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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2500221

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2500221

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2500221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantABP AVOCATS CONSEILS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 janvier 2025 et 9 février 2026, M. A... B..., représenté par Me Pomares, demande au tribunal, dans le dernier état de ses conclusions :

1°) d’annuler la décision du 31 juillet 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d’agent privé de sécurité ainsi que la décision implicite par laquelle celui-ci a rejeté son recours gracieux du 9 septembre 2024 ;

2°) de mettre à la charge du CNAPS la somme de 4 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :

- les décisions en litige sont insuffisamment motivées en fait ;
- elles sont entachées d’un défaut d’examen sérieux dès lors que le CNAPS ne s’est pas intéressé aux circonstances des faits en cause ;
- elles sont entachées d’une erreur d’appréciation dès lors que les faits ayant conduit à sa condamnation ont été commis dans des circonstances particulières, qu’ils sont isolés et d’une gravité relative, qu’ils n’ont pas été commis dans l’exercice de ses fonctions et n’ont pas engendré d’atteinte à la sécurité publique et aux biens ;
- elles sont disproportionnées notamment au regard de la perte de son emploi et de la mise en péril de sa société.



Par un mémoire en défense, enregistré le 29 décembre 2025, le CNAPS conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :
- les moyens soulevés par M. B... ne sont pas fondés ;
- le cas échéant, il y a lieu de procéder à une substitution de motifs, M. B... ayant été mis en cause pour des faits de violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans commis par un ascendant ou une personne ayant autorité sur la victime.


Par une ordonnance du 9 février 2026, la clôture d'instruction a été fixée au 2 mars 2026.


Un mémoire, enregistré le 16 juin 2026, a été présenté par M. B... après la clôture de l’instruction et n’a pas été communiqué.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Forest, rapporteure,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.



Considérant ce qui suit :

1. M. B..., titulaire d’une carte professionnelle d’agent privé de sécurité valable du 9 juillet 2019 au 9 juillet 2024 s’est vu refuser l’obtention d’une nouvelle carte professionnelle par décision du 31 juillet 2024. Il a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision, lequel a été réceptionné par le directeur du CNAPS le 9 septembre 2024. M. B... demande au tribunal l’annulation de la décision du 31 juillet 2024 ainsi que celle de la décision implicite née du silence gardé par le directeur du CNAPS sur son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En ce qui concerne la décision de rejet du recours gracieux :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation, du défaut d’examen sérieux, de l’erreur d’appréciation et de la disproportion de la décision par laquelle le directeur du CNAPS a implicitement rejeté le recours gracieux formé par M. B... le 9 septembre 2024, qui constituent des vices propres de cette décision, doivent être écartés comme inopérants.

En ce qui concerne la décision du 31 juillet 2024 :

3. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent (…) ».


4. Il ressort des termes de la décision en litige que le directeur du CNAPS a refusé de délivrer une carte professionnelle à M. B... au motif que ce dernier avait été mis en cause le 12 mai 2023 en qualité d’auteur de recel de bien provenant d’un vol, détention non autorisée d’armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie B et détention sans déclaration d’armes, munitions ou de leurs éléments de catégorie C, commis le 11 mai 2023 à Châteaurenard, que les faits ont donné lieu à une audience de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité le 11 novembre 2023, laquelle s’est traduite par une amende de 3 000 euros dont 2 000 euros avec sursis et une interdiction de port d’arme durant un an, et que les faits présentent un caractère grave et récent. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation en fait de la décision du 31 juillet 2024 doit ainsi être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des mentions de la décision en litige, ni des autres pièces du dossier, que l’enquête administrative à laquelle a procédé le CNAPS présenterait un caractère insuffisant. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen sérieux de la situation du requérant doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 611‑1 du code de la sécurité intérieure : « Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes (…) ». Aux termes de l’article L. 612‑20 du même code : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : (…) 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées (…) ».

7. Il résulte de ces dispositions que lorsqu’elle est saisie d’une demande de délivrance d’une carte professionnelle pour l’exercice de la profession d’agent privé de sécurité, l’autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l’article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l’intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s’ils sont ou non compatibles avec l’exercice des fonctions d’agent privé de sécurité. Pour ce faire, l’autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, à une appréciation globale de l’ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l’existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l’autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

8. S’il ressort des pièces du dossier que les faits de recel de bien provenant d’un vol reprochés au requérant ont pour origine l’erreur commise par un livreur qui se serait trompé de destinataire et aurait déposé à son domicile un carton de cigarettes électroniques appartenant au gérant d’une discothèque, ces faits, quand bien même ils n’ont donné lieu à aucune condamnation pénale et ont conduit à l’indemnisation dudit gérant, constituent un comportement contraire à l’honneur et à la probité dès lors que M. B... admet avoir conservé cette marchandise en connaissance de cause et l’avoir en partie utilisée pour son usage personnel.

9. De surcroît, M. B... au domicile duquel ont été trouvés, le 11 mai 2023, cinquante-et-une cartouches de calibre 9 mm, un pistolet d’alarme, un taser de catégorie B dans sa boîte de transport avec une cartouche emballée et une cartouche utilisée, huit cartouches de gomme cogne et cinquante-neuf cartouches de calibre 12 et qui soutient que ceux-ci appartenaient, pour certains, à des amis anciens légionnaires et, pour d’autres, à sa mère ou à son ancien employeur, ne justifie en tout état de cause, d’aucune autorisation pour la détention de ces armes et munitions. Eu égard à la nature et au caractère très récent des faits, le CNAPS a pu estimer, sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation, que ces faits de possession d’armes et de munitions de catégories B et C démontraient des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité publique et étaient par suite incompatibles avec l’exercice d’une activité privée de sécurité, sans incidence de la circonstance que ces faits n’auraient pas été commis dans l’exercice de ses fonctions d’agent privé de sécurité ou qu’ils n’auraient engendré aucun dommage connu.

10. En dernier lieu, la décision par laquelle le CNAPS refuse de délivrer ou de renouveler la carte professionnelle de sécurité constitue une mesure de police. Il suit de là que le requérant ne peut pas utilement invoquer à l’encontre de la décision du 31 juillet 2024 le caractère disproportionné de la mesure qui aurait été prononcée à son encontre.

11. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la substitution de motifs demandée en défense, que les conclusions à fin d’annulation de la décision du 31 juillet 2024 refusant la délivrance d’une carte professionnelle d’agent privé de sécurité à M. B... ainsi que de la décision rejetant son recours gracieux doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNAPS, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. B... demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.




D E C I D E :

.
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,

Mme Forest, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La rapporteure,


Signé


H. Forest
La présidente,


Signé


E. Felmy

La greffière,



Signé


S. Gonzales


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.

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