Basse-Pointe fait valoir que, en exécution de ce jugement, elle a versé à Mme C une somme de 83 099,07 euros en décembre 2022 et une somme de 19 966,71 euros en janvier 2023, soit une somme totale de 103 065,78 euros. A cet égard, la commune a produit dans ses écritures un tableau reprenant, année par année, le montant dont elle était redevable à l'intéressée. Si Mme C soutient qu'il n'est pas clairement établi par la commune que cette somme représente la totalité de ce qui lui est dû au titre des rappels de traitement, elle n'apporte aucun élément de nature à remettre utilement en cause les calculs retenus par la commune. Dans ces conditions, la requérante ne démontre pas que la somme versée serait insuffisante. En conséquence, l'article 2 du jugement doit être regardé comme ayant été exécuté. Il s'ensuit qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la demande tendant à son exécution.

En ce qui concerne l'exécution de l'article 4 du jugement :

3. Aux termes de l'article 4 du jugement du 17 mai 2021 dont l'exécution est demandée : " La commune de Basse-Pointe versera à Mme C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ". Il est constant que cette somme de 1 500 euros a été versée à Mme C par un virement effectué le 11 mai 2023. Il s'ensuit que, l'article 4 du jugement ayant ainsi été exécuté, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à son exécution.

En ce qui concerne la communication d'un arrêté rectificatif :

4. Dans son mémoire enregistré le 6 mars 2023, Mme C demande au tribunal " la copie de l'acte spécifique justifiant la mesure prise pour son placement rétroactif en congé d'invalidité temporaire imputable au service à compter du 10 septembre 2015 ou la rectification de l'arrêté du 8 juin 2021 ". La commune de Basse-Pointe verse aux débats un arrêté du 7 septembre 2023 dont l'article 2 dispose : " Mme A C est placée en congé pour invalidité temporaire imputable au service du 10 septembre 2015 et jusqu'à ce qu'elle soit en état de reprendre son service. Pendant la durée de ce congé, Mme A C sera rémunérée à plein traitement à compter du 2 décembre 2015 ". Dès lors que ce nouvel arrêté donne satisfaction à la demande de Mme C, celle-ci est désormais privée d'objet. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ces conclusions.

Sur les conclusions tendant à la liquidation de l'astreinte :

5. En l'espèce, la commune de Basse-Pointe expose que le paiement des rappels de traitement dus à Mme C l'exposait à des difficultés budgétaires. Dès lors, en dépit du retard avec lequel la commune a versé à Mme C les rappels de traitement qui lui étaient dus ainsi que la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige, le jugement du 17 mai 2021 doit être regardé, à la date du présent jugement, comme ayant été exécuté. Par suite, dans les circonstances de l'espèce, les conclusions tendant à la liquidation de l'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives au versement d'intérêts moratoires :

6. D'une part, Mme C n'est pas recevable à solliciter le versement de ces intérêts à compter de sa réclamation préalable présentée à la commune de Basse-Pointe le 7 mars 2019. Cette demande soulève en effet un litige distinct de celui portant sur l'exécution du jugement rendu le 17 mai 2021 qui ne prévoit pas le versement d'intérêts.

7. D'autre part, aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure () ". L'article L. 313-3 du code monétaire et financier dispose : " En cas de condamnation pécuniaire par décision de justice, le taux de l'intérêt légal est majoré de cinq points à l'expiration d'un délai de deux mois à compter du jour où la décision de justice est devenue exécutoire, fût-ce par provision. () Toutefois, le juge de l'exécution peut, à la demande du débiteur ou du créancier, et en considération de la situation du débiteur, exonérer celui-ci de cette majoration ou en réduire le montant. ".

8. Même en l'absence de demande tendant à l'allocation d'intérêts, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts du jour de son prononcé jusqu'à son exécution, au taux légal puis, en application des dispositions précitées, au taux majoré s'il n'est pas exécuté dans les deux mois de sa notification.

9. Il résulte de l'instruction que la commune de Basse-Pointe n'a pas versé les sommes auxquelles elle a été condamnée dans le délai de deux mois et aurait dû, dans ces conditions, assortir ces sommes, outre le taux légal pour la période du 17 juillet 2021 au 17 septembre 2021, du taux majoré pour la période courant du 18 septembre 2021 jusqu'à chacune des dates des trois versements intervenus en décembre 2022, janvier 2023 et mai 2023. Dans ces conditions, Mme C, qui peut invoquer ces intérêts moratoires à tout moment, est fondée à soutenir que le jugement n'a pas été entièrement exécuté. Il suit de là qu'il y a lieu d'enjoindre à la commune de Basse-Pointe de verser à la requérante les intérêts au taux légal à compter du 17 juillet 2021, majoré à compter du 18 septembre 2021 en application des dispositions citées au point 7. Ce versement devra intervenir dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

10. La requérante demande en outre la capitalisation de ces intérêts moratoires. Toutefois, dès lors que le jugement du 17 mai 2021 ne prévoit pas le versement d'intérêts, ces conclusions ne sont pas recevables et doivent être rejetées.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Mme C demande l'exécution de l'article 2 de l'ordonnance n° 1800385 du 24 septembre 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal a mis à la charge de la commune de Basse-Pointe la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. De telles conclusions, qui soulèvent un litige distinct de l'exécution du jugement du 17 mai 2021, sont irrecevables et doivent être rejetées, sans préjudice du droit pour Mme C de présenter devant le tribunal, si elle s'y croit fondée, une demande d'exécution de cette ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Basse-Pointe la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme C et non compris dans les dépens, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'exécution du jugement du 17 mai 2021 à l'exception des conclusions relatives aux intérêts moratoires.

Article 2 : La commune de Basse-Pointe est condamnée à verser à Mme C les intérêts au taux légal à compter du 17 juillet 2021, et les intérêts au taux majoré à compter du 18 septembre 2021, jusqu'aux dates des trois versements effectués en exécution du jugement du 17 mai 2021.

Article 3 : La commune de Basse-Pointe versera à Mme C la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et à la commune de Basse-Pointe.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

M. Phulpin, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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