Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin 2023 et 18 mai 2026, M. F... C... et Mme E... D... épouse C..., représentés par Me Grosso, demandent au tribunal dans le dernier état de leurs écritures d’annuler l’avis des sommes à payer valant titre exécutoire émis par la ville de Marseille le 20 avril 2023 pour un montant de 11 865 euros au titre du recouvrement des frais engagés par cette collectivité pour le relogement provisoire des occupants du logement du rez-de-chaussée situé 6, rue Eugène Pottier à Marseille et de les décharger de l’obligation de payer ces sommes.
Ils soutiennent que :
ils n’ont jamais été informés de l’obligation qui leur incombait de reloger leur locataire ;
le locataire avec lequel ils ont conclu un contrat de bail n’occupait pas les lieux de bonne foi dans la mesure où il vit en Tunisie, n’habitait pas le logement lorsque l’évacuation de l’immeuble a été ordonnée par l’arrêté de péril du 25 novembre 2018 et ne réglait pas ses loyers ;
le relogement d’un occupant hébergé dans leur appartement ne leur incombe pas dès lors que cet occupant n’est pas titulaire d’un contrat de bail et n’occupait pas les lieux de bonne foi.
Par des mémoires en défense, enregistrés leS 29 janvier 2025 et 18 mai 2026, la commune de Marseille conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- les conclusions à fin d’annulation de l’avis des sommes à payer du 20 avril 2023 d’un montant de 10 057 euros sont devenues sans objet dès lors que l’avis a été retiré ;
- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme H... en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme H...,
- les conclusions de M. Garron, rapporteur public,
- et les observations de Mme A..., représentant la commune de Marseille.
Considérant ce qui suit :
Le 25 novembre 2018, le maire de la commune de Marseille a, par un arrêté de péril imminent, interdit l’occupation et l’accès à l’immeuble situé 3, rue Hoche à Marseille, à l’exception de la partie avant du local commercial du rez-de-chaussée. Cet immeuble, parcelle cadastrée C0017, comporte deux entrées, l’une située 3, rue Hoche et l’autre située 6, rue Eugène Pottier, cette seconde entrée permettant l’accès à l’appartement du rez-de-chaussée dont M. et Mme C... sont propriétaires indivis. Si les logements situés côté rue Hoche ont fait l’objet d’une évacuation en novembre 2018, le logement appartenant aux requérants, situé côté rue Eugène Pottier, est resté occupé jusqu’en octobre 2020. Du fait de la persistance des désordres, le maire de Marseille a, par un nouvel arrêté de mise en sécurité du 16 septembre 2021, interdit l’occupation et l’utilisation de l’immeuble dans son entier, y compris de l’appartement avec entrée sur la rue Eugène Pottier. La commune de Marseille, qui a dû procéder à l’hébergement des occupants de l’appartement situé 6, rue Eugène Pottier, a adressé aux époux C... un avis de sommes à payer, émis le 20 avril 2023, pour un montant de 11 865 euros, au titre du recouvrement des frais engagés par la collectivité. Dans le dernier état de leurs écritures, les requérants demandent d’annuler ce titre exécutoire et de les décharger du paiement de la somme en résultant.
Sur les conclusions à fin d’annulation et de décharge :
L’arrêté de péril du 25 novembre 2018 et l’arrêté de mise en sécurité n° 2021-02639-VDM pris en 2020 concernant l’immeuble situé 3 rue Hoche/6, rue Eugène Pottier ont été pris par le maire en vertu de l’article L. 511-2 du code de la construction et de l’habitation. Selon l’article L. 521-1 de ce code, lorsque l’arrêté de péril ou de mise en sécurité ordonne l'évacuation du bâtiment ou est assorti d'une interdiction d'habiter, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement ou l'hébergement des occupants ou de contribuer au coût correspondant, dans les conditions prévues à l’article L. 521-3-1 dudit code. Si cette interdiction est temporaire, le propriétaire ou l'exploitant doit assurer aux occupants, et à ses frais,un hébergement décent, correspondant à leurs besoins. L’article L. 521-3-2 du même code prévoit également que lorsque le propriétaire ou l’exploitant n’a pas satisfait à cette obligation, il appartient au maire ou au président de l’EPCI de pallier cette carence. Le propriétaire ou l'exploitant doit alors supporter le coût de ce relogement, en vertu du 2ème alinéa du I de l’article L. 521-3-1.
En premier lieu, si une obligation de relogement incombe au propriétaire conformément aux dispositions des articles L. 521-1 et L. 521-3-1 du code de la construction et de l’habitation après qu’un immeuble a fait l’objet d’un arrêté de péril ou de mise en sécurité ayant prononcé une interdiction d’habiter ou ordonné son évacuation, il appartient toutefois au maire d’établir que les propriétaires des logements interdits d’habitation ont été informés de l’interdiction d’occupation du bien.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’arrêté de péril du 25 novembre 2018 et celui de mise en sécurité du 16 septembre 2021 ont respectivement été notifiés au syndicat de copropriétaires de l’immeuble le 26 novembre 2018 à 17h21 et le 22 septembre 2021 à 10h30. Conjointement à la notification de l’arrêté du 16 septembre 2021, la commune de Marseille a remis au syndicat de copropriétaires un courrier daté du même jour informant les copropriétaires de l’obligation de relogement provisoire qui leur incombait. Il en résulte que les époux C... ne sont pas fondés à soutenir qu’ils n’auraient pas été informés de leur obligation d’hébergement consécutive à la mesure d’interdiction temporaire d’habiter l’immeuble.
En second lieu, les dispositions de l’alinéa 1er de l’article L. 521-1 du code de la construction et de l’habitation qualifient d’occupant pour l’application des dispositions en cause le titulaire de droits réels conférant l’usage, le locataire, le sous-locataire ou l’occupant de bonne foi de locaux constituant l’habitation principale de l’intéressé. Lorsque le logement interdit d’occupation faisait l’objet d’un bail d’habitation, comme en l’espèce, les propriétaires ne sont ainsi, en principe, dispensés de leur obligation d’hébergement qu’en cas de résiliation effective du bail. En outre, la qualité d’occupant de bonne foi de locaux à usage d’habitation doit être reconnue à toute personne hébergée par le signataire du bail dans des locaux constituant son habitation principale. Dans un tel cas, la personne hébergée dans les locaux ne saurait, en effet, être regardée comme un occupant sans droit ni titre du logement, dès lors que cette personne est hébergée avec le consentement du locataire, lequel bénéficie d’un titre pour l’occupation des lieux.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que M. et Mme C... ont conclu, le 14 mai 2013, avec M. G... un contrat de bail d’habitation portant sur le logement en cause, avec prise d’effet au 1er mai précédent. Ce contrat, d’une durée de trois ans, était renouvelable par tacite reconduction. Alors que les époux C... n’apportent pas la preuve que ce bail aurait été résilié à la date de l’évacuation du logement, la circonstance, au demeurant non établie, que leur locataire ne se serait pas acquitté du règlement des loyers est sans incidence sur leur obligation d’hébergement, ce locataire ayant la qualité d’occupant au sens des dispositions précitées. Si les requérants soutiennent par ailleurs que le logement en litige ne constituait pas l’habitation principale de leur locataire, ils ne l’établissent pas en se bornant à soutenir, sans apporter d’éléments à l’appui de leurs allégations, que ce dernier résidait alors en Tunisie. Il résulte, en outre, de l’instruction, notamment de l’adresse figurant sur le titre de séjour de M. B... et de l’attestation produite par M. G..., que ce logement constituait l’habitation principale de l’autre occupant, M. B.... Au regard de ce qui a été dit au point précédent, ce dernier doit être regardé comme un occupant de bonne foi de l’appartement puisqu’il était hébergé par le signataire du bail, lequel avait un titre pour occuper le bien. Dans ces conditions, les requérants étaient bien dans l’obligation d’assurer l’hébergement temporaire de leur locataire, M. G..., et de l’occupant de son chef, M. B..., en application des dispositions précitées de l’article L. 521-3-1 du code de la construction et de l’habitation. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l’avis des sommes à payer en litige serait entaché d’un défaut de base légale.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. et Mme C... doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence leurs conclusions à fin de décharge.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme C... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F... C... et Mme E... D... épouse C... et à la commune de Marseille.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
F. H...
La greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.