Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2025, Mme B... A..., représentée par Me Lescs, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler l’arrêté du 10 septembre 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de son éloignement ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son conseil sous condition que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
les décisions attaquées sont insuffisamment motivées au regard de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux et L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration ;
la décision d’éloignement est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation personnelle compte tenu de sa durée de présence en France et de son insertion professionnelle ;
la décision fixant le pays de renvoi est entachée d’un défaut d’examen au regard des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d’Ivoire de la part de son mari et de l’une de ses épouses.
Le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une décision du 23 janvier 2026, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Gaspard-Truc a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante ivoirienne née le 2 décembre 1983, déclare être entrée en France le 28 juin 2023. Sa demande d’asile a été rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 novembre 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 17 mars 2025. Par un arrêté en date du 10 septembre 2025, dont Mme A... demande l’annulation, le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.
Sur les conclusions tendant à l’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
2. Mme A... ayant été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 23 janvier 2026, il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête relatives à son admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En premier lieu, d’une part, si l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : (…) – l’obligation pour l’administration de motiver ses décisions. (…) », il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l’Union européenne que ces stipulations s’adressent non aux Etats membres, mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l’Union. Ainsi, le moyen tiré de leur méconnaissance par l’arrêté attaqué, pris par une autorité d’un Etat membre, est en tout état de cause inopérant. Par suite, le moyen tiré de l’irrégularité de la procédure d’adoption de l’arrêté attaqué faute pour celui-ci d’être motivé ne peut qu’être écarté.
D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ». Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit (…) ».
L’arrêté attaqué vise les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile sur lesquels il se fonde, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il mentionne les conditions d’entrée en France de Mme A... et examine les éléments concernant sa vie privée et familiale. Il fait également état de ce que l’intéressée, après avoir vu sa demande d’asile rejetée, ainsi qu’il a été dit au point 1, n’établit pas qu’elle serait exposée à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l’article 3 précité en cas de retour dans son pays d’origine. L’arrêté en litige est ainsi suffisamment motivé en droit et en fait.
En deuxième lieu, il ressort de la motivation de la décision fixant le pays de destination, qui n’est pas stéréotypée, que le préfet des Bouches-du-Rhône a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.
En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Il ressort des pièces du dossier que le séjour de Mme A..., qui déclare être arrivée en France le 28 juin 2023, présente un caractère récent à la date de la décision attaquée. En outre, elle ne justifie pas d’une insertion socio-professionnelle notable en France en se prévalant d’une promesse d’embauche du 13 octobre 2025, postérieure à la date de la décision attaquée, pour un emploi à temps plein en qualité d’agent de service, ni de son hébergement chez une amie. Par suite, contrairement à ce que soutient la requérante, la décision d’éloignement en litige n’est pas entachée d’une erreur manifeste d'appréciation quant à l’évaluation de sa situation personnelle.
En quatrième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».
Si la requérante fait valoir qu’elle risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Côte d’Ivoire de la part de son mari et de l’une de ses épouses, elle n’assortit pas ses allégations de précisions suffisantes pour permettre au tribunal d’en apprécier le bien-fondé tandis que l’intéressée a vu sa demande d’asile rejetée par une décision de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 novembre 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d’asile le 17 mars 2025.
11.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A... à fin d’annulation de l’arrêté du 10 septembre 2025 du préfet des Bouches-du-Rhône doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’État, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur la demande de Mme A... tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Lescs et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate,
Signé
F. Gaspard-Truc La présidente,
Signé
E. Felmy
La greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,