jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de la Martinique |
| Section | Tribunal Administratif de la Martinique |
| N° Dossier | TA102-2400240 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Juge Unique |
| Avocat requérant | AUTEVILLE ALBAN-KEVIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 mars 2024 et le 19 août 2024, M. A C, représenté par Alliage société d'avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 255,5 euros en réparation des préjudices subis en raison du refus du préfet de la Martinique de lui octroyer le concours effectif de la force publique ;
2°) d'enjoindre à l'Etat d'assurer la mise en œuvre effective du concours de la force publique, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de l'Etat au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la responsabilité de l'Etat est engagée du fait du refus du préfet de la Martinique de lui accorder le concours effectif de la force publique pour l'expulsion de son locataire, pour la période du 17 juillet 2024 jusqu'à la mise en œuvre effective du concours de la force publique ;
- il est fondé à demander la réparation de son préjudice financier, résultant des pertes de loyers, qui doit être évalué à la somme de 15 455,5 euros ;
- il est fondé à demander la réparation de son préjudice moral, qui doit être évalué à la somme de 1 800 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés le 27 mai 2024 et le 27 août 2024, le préfet de la Martinique conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- s'il ne conteste pas l'engagement de sa responsabilité, elle ne peut toutefois être retenue qu'à compter de l'expiration de la trêve cyclonique, le 30 octobre 2022, jusqu'au 12 janvier 2024, date à laquelle il a accordé le concours de la force publique ;
- les préjudices de M. C ne sont pas établis.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des procédures civiles d'exécution ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Monnier-Besombes, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monnier-Besombes,
- et les conclusions de M. de Palmaert, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. C est propriétaire d'un logement situé 13 rue Joseph Lagrosillière, sur le territoire de la commune du François, qu'il a donné à bail à M. D et Mme B, par un contrat du 10 mars 2010. A l'issue de la procédure judiciaire d'expulsion initiée par le requérant, la juge du contentieux de la protection du tribunal judiciaire de Fort-de-France, par un jugement du 10 mai 2021, a condamné les locataires à verser à M. C, en sus du loyer courant, la somme de 9 394,55 euros avec intérêts au taux légal au titre des loyers échus et impayés, selon un échéancier de paiement de 36 mois. Par ailleurs, il ressort de ce jugement qu'en cas de non-respect des délais de paiement ou de non-paiement du loyer courant, la clause résolutoire est acquise au 14 novembre 2020 et les locataires doivent quitter les lieux, à défaut leur expulsion est ordonnée, au besoin avec le concours de la force publique, à l'expiration d'un délai de deux mois suivant la signification d'un commandement d'avoir à libérer les lieux, assortie d'une condamnation à verser à M. C une indemnité d'occupation d'un montant de 618,22 euros à compter du mois de décembre 2020 jusqu'au départ effectif des lieux. Ce jugement a été signifié aux locataires le 9 juillet 2021. Un huissier de justice a procédé à la signification d'un commandement de quitter les lieux aux occupants le 3 mars 2022. Une copie de ce commandement a été adressée au sous-préfet de la Trinité le lendemain. Le 17 mai 2022, l'huissier de justice a dressé un procès-verbal de réquisition de la force publique, adressé au sous-préfet de la Trinité. Le silence gardé sur cette demande a fait naître une décision implicite de refus le 17 juillet 2022. Par un courrier daté du 19 décembre 2023, le conseil de M. C a demandé au préfet de la Martinique de l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du refus de concours de la force publique, qui n'a fait l'objet d'aucune réponse. Toutefois, par un courriel du 12 janvier 2024, le conseil de M. C et le commissaire de justice ont été informés que le concours de la force publique était octroyé au requérant. Par la présente requête, M. C, qui expose que cette décision n'a toutefois pas été exécutée, demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 17 255,5 euros en réparation des préjudices subis du fait du refus de concours effectif de la force publique et d'enjoindre à l'Etat d'assurer la mise en œuvre effective du concours de la force publique, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution, dans sa version applicable à la date de la décision de refus : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. Le refus de l'Etat de prêter son concours ouvre droit à réparation ". Et aux termes de l'article L. 153-2 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " L'huissier de justice chargé de l'exécution peut requérir le concours de la force publique ". Par ailleurs, l'article R. 153-1 de ce code dispose que : " Si l'huissier de justice est dans l'obligation de requérir le concours de la force publique, il s'adresse au préfet. / La réquisition contient une copie du dispositif du titre exécutoire. Elle est accompagnée d'un exposé des diligences auxquelles l'huissier de justice a procédé et des difficultés d'exécution. / Toute décision de refus de l'autorité compétente est motivée. Le défaut de réponse dans un délai de deux mois équivaut à un refus. / Ce refus est porté à la connaissance du créancier par l'huissier de justice ".
3. L'article L. 611-1 du code des procédures civiles d'exécution dispose que : " Pour l'application de l'article L. 412-6 en Guyane, en Guadeloupe, en Martinique, à La Réunion et à Mayotte, la période pendant laquelle il est sursis à toute mesure d'expulsion est fixée par le représentant de l'Etat, après avis conforme du conseil général, pour une durée de trois mois et demi, le cas échéant divisée de manière à tenir compte des particularités climatiques propres à cette collectivité ". Par un arrêté du 10 septembre 1998, le préfet de la Martinique a décidé que, nonobstant toute décision d'expulsion passée en force de chose jugée, il doit être sursis dans le département de la Martinique, à toute mesure d'expulsion non exécutée à la date du 15 juillet jusqu'au 30 octobre de chaque année, à moins que le relogement des intéressés soit assuré dans des conditions suffisantes respectant l'unité et les besoins de la famille.
4. Toute décision de justice ayant force exécutoire peut donner lieu à une exécution forcée, la force publique devant, si elle est requise, prêter main forte à cette exécution. Toutefois, des considérations impérieuses tenant à la sauvegarde de l'ordre public ou à la survenance de circonstances postérieures à la décision judiciaire statuant sur la demande d'expulsion ou sur la demande de délai pour quitter les lieux et telles que l'exécution de l'expulsion serait susceptible d'attenter à la dignité de la personne humaine, peuvent légalement justifier, sans qu'il soit porté atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, le refus de prêter le concours de la force publique. L'autorité de police dispose, sous réserve de l'application éventuelle de l'article L. 412-6, d'un délai de deux mois pour assurer l'exécution forcée d'un jugement d'expulsion et, passé ce délai, le justiciable nanti d'un tel jugement est en droit d'obtenir la réparation intégrale des préjudices dont l'inexécution de la décision de justice est à l'origine.
5. Si les dispositions de l'article L. 611-1 du code des procédures civiles d'exécution exigent des autorités de police qu'elles sursoient, au cours de la période dite de "trêve cyclonique", à prêter le concours de la force publique en vue de l'expulsion d'un occupant sans titre ordonnée par l'autorité judiciaire, elles ne font pas obstacle à ce que l'administration soit valablement saisie pendant cette même période d'une demande de concours de la force publique dont le rejet est susceptible d'engager la responsabilité de l'Etat. Une demande de concours de la force publique formulée pendant cette période fait ainsi courir le délai à l'issue duquel, en l'absence de réponse, naît une décision implicite de refus de nature à engager la responsabilité de l'Etat. Cependant, un refus de concours intervenant pendant la trêve cyclonique n'engage la responsabilité de l'État, au plus tôt, qu'à compter de la fin de celle-ci.
6. Il résulte de l'instruction que le concours de la force publique, en vue de l'exécution du jugement du tribunal judiciaire de Fort-de-France du 10 mai 2021, a été sollicité le 17 mai 2022, par un procès-verbal de réquisition de la force publique dressé par un huissier de justice. Compte tenu, d'une part, du délai normal de deux mois dont dispose l'administration pour exercer son action et, d'autre part, de la trêve cyclonique, le préfet de la Martinique, qui ne se prévaut au demeurant d'aucune considération impérieuse ni de circonstances postérieures à la décision judiciaire pouvant justifier son refus, est fondé à faire valoir que la responsabilité de l'Etat ne s'est trouvée engagée qu'à compter du 31 octobre 2022.
7. En second lieu, si la période de responsabilité de l'Etat au titre d'un refus d'accorder le concours de la force publique pour l'exécution d'un jugement s'achève en principe au jour où l'administration décide d'octroyer ce concours, elle ne prend fin qu'à la date de mise en œuvre effective du concours lorsque celle-ci intervient plus de quinze jours après la décision, sauf si ce délai est imputable au propriétaire ou à l'huissier ou justifié par des circonstances particulières.
8. Il est constant que, bien que le sous-préfet du Marin ait octroyé le concours de la force publique par une décision du 12 janvier 2024, qui a été notifiée le jour même au conseil du requérant et au commissaire de justice, les occupants illégaux sont toujours présents dans le logement de M. C. Toutefois, le préfet de la Martinique fait valoir sans être contredit que l'absence d'exécution effective de la décision d'octroi du concours de la force publique ne lui est pas imputable, mais résulte de l'inertie du commissaire de justice. En l'absence de toute contestation de M. C, et alors qu'il ne démontre ni même n'allègue que le commissaire de justice, à qui incombait, en application de l'article L. 153-2 du code des procédures civiles d'exécution, l'organisation matérielle de l'expulsion, a accompli les diligences nécessaires en vue de fixer la date de l'expulsion, la responsabilité de l'Etat ne peut être engagée pour la période postérieure au 12 janvier 2024.
En ce qui concerne les préjudices :
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que le préjudice locatif du requérant correspond à la perte du loyer mensuel, qui doit être revalorisé en application de l'indice de référence des loyers (IRL) applicable à la date du jugement du 10 mai 2021, ainsi qu'il le demande, augmenté des charges incombant au locataire, soit un montant mensuel de 620,21 euros. Compte tenu de la période de responsabilité de l'Etat du 31 octobre 2022 au 12 janvier 2024, soit 438 jours, il y a lieu de faire une exacte appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 9 055,05 euros.
10. En second lieu, si M. C sollicite la réparation de son préjudice moral, d'une part, il n'assortit cette demande d'aucun élément de nature à justifier l'octroi d'une indemnité distincte de celle qui lui est allouée au titre de la perte de ses loyers et charges, et, d'autre part, il n'établit pas avoir subi un préjudice moral direct et certain pouvant donner lieu à réparation, en l'absence de toute précision pour étayer sa demande.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. C une somme de 9 055,05 euros en réparation de ses préjudices.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Dans la mesure où il résulte de ce qui précède que, le 12 janvier 2024, le sous-préfet du Marin a accordé le concours de la force publique et que le retard ultérieur dans sa mise en œuvre effective est uniquement imputable à l'inertie du commissaire de justice, faute pour le requérant de démontrer que ce dernier a accompli les diligences nécessaires en vue de fixer la date de l'expulsion, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. C tendant à enjoindre à l'Etat d'assurer la mise en œuvre effective du concours de la force publique, sous astreinte de 500 euros par jour de retard.
Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :
13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C une somme de 9 055,05 euros.
Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. C en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Martinique.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
La magistrate désignée,
A. Monnier-Besombes Le greffier,
J.-H. Minin
La République mande et ordonne au préfet de la Martinique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026