Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoires enregistrés les 28 janvier et 28 novembre 2022, le syndicat des copropriétaires du 60 boulevard du roi René, représenté par Me Gras, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté n° DP 13 001 19J0632 en date du 30 mars 2021 par lequel la maire d’Aix-en-Provence s’est opposée à la délivrance d’un certificat de non-opposition à la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux reçue le 9 février 2021 pour des travaux réalisés sur l’immeuble situé 60 boulevard du roi René sur le territoire de la commune à l’issue d’une décision de non-opposition à déclaration préalable du 19 octobre 2019, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux ;
2°) d’enjoindre, en application des dispositions de l’article L. 911-1 du code de justice administrative, à la maire de la commune d’édicter une décision attestant de la conformité des travaux à la déclaration préalable du 19 octobre 2019, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour passé ce délai ;
3°) de mettre à la charge de la commune d’Aix-en-Provence une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la maire d’Aix-en-Provence ne justifie pas d’une délégation pour défendre la commune dans cette instance ;
- l’acte attaqué est entaché d’une erreur de fait, une patine d’harmonisation en eau forte de chaux naturelle ayant été appliquée suivant le dosage 1 volume de chaux pour 10 volumes d’eau, ce qui correspond aux recommandations de l’arrêté et de l’architecte des bâtiments de France et contrairement à ce qu’a retenu la commune ;
- il est entaché d’une erreur de droit, les travaux ne méconnaissant pas l’arrêté de non-opposition à déclaration préalable du 19 octobre 2019, alors qu’il ne comporte pas de prescription mais des recommandations, identifiables par l’usage du verbe pouvoir ; l’arrêté ne recommande aucun dosage précis ;
- la commune a méconnu l’étendue de sa compétence en se considérant liée par l’avis « conforme » de l’ABF ;
- les travaux réalisés sont conformes à l’autorisation d’urbanisme délivrée, les pierres de la façade sont apparentes alors que le maintien des pierres de taille de la façade n’était pas une prescription, et le fait que la porte d’entrée a été peinte en vert et n’a pas été vernie ne peut suffire à s’opposer à la déclaration attestant l’achèvement des travaux.
Par des mémoires en défense enregistrés les 24 octobre 2022 et 6 février 2023, la commune d’Aix-en-Provence, représentée par Me Andreani, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge du syndicat de copropriétaires requérant une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que la requête est irrecevable, que les moyens soulevés ne sont pas fondés et sollicite des substitutions de motifs.
Une note en délibéré a été réceptionnée le 5 mars 2026 pour le syndicat requérant et n’a pas été communiquée.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Houvet,
- les conclusions de Mme Pilidjian, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Germe pour le syndicat requérant et de Me Dallot pour la commune.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté en date du 19 octobre 2019, la maire d’Aix-en-Provence ne s’est pas opposée à la réalisation de travaux de ravalement de façade sur rue et reprise structurelle des balcons, sur un immeuble situé 60 boulevard du roi René, sur le territoire de la commune. Par un arrêté du 30 mars 2021, la maire de la commune s’est opposée à la délivrance d’un certificat de non-opposition à la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux reçu le 9 février 2021. Par une décision du 6 décembre 2021, la maire de la commune a rejeté le recours gracieux formé par le syndicat des copropriétaires. Par sa requête, le syndicat des copropriétaires du 60 boulevard du roi René demande au tribunal d’annuler ces décisions.
Sur la recevabilité des écritures en défense :
2. Aux termes de l’article L. 2132-1 du code général des collectivités territoriales : « Sous réserve des dispositions du 16° de l'article L. 2122-22 le conseil municipal délibère sur les actions à intenter au nom de la commune ». L’article L. 2132-2 de ce code dispose que : « Le maire, en vertu de la délibération du conseil municipal, représente la commune en justice ». L’article L. 2122-22 du même code dispose que : « Le maire peut (…) par délégation du conseil municipal, être chargé (…) pour la durée de son mandat : (…) 16° D'intenter au nom de la commune les actions en justice ou de défendre la commune dans les actions intentées contre elle (…) ». Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal peut légalement donner au maire une délégation générale pour représenter la commune en justice, en demande comme en défense, pendant la durée de son mandat.
3. La commune d’Aix-en-Provence a produit dans l’instance la délibération de son conseil municipal du 24 septembre 2021 donnant délégation à la maire, notamment pour défendre la collectivité dans les actions intentées contre elle. Par suite, le moyen tiré de ce que les écritures de la commune ne seraient pas recevables faute d’avoir été présentées par une personne détenant la qualité pour ce faire doit être écarté.
Sur la fin de non-recevoir :
4. En premier lieu, en vertu du premier alinéa de l’article 15 de la loi du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, « le syndicat a qualité pour agir en justice, tant en demandant qu’en défendant, même contre certains des copropriétaires ; il peut notamment agir, conjointement ou non avec un ou plusieurs de ces derniers, en vue de la sauvegarde des droits afférents à l’immeuble (…) ». Le I de l’article 18 de la même loi dispose que : « Indépendamment des pouvoirs qui lui sont conférés par d’autres dispositions de la présente loi ou par une délibération spéciale de l’assemblée générale, le syndic est chargé, dans les conditions qui seront éventuellement définies par le décret prévu à l’article 47 ci-dessous : (…) - de représenter le syndicat dans tous les actes civils et en justice dans les cas mentionnés aux articles 15 et 16 de la présente loi (…) ». Aux termes des deux premiers alinéas de l’article 55 du décret du 17 mars 1967 pris pour l’application de la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété des immeubles bâtis, dans sa rédaction résultant du décret du 27 juin 2019 portant diverses mesures relatives au fonctionnement des copropriétés et à l’accès des huissiers de justice aux parties communes d’immeubles : « Le syndic ne peut agir en justice au nom du syndicat sans y avoir été autorisé par une décision de l’assemblée générale. / Seuls les copropriétaires peuvent se prévaloir de l’absence d’autorisation du syndic à agir en justice. ».
5. Il résulte de ces dispositions que, dans les cas où une autorisation est requise, le syndic, agissant au nom de la copropriété, est tenu de disposer d’une autorisation formelle de l’assemblée générale des copropriétaires pour agir en justice en son nom, habilitation qui doit préciser l’objet et la finalité du contentieux engagé. Le pouvoir ainsi donné au syndic est compris dans les limites qui ont, le cas échéant, été fixées par la décision de l’assemblée générale. Le moyen tiré du défaut d’autorisation du syndic à agir en justice ne peut toutefois être soulevé que par un ou plusieurs copropriétaires.
6. La fin de non-recevoir tirée de l’absence de mandat autorisant le syndicat des copropriétaires à engager l’action juridictionnelle ne peut pas être soulevée par la commune. Il suit de là qu’elle doit être écartée. En tout état de cause, le syndicat requérant produit le procès-verbal de l’assemblée générale des copropriétaires du 14 novembre 2022 l’autorisant à agir en justice dans le cadre de la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux du 30 mars 2021.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
7. Aux termes de l’article R. 425-1 du code de l’urbanisme : « Lorsque le projet est situé dans les abords des monuments historiques, le permis de construire, le permis d'aménager, le permis de démolir ou la décision prise sur la déclaration préalable tient lieu de l'autorisation prévue à l'article L. 621-32 du code du patrimoine si l'architecte des Bâtiments de France a donné son accord, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. ». Par ailleurs, les dispositions de l’article R. 462-6 prévoient qu’« à compter de la date de réception en mairie de la déclaration d'achèvement, l'autorité compétente dispose d'un délai de trois mois pour contester la conformité des travaux au permis ou à la déclaration. (…) »
8. D’une part, la décision attaquée retient que les travaux effectués ne respectent pas les prescriptions de l’architecte des bâtiments de France (ABF), sans plus de précisions, se bornant à renvoyer à l’avis de l’ABF du 11 mars 2021, qui fait suite à une visite de récolement du 12 février 2021. Or l’avis de l’architecte des bâtiments de France en date du 7 septembre 2019, repris intégralement dans la décision de non-opposition à déclaration préalable du 10 octobre 2019, ne contenait aucune prescription proprement dite pour le traitement de la façade, se contentant de proposer une solution d’enduit, précisant qu’une « patine d’harmonisation en eau forte de chaux naturelle, minérale pourra être envisagée au besoin ». Il ressort ainsi clairement de la lecture de cet avis que l’enduit préconisé a été donné à titre seulement indicatif et non pas prescriptif. Il s’en suit que le moyen tiré de l’erreur de fait du non-respect de la prescription sur ce point pourra être accueilli.
9. D’autre part, il ressort des pièces du dossier que l’unique motif d’opposition à la déclaration attestant l’achèvement et la conformité des travaux est rédigé comme suit : « considérant que les travaux correspondant ne peuvent donner lieu à la délivrance d’un certificat de non-opposition pour les motifs suivants : non-respect des prescriptions de l’ABF en date du 11 mars 2021 (…) déclare être dans l’obligation de s’opposer à la délivrance d’un certificat de non-opposition ». Par ce motif, le maire indique être dans l’obligation de suivre l’avis du 11 mars 2021. Il n’ajoute en outre aucun autre élément d’appréciation, ni n’en retranche de l’avis de l’architecte des bâtiments de France. Dans ces conditions, le syndicat requérant est fondé à soutenir que la maire s’est crue à tort dans une situation de compétence liée.
10. Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen n’apparaît susceptible, en l’état du dossier, de fonder l’annulation de l’arrêté contesté.
Sur les demandes de substitution de motifs de la commune :
11. L'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.
12. En premier lieu, la porte d’entrée de l’immeuble situé 60 boulevard du roi René a été peinte en vert foncé RAL 6020, vert oxyde chromique, alors qu’auparavant elle était en bois clair vernis. La notice descriptive des travaux jointe à la déclaration préalable mentionnait « la porte d’entrée sera poncée et recevra deux couches de vernis mat ». Un complément de notice évoque un ponçage et la pose de deux couches de vernis marin aspect ciré mat. Or, il est constant que la porte a finalement été peinte en vert foncé, un changement de teinte ayant été envisagé à l’occasion d’une réunion de chantier du 31 juillet 2020. Bien que l’architecte des bâtiments de France ait été consulté, il est également constant qu’aucune autorisation n’a été demandée à la commune pour ce changement, lequel emporte pourtant modification de la façade et nécessitait donc une autorisation. Par suite, la première substitution de motifs doit être accueillie.
13. En second lieu, la commune doit être regardée comme ayant entendu soulever une autre demande de substitution de motifs tirée de ce que les pierres de la façade devaient rester apparentes. Il se déduit des mentions de l’avis de l’ABF « afin de préserver la qualité et les caractéristiques de cette belle façade en pierres taillées (…) » et de ses préconisations concernant la patine d’harmonisation laquelle pourrait être « en eau forte de chaux naturelle, minérale », afin d’avoir un effet relativement léger pour la façade, que les pierres se devaient de rester effectivement apparentes. Or il ressort des pièces du dossier que le traitement réalisé et la solution qui a été appliquée sur la façade de l’immeuble ont eu pour effet de masquer les pierres taillées de la façade. Il suit de là que la deuxième substitution de motifs doit être également être accueillie.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation du syndicat requérant doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte.
Sur les frais liés au litige :
15. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune tendant à l’application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié au syndicat des copropriétaires du 60 boulevard du roi René et à la commune d’Aix-en-Provence.
Délibéré après l'audience du 2 mars 2026, à laquelle siégeaient :
- M. Pecchioli, président,
- M. Juste, premier conseiller,
- Mme Houvet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2026.
La rapporteure,
signé
HOUVETLe président,
signé
J-L PECCHIOLI
La greffière,
signé
F. FOURRIER
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.