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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2304988

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2304988

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2304988
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8è ch Magistrat statuant seul
Avocat requérantUNIT AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2304988, la société Les Ultimes, représentée par Me Layani, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis par la commune de Marseille le 4 avril 2023 pour un montant de 6 698 euros, au titre du recouvrement des frais engagés par cette collectivité pour le relogement provisoire de l’occupant de l’appartement dont elle est propriétaire, situé 6, rue André Poggioli à Marseille et de la décharger de cette somme à payer ;

2°) de lui octroyer, à titre subsidiaire, un délai de paiement en échelonnant le coût de sa dette sur quarante-huit mois ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’avis des sommes à payer est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle a satisfait à son obligation d’hébergement en proposant à sa locataire un hébergement de type 2 qu’elle a refusé ;
une somme de 46 899 euros lui est réclamée au titre des travaux de mise en sécurité et elle est dès lors fondée à solliciter un échéancier de paiement pour s’acquitter de cette somme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Par une requête enregistrée le 25 mai 2023 sous le n° 2304989, la société Les Ultimes, représentée par Me Layani, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis par la commune de Marseille le 27 mars 2023 pour un montant de 9 764 euros, au titre du recouvrement des frais engagés par cette collectivité pour le relogement provisoire de l’occupant de l’appartement dont elle est propriétaire, situé 6, rue André Poggioli à Marseille et de la décharger de cette somme à payer ;

2°) de lui accorder le cas échéant un délai de paiement de quatre-huit mois pour régler la somme dont elle est redevable au titre des travaux de mise en sécurité de l’immeuble ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
l’avis des sommes à payer est entaché d’une erreur d’appréciation dès lors qu’elle a satisfait à son obligation d’hébergement en proposant à sa locataire un hébergement de type 2 qu’elle a refusé ;
la somme de 46 899 euros lui est réclamée au titre des travaux de mise en sécurité et elle est dès lors fondée à solliciter un échéancier de paiement pour s’acquitter de cette somme.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 janvier 2025, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme B... en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B...,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Mme A..., représentant la commune de Marseille.

Deux notes en délibéré, présentées pour la commune de Marseille, ont été enregistrées le 18 juin 2026. Elles n’ont pas été communiquées.

Considérant ce qui suit :

La société Les Ultimes est propriétaire d’un appartement au premier étage d’un immeuble situé 6, rue André Poggioli à Marseille. Par un arrêté de péril grave et imminent du 17 décembre 2018, notifié le 20 décembre suivant, le maire de la commune de Marseille a interdit l’occupation de cet immeuble, prescrit aux propriétaires de réaliser des travaux urgents afin de remédier aux désordres constatés et leur a enjoint de prendre en charge l’hébergement des locataires jusqu’à la réintégration dans les lieux. La commune de Marseille, qui a dû procéder à l’hébergement provisoire des occupants du logement évacué, a adressé à la société Les Ultimes deux avis de sommes à payer pour des montants respectifs de 9 764 euros et 6 698 euros émis les 27 mars et 4 avril 2023, afin de recouvrer les frais engagés à ce titre. La société Les Ultimes doit être regardée comme demandant l’annulation de ces avis des sommes à payer et la décharge du paiement des sommes en résultant.

Sur la jonction :

Les requêtes n°s 2304988 et 2304989 présentées pour la société Les Ultimes concernent la situation d’une même requérante. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d’annulation et de décharge :


Aux termes de l’article L. 521-1 du code de la construction et de l’habitation, dans sa version applicable en l’espèce : « Pour l'application du présent chapitre, l'occupant est le titulaire d'un droit réel conférant l'usage, le locataire, le sous-locataire ou l'occupant de bonne foi des locaux à usage d'habitation et de locaux d'hébergement constituant son habitation principale./Le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant dans les conditions prévues à l'article L. 521-3 (…)». L’article L. 521-3-1 du même code, dans sa version applicable au litige, dispose que : « I.-Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction temporaire d'habiter ou d'utiliser ou que les travaux prescrits le rendent temporairement inhabitable, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer aux occupants un hébergement décent correspondant à leurs besoins./A défaut, l'hébergement est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. Son coût est mis à la charge du propriétaire ou de l'exploitant. (…) ». Aux termes de l’article L. 521-3-2 de ce code : « I.- (…) Lorsque l'arrêté de mise en sécurité ou de traitement de l'insalubrité mentionné à l'article L. 511-11 ou à l'article L. 511-19 comporte une interdiction définitive ou temporaire d'habiter ou que les travaux prescrits rendent temporairement le logement inhabitable, et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, l'autorité compétente prend les dispositions nécessaires pour les héberger ou les reloger. (…) VI.-La créance résultant de la substitution de la collectivité publique aux propriétaires ou exploitants qui ne se conforment pas aux obligations d'hébergement et de relogement qui leur sont faites par le présent article est recouvrée soit comme en matière de contributions directes par la personne publique créancière, soit par l'émission par le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le préfet d'un titre exécutoire au profit de l'organisme ayant assuré l'hébergement ou le relogement./VII.-Si l'occupant a refusé trois offres de relogement qui lui ont été faites au titre des I ou III, le juge peut être saisi d'une demande tendant à la résiliation du bail ou du droit d'occupation et à l'autorisation d'expulser l'occupant».

La société requérante soutient, en effet, que l’autorité territoriale ne pouvait mettre à sa charge les frais d’hébergement en cause dès lors qu’elle a satisfait à son obligation d’hébergement en proposant à sa locataire, le 11 janvier 2019, un hébergement de type 2 que celle-ci a refusé, sans motif légitime.

En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’immeuble en cause étant temporairement interdit à l’habitation, il incombait à la société Les Ultimes d’assurer, à ses frais, l’hébergement de sa locataire et des occupants de son chef, dans des conditions décentes correspondant à leurs besoins. Pour considérer que la société requérante n’avait pas assuré son obligation d’hébergement, la commune de Marseille explique, dans ses écritures en défense, que l’offre d’hébergement adressée par la société propriétaire à sa locataire ne portait pas sur un logement correspondant à leurs besoins, au sens des dispositions précitées de l’article L. 521-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Or, il résulte de l’instruction que, le 8 janvier 2019, la société Les Ultimes a proposé un logement à sa locataire, que cette dernière a visité le même jour. Cet hébergement était situé 63, rue Dragon dans le 6ème arrondissement de Marseille, soit à proximité de l’appartement que la locataire occupait. Ce logement était en très bon état puisqu’il n’est pas contesté qu’il avait été rénové depuis moins d’un an. Il résulte en outre de l’instruction que ce bien était d’une superficie identique à celle du logement évacué et qu’il comportait une chambre avec un lit double ainsi qu’un salon comprenant un canapé convertible en lit double. Entièrement meublé et équipé d’une machine à laver, ce logement était également muni d’une cuisine totalement équipée. La locataire a, par courrier du 15 janvier 2025, refusé cette offre d’hébergement au motif qu’elle ne correspondait pas à sa composition familiale, qui, selon l’intéressée, impliquait son relogement dans un appartement de type 3. Toutefois, la locataire n’a pas précisé les raisons pour lesquelles le logement proposé ne répondait pas aux besoins de sa famille, dont elle n’a d’ailleurs pas précisé la composition et alors que le bail de location du 1er avril 2014 qu’elle avait conclu mentionne son seul nom. En outre, si la commune de Marseille produit une fiche extraite d’un logiciel selon laquelle le foyer comprendrait un adulte et trois enfants dont un majeur, d’une part, le lien de filiation entre les enfants et la locataire n’est pas établi, et d’autre part, la commune de Marseille ne justifie pas avoir informé la société Les Ultimes de la composition du foyer de la locataire hébergée par ses soins. En tout état de cause, à défaut d’éléments produits en sens contraire par la locataire, les caractéristiques du logement dont celle-ci a été évincée doivent être présumés correspondre aux besoins de sa famille. Par suite, l’hébergement proposé par la société propriétaire, au regard de ses caractéristiques semblables à celles du logement dont la locataire a été évincée et de sa localisation proche, doit être regardé comme correspondant aux besoins des occupants, au sens des dispositions de l’article L. 523-2-1 du code de la construction et de l’habitation. Alors qu’il n’est ni soutenu ni même allégué que la locataire aurait informé son bailleur d’un éventuel changement dans sa situation personnelle, tenant notamment à la composition de son foyer, qui aurait été de nature à justifier qu’elle fût relogée dans un appartement de type 3, cette dernière doit être regardée comme ayant refusé sans motif légitime, le 8 janvier 2019, l’offre d’hébergement qui lui avait été adressée par la société Les Ultimes. La société requérante justifiant ainsi s’être acquittée de son obligation d’hébergement à compter du 8 janvier 2019, les créances invoquées par la ville de Marseille pour recouvrer les frais d’hébergement correspondant à la période postérieure à cette date ne reposent sur aucun fondement légal.

Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, l’avis des sommes à payer émis le 27 mars 2023 portant sur la période allant du 20 décembre 2018 au 31 janvier 2019 doit être annulé en tant qu’il met une somme à la charge de la société Les Ultimes pour la période postérieure au 8 janvier 2019. L’avis des sommes à payer émis le 4 avril 2023 portant sur la période allant du 31 janvier au 1er mars 2019 doit également être annulé.

Alors qu’il n’entre pas dans la compétence du tribunal de se prononcer sur les conclusions de la société requérante afin que lui soit accordé un délai de paiement des sommes mises à sa charge(qu’il lui revient de demander à la commune de Marseille), l’annulation de ces avis des sommes à payer implique nécessairement la décharge des sommes correspondantes mises à la charge de la société Les Ultimes, soit les frais d’hébergement de sa locataire et ses enfants à compter du 8 janvier 2019 et jusqu’au 1er mars suivant.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Marseille la somme de 1 500 euros à verser à la société Les Ultimes sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L’avis des sommes à payer émis le 27 mars 2023 en tant qu’il met une somme à la charge de la société Les Ultimes pour la période postérieure au 8 janvier 2019 et l’avis des sommes à payer émis le 4 avril 2023 sont annulés.

Article 2 : La société Les Ultimes est déchargée de l’obligation de payer les sommes mises à sa charge au titre de l’hébergement de ses locataires pour la période allant du 8 janvier au 1er mars 2019.
Article 3 : La commune de Marseille versera à la société Les Ultimes la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société Les Ultimes et à la commune de Marseille.
Copie en sera adressée à la direction régionale des finances publiques de Provence-Alpes-Côte d’Azur et du département des Bouches-du-Rhône.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La magistrate désignée,


Signé


F. B...
La greffière,


Signé


S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.

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