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AccueilJurisprudence administrativeN° TA105-2600810

Tribunal Administratif de la Guadeloupe — Décision N° TA105-2600810

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de la Guadeloupe
SectionTribunal Administratif de la Guadeloupe
N° DossierTA105-2600810
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantHATCHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 juin 2026, M. A... B..., représenté par Me Hatchi, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre l’exécution de l’arrêté du 19 mai 2026 en tant que le préfet de la Guadeloupe a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux ans jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.

Il soutient que :
- la condition d’urgence doit être regardée comme remplie dès lors que la décision litigieuse affecte de manière grave et immédiate sa situation familiale ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
* elle méconnaît l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
* elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur d’appréciation au regard de sa situation personnelle.


Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juin 2026, le préfet de la Guadeloupe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- la condition d’urgence n’est pas satisfaite ;
- aucun moyen soulevé par la requérante n’est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés attaqués.




Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 11 juin 2026 sous le n° 2600772 par lequel M. B... demande d’annuler la décision dont il demande la suspension dans la présente requête.


Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Créantor, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique du 30 juin 2026 à 11 heures 30, en présence de Mme Lubino, greffière d’audience, le rapport de Mme Créantor et les observations de Me Hatchi, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.


Après avoir constaté que le préfet de la Guadeloupe n’était ni présent ni représenté, la clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant vénézuélien, né le 13 janvier 1989, a fait l’objet d’un arrêté du 19 mai 2026 par lequel le préfet de la Guadeloupe l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Par la présente, requête, le requérant demande, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l’arrêté en tant qu’il lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur l’urgence :

Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. (…) ». L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre.



M. B..., père d’un enfant né en France en 2020 et qui est scolarisé sur le territoire français, justifie suffisamment de l’urgence de sa situation, au sens des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, compte tenu de l’incidence immédiate de l’arrêté attaqué sur sa situation.


Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. (…) ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ». Il résulte de ces dispositions que pour fixer la durée de l’interdiction de retour, le préfet doit tenir compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l’ancienneté des liens de l’intéressé avec la France, à l’existence de précédentes mesures d’éloignement et à la menace pour l’ordre public représentée par la présence en France de l’intéressé.

En l’espèce, M. B... fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai. Dès lors, seules des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle à ce que soit prononcée à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français. Le requérant se prévaut de l’ancienneté de sa présence en France, en précisant qu’il y réside depuis 2002. Toutefois, les pièces qu’il produit ne permettent de justifier ni de la durée, ni de la continuité de son séjour en France. En revanche, M. B... soutient, sans être sérieusement contredit par le préfet, qu’il vit avec sa compagne de nationalité dominicaine qui est titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle. Il est également constant qu’ils sont parents d’un enfant mineur, âgé de six ans, souffrant d’un trouble du spectre de l’autisme et qui est scolarisé. Si le requérant ne produit aucune pièce permettant d’établir qu’il contribuerait effectivement à l’entretien et à l’éducation de son enfant, il produit une attestation d’hébergement établie par sa compagne et sa fiche pénale mentionne un domicile à l’adresse de cette dernière. En outre, le requérant indique avoir noué des liens affectifs forts avec les deux enfants de sa compagne qui sont âgés de 27 et 18 ans. A cet égard, il fournit des attestations de ces derniers qui lui apportent leur soutien. En défense, le préfet fait valoir, dans ses écritures, que le requérant constitue une menace à l’ordre public alors même que l’arrêté en litige ne mentionne pas cet élément. Il résulte de l’instruction que M. B... a passé sept années en détention à la suite d’une condamnation pénale pour des faits de participation à une association de malfaiteurs et vol en bande organisée. Toutefois, cette condamnation a été prononcée en 2015, soit plus de dix avant la décision attaquée. Par ailleurs, il ne résulte pas de l’instruction que cette menace à l’ordre public reste actuelle. Compte tenu des liens familiaux du requérant sur le territoire, en particulier de son enfant de six ans et atteint d’autisme, le moyen tiré de de l’erreur d’appréciation paraît, en l’état de l’instruction, de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.


Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens invoqués, que les conditions d’application de l’article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Dès lors, il y a lieu de suspendre l’exécution de l’arrêté du préfet de la Guadeloupe du 19 mai 2026 en tant qu’il a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à l’encontre de M. B..., au plus tard jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en annulation enregistrée sous le n° 2600772.


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution de l’arrêté du préfet de la Guadeloupe du 19 mai 2026 est suspendue en tant qu’il fait interdiction à M. B... de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, au plus tard jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête en annulation enregistrée sous le n° 2600772.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à Me Hatchi et au préfet de la Guadeloupe.


Fait à Basse-Terre, le 1er juillet 2026.



La juge des référés,

Signé :

V. CREANTOR


La République mande et ordonne au préfet de la Guadeloupe, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.


Pour expédition conforme
La greffière

Signé :

L. LUBINO


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