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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2406255

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2406255

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2406255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantMILON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2416127 du 25 juin 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Marseille le dossier de la requête de Mme D....

Par cette requête, enregistrée le 17 juin 2024, Mme B... D... demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité a procédé au retrait de sa carte professionnelle d’agent privé de sécurité ;

2°) d’enjoindre au directeur du conseil national des activités privées de sécurité de lui restituer sa carte professionnelle, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du conseil national des activités privées de sécurité la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Elle soutient que :

- la décision en litige est entachée d’incompétence ;
- elle est entachée d’une erreur de droit dès lors qu’elle ne mentionne pas que sa condamnation figure sur le fichier des antécédents judiciaires et que son casier judiciaire est vierge ;
- elle met en péril ses conditions de subsistance ainsi que celles de ses enfants.



Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2025, le conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D... ne sont pas fondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité intérieure ;
- le décret n° 2017-668 du 27 avril 2017 ;
- le code de justice administrative.



Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Forest, rapporteure,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :

1. Titulaire d’une carte professionnelle d’une durée de validité de cinq ans l’autorisant à exercer une activité privée de sécurité, délivrée le 15 juillet 2021 par la commission locale d’agrément et de contrôle sud du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), Mme D... demande au tribunal l’annulation de la décision du 17 avril 2024 par laquelle le directeur du CNAPS a procédé au retrait de cette carte professionnelle. Elle demande également à ce qu’il soit enjoint au CNAPS de lui restituer sa carte professionnelle.

2. En premier lieu, aux termes de l’article R. 632-13 du code de la sécurité intérieure : « Le directeur assure, conformément aux orientations définies par le conseil d'administration, la direction et la gestion du Conseil national des activités privées de sécurité. A ce titre : / (…) 5° Il délivre les autorisations, agréments et cartes professionnelles prévus par le présent livre et procède à leur suspension et à leur retrait (…) ».

3. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci a été signée par M. A... C.... Or, par décret du 30 septembre 2022 du président de la République publié au journal officiel de la République française du 1er octobre 2022, librement accessible tant au juge qu’aux parties, M. A... C... a été nommé directeur du CNAPS à compter du 3 octobre 2022 et dispose, dès lors, de la compétence, en cette qualité, pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de cet acte ne peut qu’être écarté.

4. En deuxième lieu, d’une part, aux termes de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire (…);/ 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées / (…) /Le respect de ces conditions est attesté par la détention d'une carte professionnelle délivrée selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. / La carte professionnelle peut être retirée lorsque son titulaire cesse de remplir l'une des conditions prévues aux 1°, 2°, 3°, 4° et 5° du présent article. (…) ».

5. D’autre part, aux termes de l’article 2 du décret du 27 avril 2017 portant création d'un service à compétence nationale dénommé « service national des enquêtes administratives de sécurité » : « Le service réalise (…) des enquêtes administratives destinées à vérifier, au regard de l'objectif de prévention du terrorisme et des atteintes à la sécurité et à l'ordre public et à la sûreté de l'État, que le comportement de personnes physiques ou morales n'est pas incompatible avec l'autorisation d'accès à des sites sensibles ou l'exercice de missions ou fonctions sensibles dont elles sont titulaires ou auxquelles elles prétendent (…) ».

6. Pour retirer la carte professionnelle autorisant Mme D... à exercer une activité privée de sécurité, le directeur du CNAPS s’est fondé sur un avis d’incompatibilité émis par le service national des enquêtes administratives de sécurité (SNEAS) le 30 janvier 2024 qui fait état concernant l’intéressée de faits de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et de faits de violence sur une personne dépositaire de l’autorité publique suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours, commis le 30 octobre 2021 à Marseille et ayant donné lieu à une peine d’emprisonnement délictuel avec sursis probatoire total. Mme D..., qui ne conteste ni les faits qui lui sont imputés ni la condamnation dont elle a fait l’objet, soutient que la décision en litige est entachée d’une erreur de droit dès lors que son casier judiciaire serait vierge. Toutefois, cette circonstance est sans incidence sur la légalité de la décision en litige dès lors qu’il ressort des termes de celle-ci que le directeur du CNAPS s’est fondé sur le 2° de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, cité au point 4, et non sur le 1° de ce même article, qui permet de contrôler la compatibilité du comportement de l’agent avec l’exercice d’une activité privée de sécurité à l’issue d’une enquête administrative. Par ailleurs, le grief tiré de ce que la décision en litige ne mentionne pas que sa condamnation figurerait au fichier du traitement des antécédents judiciaires de l’intéressée est dépourvu des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Dans ces conditions, Mme D... n’est pas fondée à soutenir que la décision du 17 avril 2024 serait entachée d’une erreur de droit. Le moyen doit être écarté en ses deux branches.

7. En troisième et dernier lieu, Mme D... ne peut utilement se prévaloir de ce que l’interruption de ses activités professionnelles serait susceptible d’être préjudiciable à sa situation personnelle. Dès lors, à le supposer invoqué, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation des conséquences de la décision sur sa situation doit être écarté comme inopérant.

8. Il résulte de tout ce qui précède que Mme D... n’est pas fondée à soutenir que la décision en litige serait entachée d’illégalité. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : La requête de Mme D... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... D... et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La rapporteure,


Signé


H. Forest
La présidente,


Signé


E. Felmy

La greffière,


Signé


S. Gonzales


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.





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