Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 novembre 2025, Mme D... E..., représentée par Me Desfour, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 18 juillet 2025 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l’exécution de la mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône sous astreinte de 100 euros par jour de retard, de lui délivrer un titre de séjour au titre de l’asile si la décision est annulée ou si une décision de réexamen intervient, à titre subsidiaire, un titre de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » ou une autorisation provisoire de séjour durant le réexamen de sa procédure en matière d’asile si l’arrêté ou l’une de ses décisions devait être annulé sur le fondement de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, à compter d’un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, et, à défaut, de suspendre l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français durant le réexamen ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat, en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, qui s’engage dans ce cas à renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français avec délai :
- il n’est pas justifié de la compétence de sa signataire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen individualisé de sa situation ;
- le préfet, qui n’a pas examiné les risques de traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Serbie, s’est estimé en situation de compétence liée, alors même que la Cour nationale du droit d’asile n’est pas compétente pour examiner ces risques ;
- sur ce point, elle est entachée d’une erreur de fait, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle a été prise en violation des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation personnelle et celle de ses enfants ;
- elle a été prise en violation de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle a été prise en violation des articles 2, 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
- elle a été prise en violation de l’article 33 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés ;
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d’erreur de fait, d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été prise en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Vu les pièces, enregistrées le 10 avril 2026, présentées par le préfet des Bouches-du-Rhône.
Mme E... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 17 octobre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;
- la convention internationale relative aux droits de l’enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Felmy, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E..., ressortissante serbe, née le 27 mars 1984, déclare être entrée en France le 25 mai 2018 dans des circonstances qu’elle ne précise pas, accompagnée à tout le moins de deux de ses trois enfants, alors toutes deux mineures, B..., née le 10 janvier 2008, et Katarina, née le 12 janvier 2015. Le 13 août 2018, elle a sollicité l’asile. Sa demande de protection a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 26 avril 2019 puis par une décision n° 19033599 du 7 novembre 2019 de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Consécutivement à ce rejet, par un arrêté du 4 décembre 2019, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure. Cet arrêté a été confirmé au contentieux par un jugement du 10 février 2020 du tribunal administratif de Marseille. Mme E..., qui déclare être repartie en Serbie avec ses deux filles, le 7 mars 2021, soutient qu’à la suite de la réitération des menaces à son encontre ainsi qu’à l’encontre de ses enfants, elle a été contrainte de quitter à nouveau son pays de résidence et de revenir pour solliciter une protection en France, à une date qu’elle ne précise pas. Devant le tribunal, elle soutient être d’ethnie rom et que ses enfants et elle-même auraient été victimes de discrimination et de violences en Serbie. Le 3 septembre 2024, elle a sollicité le réexamen de sa demande d’asile. Sa demande a été rejetée par l’OFPRA le 16 septembre 2024, comme irrecevable en application du 3° de l’article L. 531-32 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, puis par une décision n° 24047498 du 6 janvier 2025 de la CNDA. Par un arrêté du 18 juillet 2025, le préfet des Bouches-du-Rhône lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l’exécution de la mesure d’éloignement. Mme E... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours :
2. En premier lieu, par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 17 juillet 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 13-2025-212 du même jour, Mme C... A..., signataire de l’arrêté en litige, bénéficiait, en sa qualité d’adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile et cheffe de la mission asile de la préfecture des Bouches-du-Rhône, d’une délégation à l’effet de signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire, les décisions fixant le pays de destination des mesures d’éloignement et les décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : (…) constituent une mesure de police (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».
4. L’arrêté attaqué, qui vise notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en particulier celles des articles L. 611-1 4°, L. 612-1, L. 612-8, L. 612-10 et L. 721-3 à L. 721-5, expose avec suffisamment de précision les éléments déterminants de la situation de Mme E... ayant conduit le préfet des Bouches-du-Rhône à l’édicter, en précisant en particulier que l’OFPRA, statuant en procédure accélérée en application de l’article L. 531-24 du code précité, a refusé de reconnaître à l’intéressée le statut de réfugié et le bénéfice de la protection subsidiaire le 26 avril 2019, décision confirmée par la CNDA le 7 novembre 2019, et que l’OFPRA a déclaré sa demande de réexamen irrecevable en application du 3° de l’article L. 531-32 du même code le 16 septembre 2024 et que la CNDA a rejeté son recours le 6 janvier 2025. L’arrêté litigieux comporte ainsi de façon circonstanciée l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et satisfait, dès lors, aux exigences de motivation prévues par les dispositions précitées de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en litige doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de l’arrêté attaqué, que le préfet des Bouches-du-Rhône, qui n’était pas tenu de faire figurer l’ensemble des éléments de la situation de Mme E..., a procédé à un examen particulier de celle-ci. A cet égard, le préfet n’était notamment tenu de faire état ni des motifs de la demande de protection de l’intéressée, ni des motifs pour lesquels il a estimé que celle-ci n’établissait pas être exposée à des peines ou traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré du défaut d’examen particulier de la situation de la requérante doit être écarté.
6. En quatrième lieu, Mme E... soutient que c’est à tort que le préfet des Bouches-du-Rhône a retenu qu’elle a déclaré s’être maintenue continûment en France en dépit de l’édiction d’une mesure portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours le 4 décembre 2019, confirmée par le tribunal administratif de Marseille le 10 février 2020, dès lors qu’elle est retournée en Serbie le 7 mars 2021. Toutefois, la requérante n’établit pas cette allégation en se bornant à produire une copie partielle de son passeport comportant des cachets transfrontaliers apposés par les autorités croates et slovènes en 2021 et 2022, notamment un cachet d’entrée en Croatie à cette date. En tout état de cause, alors qu’il est constant qu’elle serait repartie plus d’un an après le jugement du 10 février 2020 et qu’elle est revenue en France, à une date qu’elle ne précise au demeurant pas, il résulte de l’instruction que le préfet aurait pris la même décision. Par suite, le moyen tiré de l’erreur de fait sur ce point doit être écarté.
7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, eu égard notamment à la motivation circonstanciée de l’arrêté attaqué, que le préfet des Bouches-du-Rhône n’aurait pas examiné les risques allégués de traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Serbie et se serait, ainsi, estimé en situation de compétence liée. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. En sixième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
9. Mme E... déclare être entrée une première fois en France le 25 mai 2018, accompagnée à tout le moins de deux de ses trois enfants, alors toutes deux mineures, et être repartie en Serbie le 7 mars 2021 après avoir fait l’objet, consécutivement au rejet de sa demande d’asile par l’OFPRA le 26 avril 2019 puis par la CNDA le 7 novembre 2019, d’une précédente mesure d’éloignement le 4 décembre 2019, confirmée au contentieux par un jugement du 10 février 2020 du tribunal administratif de Marseille. Elle soutient être revenue, à une date qu’elle ne précise pas, sur le territoire national où elle a sollicité le réexamen de sa demande d’asile le 3 septembre 2024. La requérante ne justifie donc pas d’une ancienneté de présence significative sur le territoire français. Par ailleurs, si Mme E..., qui s’est déclarée en concubinage et mère de trois enfants, se prévaut de la présence en France de deux de ses trois enfants, dont l’une est devenue majeure le 10 janvier 2026, postérieurement à l’arrêté attaqué, elle ne fait état d’aucune autre attache familiale sur le territoire national, ne mentionnant pas même l’identité et la situation de son concubin, et n’établit ni même n’allègue en être dépourvue en Serbie, où elle a vécu jusqu’à l’âge adulte, à tout le moins jusqu’à l’âge de 34 ans. Enfin, se déclarant domiciliée au sein d’un centre d’hébergement et de réinsertion sociale à La Roque d’Anthéron, elle ne justifie d’aucune insertion socioprofessionnelle. Dans ces conditions, la décision attaquée n’a pas porté au droit de Mme E... au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n’est pas entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de la situation de la requérante et de ses enfants et des conséquences qu’elle emporte sur celle-ci.
10. En septième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l’appui d’un recours pour excès de pouvoir, que dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
11. La décision portant obligation de quitter le territoire français litigieuse n’a ni pour objet, ni pour effet de séparer les enfants de la requérante de celle-ci. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doit être écarté.
12. En huitième lieu, aux termes de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français ».
13. La décision litigieuse visant Mme E..., celle-ci ne peut utilement soutenir que cette décision méconnaîtrait les dispositions de l’article L. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
14. En neuvième lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants ». Aux termes de l’article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés : « 1. Aucun des Etats contractants n’expulsera ou ne refoulera, de quelque manière que ce soit, un réfugié sur les frontières des territoires où sa vie ou sa liberté serait menacée en raison de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques (…) ». Aux termes de l’article L. 721-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d’éloignement, le pays à destination duquel l’étranger peut être renvoyé en cas d’exécution d’office d’une décision portant obligation de quitter le territoire français (…) ». Aux termes du dernier alinéa de l’article L. 721-4 de ce code : « Un étranger ne peut être éloigné à destination d’un pays s’il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu’il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ». Aux termes de l’article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Le droit de toute personne à la vie est protégé par la loi. La mort ne peut être infligée à quiconque intentionnellement, sauf en exécution d’une sentence capitale prononcée par un tribunal au cas où le délit est puni de cette peine par la loi (…) ».
15. Comme le rappellent les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, citées au point précédent, l’autorité administrative ne saurait légalement désigner comme pays de renvoi d’un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement un pays dans lequel il risque d’être exposé à des traitements contraires à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Par suite, si le moyen tiré de la violation de ces stipulations conventionnelles peut être utilement invoqué par l’intéressée devant le juge de l’excès de pouvoir au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi, il ne peut l’être au soutien de conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même qui, en vertu de l’article L. 721-3 du même code, est une décision distincte de celle fixant le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, soulevé à l’encontre de la mesure d’éloignement litigieuse, doit être écarté comme inopérant. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de la violation des stipulations précitées du 1 de l’article 2 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, d’une erreur de fait, d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.
Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination de la mesure d’éloignement :
16. En premier lieu, Mme E... soutient qu’elle craint, en cas de retour en Serbie, d’être exposée, ainsi que ses enfants, à des menaces de ses créanciers et à des violences et des discriminations en raison de leur appartenance à la communauté rom. Toutefois, alors que sa demande a été rejetée par l’OFPRA le 26 avril 2019 et par la CNDA le 7 novembre 2019, que sa demande de réexamen a été rejetée comme irrecevable par l’OFPRA le 16 septembre 2024 et par la CNDA le 6 janvier 2025 et qu’elle ne fait état d’aucun élément nouveau postérieur à ces décisions de rejet, la requérante, qui se borne à produire à l’appui de ses allégations un rapport du 15 mars 2015 de l’organisation suisse d’aide aux réfugiés (OSAR) relatif aux agressions contre les Roms et les Ashkali en Serbie, n’établit pas que ses enfants et elle-même seraient personnellement et actuellement exposées à des traitements contraires aux stipulations de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Par suite, les moyens tirés de la violation des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, il en va de même, en tout état de cause dès lors que la requérante n’a pas la qualité de réfugiée et ne peut donc utilement invoquer ces stipulations, du moyen tiré de la violation du 1 de l’article 33 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés.
17. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 9 et 11, les moyens tirés de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de celle de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant doivent, en tout état de cause, être écartés.
Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
18. Aux termes de l’article L. 612-8 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l’étranger n’est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d’une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l’expiration d’une durée, fixée par l’autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l’exécution de l’obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l’autorité administrative tient compte de la durée de présence de l’étranger sur le territoire français, de la nature et de l’ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu’il a déjà fait l’objet ou non d’une mesure d’éloignement et de la menace pour l’ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l’édiction et la durée de l’interdiction de retour mentionnée à l’article L. 612-8 (…) ». Il appartient au juge de l’excès de pouvoir, saisi d’un moyen en ce sens, de rechercher si les motifs qu’invoque l’autorité compétente sont de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d’interdiction de retour et si la décision ne porte pas au droit de l’étranger au respect de sa vie privée et familiale garanti par l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise.
19. Mme E... soutient que la décision litigieuse est entachée d’erreur de fait, d’erreur de droit et d’erreur manifeste d’appréciation et qu’elle a été prise en violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et en violation de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant. Toutefois, eu égard aux conditions du séjour en France de la requérante, et alors même que sa présence sur le territoire français ne représente pas une menace pour l’ordre public, circonstance que l’autorité administrative n’a au demeurant pas retenue, ces moyens doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 6, 9 et 11.
20. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme E... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction sous astreinte et de suspension d’exécution de la mesure d’éloignement et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme E... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D... E..., à Me Desfour et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Copie en sera adressée au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l’audience du 17 juin 2026 à laquelle siégeaient :
Mme Felmy, présidente-rapporteure,
Mme Gaspard-Truc, première conseillère,
Mme Forest, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
L’assesseure la plus ancienne,
Signé
F. Gaspard-TrucLa présidente-rapporteure,
Signé
E. Felmy
La greffière,
Signé
S. Gonzales
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,