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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2501286

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2501286

jeudi 5 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2501286
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantEFANG

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé, a été saisi par Mme B..., reconnue prioritaire pour un logement en raison d’un handicap, afin d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui attribuer un logement adapté sous astreinte. Le tribunal a rappelé que, sur le fondement de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, l’administration doit loger le demandeur sauf si elle prouve la disparition complète de l’urgence. Il a estimé que le logement précaire et inadapté obtenu par Mme B. ne faisait pas disparaître l’urgence, et que le refus antérieur d’une proposition de logement ne pouvait être utilement invoqué par le préfet. En conséquence, le tribunal a enjoint au préfet de loger Mme B. sous astreinte.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 4 et 25 février 2025 et le 14 avril 2025, Mme A... B..., représentée par Me Efang, demande au tribunal :
1°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités dans le délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Elle soutient que :
- elle présente un handicap avec un taux d’invalidité supérieur à 80 % et sa fille l’aide dans ses démarches quotidiennes ;
- elle a refusé une proposition de logement situé dans le XIVème arrondissement de la commune de Marseille pour un motif impérieux ;
- une autre proposition d’un logement situé dans le VIIIème arrondissement a échoué du fait du désistement du locataire de son congé de départ ;
- elle a refusé une autre proposition de logement situé dans le Ier arrondissement de Marseille en raison de l’insécurité ;
- elle s’est procurée un logement inadapté et précaire par ses propres moyens.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que la requérante a refusé une proposition de logement sans justifier d’un motif impérieux et que l’urgence a disparu.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la construction et de l’habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vanhullebus, président, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative, pour statuer seul sur les litiges énumérés par cet article.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation : « I. (…) / Le président du tribunal administratif ou le magistrat qu'il désigne, lorsqu'il constate que la demande a été reconnue comme prioritaire par la commission de médiation et doit être satisfaite d'urgence et que n'a pas été offert au demandeur un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités, ordonne le logement ou le relogement de celui-ci par l'État et peut assortir son injonction d'une astreinte. Pour les seuls jugements prononcés après le 1er janvier 2016, le jugement prononçant l'astreinte mentionne que les sommes doivent être versées jusqu'au jugement de liquidation définitive. / (…) / Le produit de l'astreinte est versé au fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, institué en application de l'article L. 300-2. / (…) ».

2. Par une ordonnance n° 2304237 du 4 avril 2024, le tribunal administratif de Marseille a, en application de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône d’assurer le logement de Mme B... dans le délai de quatre mois, sans toutefois fixer une astreinte.

3. En premier lieu, si le préfet des Bouches-du-Rhône soutient que Mme B... a refusé une proposition de logement du 18 décembre 2023 sans justifier d’un motif impérieux, cette proposition est antérieure à l’ordonnance n° 2304237 du 4 avril 2024 et le préfet ne l’avait pas invoquée alors qu’il ne s’agit en tout état de cause pas d’un élément dont il n'était pas en mesure de faire état avant le prononcé de l’injonction. Il s’ensuit que le préfet ne peut utilement se prévaloir dans la présente instance de la proposition de logement du 18 décembre 2023.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions des articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation que le juge, saisi sur le fondement de l’article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l’habitation, doit, s’il constate qu’un demandeur a été reconnu par une commission de médiation comme prioritaire et devant être logé ou relogé d’urgence et que ne lui a pas été offert un logement tenant compte de ses besoins et de ses capacités définis par la commission, ordonner à l’administration de loger ou reloger l’intéressé, sauf si cette dernière apporte la preuve que l’urgence a complètement disparu, en assortissant le cas échéant cette injonction d’une astreinte versée à un fonds national. La circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, l’intéressé est parvenu à se procurer un logement par ses propres recherches ne saurait être regardée comme établissant que l’urgence a disparu lorsque, compte tenu des caractéristiques de ce logement, le demandeur continue de se trouver dans une situation lui permettant d’être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence en application des dispositions de l’article R. 441-14-1 du code de la construction et de l’habitation. Si tel n’est pas le cas, le juge peut néanmoins estimer que l’urgence perdure si le logement obtenu ne répond manifestement pas aux besoins de l’intéressé, excède notablement ses capacités financières ou présente un caractère précaire.

5. Il résulte d’un courriel du 31 mars 2023 émanant de la conseillère en économie sociale familiale (CESF) de Mme B... et produit par cette dernière qu’elle n’a pas besoin d’un logement adapté à son handicap, visuel, hormis une douche, équipement sanitaire plus facilement accessible. Toutefois, il n’est pas contesté que le logement que s’est procuré Mme B... est dépourvu de cuisine et fait l’objet d’une mise en vente. Dans ces conditions, ce logement doit être regardé comme ne répondant manifestement pas aux besoins de Mme B... et comme présentant un caractère précaire. À cet égard, la seule circonstance que le courrier de l’agence immobilière informant la requérante de cette mise en vente ne revêt pas le formalisme d’un congé pour vente et que son propriétaire doive lui proposer un logement équivalent préalablement à la vente du fait de son âge est sans incidence sur le caractère précaire de ce logement.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu’il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de prononcer une astreinte, à verser au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement, de 250 euros par mois de retard, à compter du 1er mars 2026.

7. Aux termes de l’article 11 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « L'aide juridictionnelle s'applique de plein droit aux procédures, actes ou mesures d'exécution des décisions de justice obtenues avec son bénéfice, à moins que l'exécution ne soit suspendue plus d'une année pour une cause autre que l'exercice d'une voie de recours ou d'une décision de sursis à exécution (…) ».

8. Mme B... avait été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale dans le cadre de l’instance n° 2304237 par une décision du 26 mai 2023. L’aide juridictionnelle ainsi accordée s’applique de plein droit à la procédure engagée par l’intéressé en vue d’obtenir l’exécution de cette décision. Par suite, les conclusions présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique doivent être rejetées.


















O R D O N N E :


Article 1er : L’Etat (préfet des Bouches-du-Rhône) versera une astreinte de 250 euros par mois de retard au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement à compter du 1er mars 2026 jusqu’au jugement de liquidation définitive.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.


Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... et au ministre de la ville et du logement.

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône et au Fonds national d’accompagnement vers et dans le logement.

Fait à Marseille, le 5 février 2026.


Le magistrat désigné,


Signé


T. VANHULLEBUS


La République mande et ordonne au ministre de la ville et du logement en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
P/ La greffière en chef,
Le greffier.

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