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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2602057

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2602057

jeudi 5 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2602057
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Avocat requérantQUINSON

Résumé IA

**Sujet principal** : Demande d'injonction urgente pour la remise d'un récépissé de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut. **Juridiction** : Tribunal Administratif de Marseille (juge des référés). **Solution retenue** : Le juge va statuer sur la demande d'injonction, car la requête n'a pas perdu son objet malgré la production par la préfecture d'un document attestant de la délivrance d'un récépissé, celui-ci ne prouvant pas sa remise effective à l'intéressée. **Textes appliqués** : Article L. 521-3 du code de justice administrative (référé mesures utiles) ; articles R. 431-2, R. 431-3, R. 431-12, L. 421-1, R. 431-11 et R. 431-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 6 et 12 février 2026, Mme D... B... A..., représentée par Me Quinson, demande au juge des référés :

1°) sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui remettre un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour valable à compter du 2 février 2026 et l’autorisant à travailler sans restriction, dans un délai de quarante-huit heures, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

2°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil d’une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 février 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut à ce qu’il n’y ait lieu de statuer sur la demande d’injonction sous astreinte et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu la décision du 1er juillet 2024 du président du tribunal désignant M. C... pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »

2. Ressortissante comorienne née le 18 décembre 2004, Mme B... A... s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « étudiant », valable jusqu’au 29 octobre 2025. Elle en a sollicité le renouvellement au moyen du téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), le 25 août 2025. Son dossier a été clos au motif qu’il lui appartenait de demander un changement de statut et elle a été informée de ce qu’une attestation dématérialisée de prolongation d’une durée de trois mois, valable jusqu’au 1er février 2026, était mise à sa disposition. L’intéressée a alors présenté par voie postale, le 4 décembre 2025, une demande de carte de séjour temporaire portant les mentions « salarié » ou « vie privée et familiale » ou, à défaut, « étudiant ». Mme B... A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui remettre un récépissé de sa demande de renouvellement de titre de séjour.

3. Si le préfet des Bouches-du-Rhône produit un document « demande de titre consultation » du 12 février 2026 mentionnant la délivrance, le 10 février 2026, d’un récépissé valable jusqu’au 9 août 2026, Mme B... A... soutient que ce document provisoire de séjour ne lui a pas été effectivement remis. Le document produit par le préfet n’indique au demeurant pas la date à laquelle le récépissé aurait été remis à la requérante. Il suit de là que la requête n’a pas perdu son objet en cours d’instance.

4. D’une part, aux termes du premier alinéa de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. » Aux termes de l’article R. 431-3 : « La demande de titre de séjour ne figurant pas dans la liste mentionnée à l'article R. 431-2, est effectuée à Paris, à la préfecture de police et, dans les autres départements, à la préfecture ou à la sous-préfecture. / Le préfet peut également prescrire que les demandes de titre de séjour appartenant aux catégories qu'il détermine soient adressées par voie postale. » Aux termes du premier alinéa de l’article R. 431-12 : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. (…) »

5. D’autre part, aux termes du premier alinéa de l’article L. 421-1 du même code : « L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. » Aux termes de l’article R. 431-11 : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code. / En cas de demande incomplète, les pièces justificatives et les informations manquantes doivent être demandées par l'administration et transmises par l'étranger dans un délai raisonnable. » Aux termes de l’article R. 431-15 : « Le récépissé de demande de renouvellement d'une carte de séjour permettant l'exercice d'une activité professionnelle autorise son titulaire à exercer une activité professionnelle. »

6. Mme B... A... a présenté une demande de renouvellement de titre de séjour avec changement de statut pour obtenir, à titre principal, un document portant la mention « salarié ». La demande de délivrance d’un titre de séjour portant cette mention n’est pas au nombre des catégories de titres de séjour désignées par les arrêtés mentionnés en annexe 9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il résulte par ailleurs des informations figurant sur le site internet de la préfecture des Bouches-du-Rhône que la demande de renouvellement d’un tel titre de séjour avec changement de statut est adressée par voie postale. Le préfet, qui a d’ailleurs délivré un récépissé, sans le remettre, ne soutient pas que le dossier déposé par la requérante ne comprendrait pas l’ensemble des documents exigés par les dispositions de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et de l’annexe 10 de ce code. La demande de renouvellement n’entre pas dans le champ des dérogations prévues aux trois derniers alinéas de l’article R. 432-2. Il en résulte que le dossier doit être regardé comme complet et que le délai de quatre mois, applicable aux demandes de titres de séjour portant la mention « salarié », au terme duquel naît une décision implicite de rejet, n’a en tout état de cause pas expiré à la date de la présente ordonnance. La mesure demandée ne fait dès lors obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

7. Eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention d’un document de séjour, la condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce document.

8. La durée de validité du titre de séjour dont Mme B... A... est titulaire a expiré le 29 octobre 2025. Mme B... A... en sollicite le renouvellement. Les conditions d’urgence et d’utilité sont satisfaites.

9. Il résulte de ce qui précède que, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de remettre à Mme B... A..., d’une manière effective, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le récépissé prévu à l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, autorisant la requérante à exercer une activité professionnelle en application des dispositions du 1° de l’article R. 431-14.

10. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer contre l’Etat, à défaut pour lui de justifier de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai de dix jours à compter de sa mise à disposition, une astreinte de 50 euros par jour jusqu’à la date à laquelle l’injonction prononcée par cette ordonnance aura reçu complète exécution.

11. Il y a lieu d’admettre provisoirement Mme B... A... à l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, sous réserve que Me Quinson, avocate de Mme B... A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat et sous réserve de l’admission définitive de sa cliente à l’aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Quinson. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B... A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à Mme B... A....




ORDONNE


Article 1er : Mme B... A... est admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Il est enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de remettre à Mme B... A..., d’une manière effective, dans le délai de dix jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le récépissé prévu à l’article R. 431-12 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, autorisant la requérante à exercer une activité professionnelle.

Article 3 : Une astreinte de 50 euros par jour est prononcée à l’encontre de l’Etat s’il n’est pas justifié de l’exécution de la présente ordonnance dans le délai de dix jours mentionné à l’article précédent. Le préfet des Bouches-du-Rhône communiquera au tribunal copie des actes justifiant des mesures prises pour exécuter la présente ordonnance.

Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive de Mme B... A... à l’aide juridictionnelle et sous réserve que Me Quinson renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, ce dernier versera à Me Quinson, avocate de Mme B... A..., une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme B... A... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 500 euros sera versée à Mme B... A....

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D... B... A..., à Me Quinson et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera transmise au préfet des Bouches-du-Rhône.


Fait à Marseille, le 5 mars 2026.


Le juge des référés,
Signé
T. C...



La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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