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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2507010

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2507010

jeudi 15 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2507010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation6ème Chambre
Avocat requérantZERROUKI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en formation collégiale (6ème chambre), a annulé l'arrêté du 9 mai 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône obligeait M. A... B..., ressortissant tunisien, à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour d’un an. La solution retenue est fondée sur la méconnaissance de l’article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, le juge estimant que la mesure portait une atteinte disproportionnée à la vie privée et familiale du requérant, marié à une Française depuis juillet 2023 et engagé dans un projet parental. Le tribunal a rejeté la demande d’aide juridictionnelle provisoire pour défaut d’urgence, mais a fait droit aux conclusions d’annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 juin 2025 sous le n° 2507010, et un mémoire enregistré le 3 décembre 2025, M. C... A... B..., ayant pour avocat Me Ramzan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône en date du 9 mai 2025 portant obligation de quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixation du pays de destination de la mesure d’éloignement et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

3°) d’enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A... B..., de nationalité tunisienne, soutient que l'arrêté attaqué :

-est entaché d’incompétence ;
-est entaché d’une insuffisante motivation ;
-méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
-est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
-méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Par un mémoire enregistré le 20 novembre 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens de M. A... B... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
-l’accord du 17 mars 1988 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Tunisie en matière de séjour et de travail ;
-l’accord-cadre franco-tunisien relatif à la gestion concertée des migrations et au développement solidaire et le protocole relatif à la gestion concertée des migrations du 28 avril 2008, publiés par décret n° 2009-905 du 24 juillet 2009 ;
-le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-le code des relations entre le public et l'administration ;
-la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 29 décembre 2020 ;
-le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Brossier et les observations de Me Zerouki, avocat, pour M. A... B....

Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., de nationalité tunisienne, demande au tribunal d’annuler la décision en date du 9 mai 2025 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français, ainsi que les décisions prises par la même autorité le même jour, n’accordant aucun délai de départ volontaire, fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 susvisée : « Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ».

3. Le présent litige, sur lequel le tribunal statue en formation collégiale dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours en application de l’article L. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peut être regardé comme relevant d’une situation d’urgence, au sens de l’article 20 précité, permettant de prononcer une admission provisoire à l'aide juridictionnelle. Il en résulte que les conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. (…) ».

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A... B..., né en novembre 1995, entré en France il y a cinq ans selon ses déclarations devant le tribunal, s’est marié le 29 juillet 2023 à une ressortissante française, les éléments versés au dossier montrant par ailleurs, d’une part, une communauté de vie remontant au printemps 2023, d’autre part, une démarche médicale en cours entreprise par le couple pour avoir un enfant. Dans ces circonstances, M. A... B... est fondé à soutenir que l'arrêté attaqué a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels il a été pris et a ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

6. Il résulte de ce qui précède que M. A... B... est fondé à demander l’annulation de l'arrêté attaqué.

Sur les conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte :

7. L’article L. 911-1 du code de justice administrative dispose que : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution (…) ». Aux termes de l’article L. 911-2 du même code : « Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé (…) ».

8. Le présent jugement nécessite seulement, au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, que le préfet des Bouches-du-Rhône mette en œuvre sans délai la procédure d’effacement du signalement de M. A... B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’assortir cette injonction d’une astreinte financière.

Sur les frais liés au litige :

9. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : « Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ».

10. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l’Etat, partie perdante dans la présente instance, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, le versement au requérant de la somme de 1200 euros.


D E C I D E :


Article 1er : L'arrêté attaqué du préfet des Bouches-du-Rhône du 9 mai 2025 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de mettre en œuvre sans délai la procédure d’effacement du signalement de M. A... B... aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen.

Article 3 : L’Etat versera à M. A... B... la somme de 1200 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... B... est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Délibéré après l’audience du 18 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Brossier, président,
Mme Caselles, première conseillère,
Mme Pouliquen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 janvier 2026.


L’assesseure la plus ancienne,

Signé

Caselles
Le président,

Signé

J.B. Brossier
Le greffier,

Signé

P. Giraud

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier,

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