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AccueilJurisprudence administrativeN° TA102-2300258

Tribunal Administratif de la Martinique — Décision N° TA102-2300258

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de la Martinique
SectionTribunal Administratif de la Martinique
N° DossierTA102-2300258
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantAARPI ANDOTTE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 mai 2023, le 8 novembre 2023 et le 30 janvier 2024, M. A C, représenté par Me Crusoé, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d'annuler la mise en demeure valant commandement de payer émise le 13 septembre 2022 pour un montant de 12 465,05 euros, ensemble la décision du 7 mars 2023 par laquelle le directeur régional des finances publiques de la Martinique a rejeté sa réclamation préalable ;

2°) de le décharger de l'obligation de payer la somme de 12 465,05 euros ;

3°) de mettre à la charge de la collectivité territoriale de Martinique et de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- ni la mise en demeure du 13 septembre 2022 ni le titre de perception émis le 31 décembre 2000 ne précisent suffisamment les bases de la liquidation de la créance ;

- le remboursement sollicité n'est pas dû dès lors qu'il a été contraint d'interrompre ses études pour des raisons financières, sans que puisse être mise en cause son assiduité ;

- en tout état de cause, la créance revendiquée par la collectivité territoriale de Martinique est prescrite, aucun acte interruptif de la prescription n'ayant été effectué par le comptable public entre le 18 août 2015 et le 13 septembre 2022.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 janvier 2024, la collectivité territoriale de Martinique conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable et qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, par un courrier du 1er mars 2024, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaitre du litige compte tenu des dispositions de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales.

Un mémoire en réponse produit par M. C a été enregistré le 11 mars 2024 et a été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. de Palmaert,

- et les conclusions de M. Lancelot, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C a bénéficié du conseil général de la Martinique, entre 1989 et 1994, d'un prêt remboursable sans intérêt dans le cadre de ses études supérieures, pour un montant de 120 000 francs. Par un titre exécutoire émis le 31 décembre 2000, M. C a été invité à rembourser la somme de 12 465,05 euros. Pour le recouvrement de cette somme, une mise en demeure a été émise le 13 septembre 2022 par le comptable public, et contestée par une réclamation présentée par l'intéressé le 15 novembre 2022. Par la présente requête, M. C demande l'annulation de la mise en demeure valant commandement de payer ensemble la décision du 7 mars 2023 qui a rejeté sa réclamation, et la décharge de l'obligation de payer la somme de 12 465,05 euros.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

2. Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances, amendes, condamnations pécuniaires et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites. / () / Les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Elles peuvent porter : / 1° Sur la régularité en la forme de l'acte ; / 2° A l'exclusion des amendes et condamnations pécuniaires, sur l'obligation au paiement, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués et sur l'exigibilité de la somme réclamée. / Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés dans le cas prévu au 1° devant le juge de l'exécution. Dans les cas prévus au 2°, ils sont portés : / () / c) Pour les créances non fiscales des collectivités territoriales, des établissements publics locaux et des établissements publics de santé, devant le juge de l'exécution. ".

3. Il ressort de ces dispositions que l'ensemble du contentieux du recouvrement des créances non fiscales des collectivités territoriales relève de la compétence du juge de l'exécution.

4. La somme sur laquelle porte la mise en demeure émise à l'encontre de M. C correspond à une créance non fiscale d'une collectivité territoriale. Il résulte des dispositions précitées que seul le juge judiciaire est compétent pour connaître du présent litige. M. C ne peut utilement soutenir qu'est en cause le bien fondé de la créance recouvrée dès lors que l'article L. 281 du livre des procédures fiscales précité dispose que les contestations relatives au recouvrement ne peuvent pas remettre en cause le bien-fondé de la créance. Par suite, il y a lieu de rejeter la requête de M. C comme portée devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaître.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la collectivité territorial et de l'Etat, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée comme portée devant une juridiction incompétente pour en connaitre.

Article 2 : Les conclusions présentées par M. C sur le fondement de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au directeur régional des finances publiques de la Martinique et à la collectivité territoriale de Martinique.

Délibéré après l'audience du 21 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Laso, président,

M. de Palmaert, premier conseiller,

Mme Monnier-Besombes, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

Le rapporteur,

S. de Palmaert

Le président,

J-M. Laso

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition :

La greffière,

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