Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 avril 2025, M. B... A..., représenté par Me Latimier-Theil, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 27 novembre 2024 par laquelle le directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui délivrer une carte professionnelle d’agent privé de sécurité ainsi que la décision implicite par laquelle celui-ci a rejeté son recours gracieux du 16 décembre 2024 ;
2°) d’enjoindre au CNAPS de lui délivrer cette carte professionnelle, à titre subsidiaire de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’administration la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée en fait ;
- elle est entachée d’une « erreur manifeste d’appréciation » dès lors que la condamnation dont il a fait l’objet sanctionne des faits de faible gravité, non réitérés et qui se sont produits durant ses congés, qu’il est présumé innocent des faits de violence pour lesquels il a fait l’objet d’une information judiciaire alors que, de surcroît, son contrôle judiciaire a été levé, que la mention au fichier du traitement des antécédents judiciaire de faits de conduite sous l’empire d’un état alcoolique manifeste, qui datent de plus de quatre ans et sont d’une particulière faible gravité, a fait l’objet d’une requête en effacement et qu’il a toujours exercé ses fonctions avec sérieux.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 février 2026, le CNAPS conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de la sécurité intérieure ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Forest, rapporteure,
- et les conclusions de M. Garron, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., titulaire d’une carte professionnelle d’agent privé de sécurité valable du 27 décembre 2019 au 27 décembre 2024 s’est vu refuser l’obtention d’une nouvelle carte professionnelle par une décision du 27 novembre 2024 du directeur du conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), prise sur le fondement des 1° et 2° de l’article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure. Il a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision lequel a été réceptionné par le directeur du CNAPS le 16 décembre 2024. M. A... demande au tribunal l’annulation de la décision du 27 novembre 2024 ainsi que celle de la décision implicite née du silence gardé par le directeur du CNAPS sur son recours gracieux.
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent (…) ».
3. La décision en litige mentionne que les faits retenus à l’encontre de l’intéressé, dont la date, la teneur et les conséquences sont précisés, révèlent un comportement contraire à la probité et démontrent des agissements de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes et qu’ils sont ainsi, eu égard à leur caractère récent et réitéré, incompatibles avec l’exercice des fonctions d’agent privé de sécurité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation en fait de la décision en litige doit être écarté comme manquant en fait.
4. En second lieu, aux termes de l’article L. 611‑1 du code de la sécurité intérieure : « Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes (…) ». Aux termes de l’article L. 612‑20 du même code : « Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : 1° S'il a fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou à une peine criminelle inscrite au bulletin n° 2 du casier judiciaire ou, pour les ressortissants étrangers, dans un document équivalent, pour des motifs incompatibles avec l'exercice des fonctions ; 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées (…) ».
5. Il résulte de ces dispositions que lorsqu’elle est saisie d’une demande de délivrance d’une carte professionnelle pour l’exercice de la profession d’agent privé de sécurité, l’autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l’article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l’intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s’ils sont ou non compatibles avec l’exercice des fonctions d’agent privé de sécurité. Pour ce faire, l’autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l’excès de pouvoir, à une appréciation globale de l’ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l’existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l’autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.
6. Il ressort des pièces du dossier que le directeur du CNAPS a refusé de délivrer une carte professionnelle à M. A... au motif que ce dernier avait été condamné par les autorités espagnoles pour des faits de conduite commis le 30 juin 2024 sous l’influence de boissons alcoolisées, de drogues ou de substances narcotiques ou psychotropes et avait été mis en cause, d’une part, pour des faits de conduite d’un véhicule en état d’ivresse manifeste commis le 24 novembre 2020, d’autre part, pour des faits de violence avec usage ou menace d’une arme suivie d’incapacité supérieure à huit jours commis le 19 janvier 2021. M. A... soutient que les faits de violence ne peuvent lui être reprochés dès lors qu’il les conteste, qu’il est présumé innocent de ces faits et que le contrôle judiciaire dont il faisait l’objet à leur sujet a été levé le 16 janvier 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier, et notamment de la fiche réponse des services de police, que la victime à laquelle une incapacité totale de travail de trente jours a été prescrite a expliqué, le 20 janvier 2021, avoir été victime d’un tir, dans un contexte de conflit familial, par M. A... lequel a reconnu en être à l’origine tout en alléguant le caractère accidentel de celui-ci. Alors que ces faits présentent, quand bien même leur caractère involontaire serait avéré, un caractère de gravité ayant par ailleurs justifié l’ouverture d’une information judiciaire, M. A... ne peut utilement invoquer ni le principe de la présomption d’innocence dès lors que la décision du CNAPS ne constitue pas une sanction ayant le caractère d’une punition mais une mesure de police administrative destinée à préserver l’ordre public, ni la circonstance que son contrôle judiciaire aurait fait l’objet d’une mainlevée, cette mesure étant essentiellement motivée par la circonstance qu’il a respecté les obligations fixées dans le cadre de son contrôle et qu’il justifie d’une situation professionnelle stable. Enfin, la circonstance que le requérant aurait saisi à une date indéterminée l’autorité judiciaire d’une requête en effacement des données contenues dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires ne fait pas obstacle à ce que l’administration se fonde sur ces éléments dès lors que leur matérialité est établie. Dans ces conditions, en dépit de la production d’une analyse toxicologique datant du 2 décembre 2024, qui conclut à l’absence de consommation de stupéfiants le concernant à cette période, et d’un courrier de son employeur datant du 9 décembre 2024 attestant de son bon comportement, le directeur du CNAPS a pu estimer, sans commettre d’erreur d’appréciation compte tenu du caractère récent des manquements, de leur réitération et de leur nature, que les agissements de M. A... étaient de nature à porter atteinte à l’honneur, à la probité et à la sécurité des personnes et étaient en conséquence incompatibles avec l’exercice des fonctions d’agent privé de sécurité. Le moyen tiré de l’existence d’une erreur d’appréciation doit, par suite, être écarté.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au conseil national des activités privées de sécurité.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Signé
H. Forest
La présidente,
Signé
E. Felmy
La greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière.