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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2609877

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2609877

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2609877
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantYOUCHENKO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 juin 2026, Mme A... B... épouse C..., représentée par Me Youchenko, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, matérialisée par la délivrance le 29 septembre 2025 d’un certificat de résidence algérien valable un an portant la mention « vie privée et familiale » ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence algérien de dix ans sur le fondement de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros hors taxes en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition tenant à l’urgence est satisfaite, dès lors que la décision litigieuse préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation ; en effet, le refus de délivrance d’un certificat de résidence algérien valable dix ans a des conséquences négatives sur sa situation en ce qu’il contribue à précariser sa situation administrative, la contraignant à démontrer à nouveau et chaque année qu’elle répond aux conditions d’obtention d’un titre de séjour et à financer chacun de ces titres, délivrés sur le fondement de l’article 6 de l’accord franco-algérien, lesquels donnent lieu au paiement d’un timbre fiscal à chaque renouvellement, alors qu’elle remplit les conditions posées par les stipulations de l’article 7 bis h) du même accord pour prétendre à la délivrance d’un titre de séjour valable dix ans ; par ailleurs, le critère d’urgence doit être apprécié au regard du délai restant à courir avant le prononcé du jugement au fond et des effets que pourrait avoir le maintien de la décision contestée sur la situation de l’intéressé en l’absence de suspension ; conformément aux dispositions de l’article R. 431-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le renouvellement du certificat de résidence valable un an qui lui a été délivré au mois de septembre 2025 doit être sollicité entre le cent-vingtième et le soixantième jour précédant son expiration, soit entre le 28 mai et le 28 juillet 2026 ; en outre, il est notoire que les personnes étrangères rencontrent de grandes difficultés à déposer simultanément plusieurs demandes, y compris lorsque l’une est dématérialisée (comme la demande de renouvellement d’un titre de séjour sur le fondement de l’état de santé), et l’autre se fait par courrier (comme la demande de délivrance d’un premier titre d’une durée de dix ans), ainsi que l’a d’ailleurs très récemment reconnu le Conseil d’Etat dans une décision n° 502860 du 5 mai 2026 ; en l’espèce, l’urgence est d’autant plus caractérisée qu’il lui sera impossible d’obtenir une réponse quant à une nouvelle demande de certificat de résidence algérien de dix ans avant l’expiration du délai réglementaire pendant lequel elle doit déposer, par sécurité, une demande de renouvellement de son titre actuel valable un an et le tribunal ne pourra pas se prononcer au fond avant l’expiration du même délai ;
- la condition tenant à l’existence de moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse est également satisfaite, dès lors que :
* s’agissant d’une décision implicite, il n’est pas possible d’identifier son auteur et de vérifier la compétence de celui-ci pour la prendre ;
* elle est entachée d’un défaut de motivation, le préfet n’ayant pas répondu aux sollicitations de son conseil des mois de novembre et décembre 2025, lesquelles s’analysent comme une demande de communication des motifs ;
* elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle et d’erreur de fait ;
* elle a été prise en méconnaissance de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié et, à tout le moins, est entachée d’une erreur d’appréciation ;
* le préfet a méconnu l’étendue de sa compétence ;
* elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.



Vu :
- la requête n° 2609891 tendant à l’annulation de la décision attaquée ;
- les autres pièces du dossier.



Vu le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Felmy, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». Aux termes du second alinéa de l’article R. 522-1 du même code : « A peine d’irrecevabilité, les conclusions tendant à la suspension d’une décision administrative ou de certains de ses effets doivent être présentées par requête distincte de la requête à fin d’annulation ou de réformation et accompagnées d’une copie de cette dernière ». En application de l’article L. 522-3 de ce même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter sans instruction ni audience les demandes qui sont irrecevables, qui ne présentent pas un caractère d’urgence ou qui sont manifestement mal fondées.

2. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d’un refus de renouvellement de titre de séjour, comme d’ailleurs d’un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d’une mesure provisoire dans l’attente d’une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

3. Il ressort des pièces du dossier qu’à compter de l’année 2018, Mme B... épouse C..., ressortissante algérienne née le 18 mai 1987, a obtenu, à raison de son état de santé, plusieurs autorisations provisoires de séjour puis plusieurs certificats de résidence, d’un an et l’un de six mois, portant la mention « vie privée et familiale » qui lui ont été délivrés sur le fondement des stipulations de l’article 6-7) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par un courrier du 10 décembre 2024, reçu le 16 décembre 2024, elle a saisi par voie postale les services de la préfecture des Bouches-du-Rhône d’une demande tendant, à titre principal, à la délivrance d’un certificat de résidence de dix ans portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des stipulations de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, à titre subsidiaire, à la délivrance par un changement de statut d’un certificat de résidence d’un an portant la mention « vie privée et familiale » sur le fondement des stipulations de l’article 6-5) du même accord, de celles de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de celles de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant, à titre infiniment subsidiaire, au renouvellement de son titre de séjour en qualité d’étranger malade valable du 4 avril 2024 au 3 avril 2025. Elle s’est vu remettre un certificat de résidence valable six mois du 11 décembre 2024 au 10 juin 2025. Le 24 mars 2025, Mme B... épouse C... a sollicité, au moyen du téléservice dénommé « Administration numérique des étrangers en France » (ANEF), le renouvellement de son certificat de résidence valable jusqu’au 10 juin 2025. Mme B... épouse C... a obtenu ce renouvellement par la remise d’un titre de séjour d’un an valable du 29 septembre 2025 au 28 septembre 2026.

4. Par la présente requête, Mme B... épouse C... demande la suspension de l’exécution de la décision implicite par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a refusé de lui délivrer un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié, matérialisée, selon elle, par la délivrance le 29 septembre 2025 d’un certificat de résidence valable un an portant la mention « vie privée et familiale ». Pour établir l’existence d’une situation d’urgence, Mme B... épouse C... s’en tient à l’argumentation visée ci-dessus. Ce faisant, elle n’apporte aucun élément permettant de caractériser, dans le cadre de la présente instance, l’urgence à suspendre une décision implicite de rejet née en réalité le 16 avril 2025, soit plus d’un an avant l’introduction de sa requête, du silence gardé pendant quatre mois sur sa demande, présentée à titre principal, de délivrance d’un certificat de résidence de dix ans formée le 16 décembre 2024, alors qu’il est constant qu’elle dispose d’un titre de séjour valable du 29 septembre 2025 au 28 septembre 2026 dont elle peut solliciter le renouvellement au plus tard le 28 juillet 2026, étant précisé qu’il lui est loisible, si elle s’y croit fondée, de formuler également d’ici cette date une nouvelle demande de délivrance d’un certificat de résidence de dix ans sur le fondement de l’article 7 bis h) de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. La condition d’urgence requise par les dispositions précitées de l’article L. 521-1 du code de justice administrative n’est, par suite, pas remplie.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée, la requête de Mme B... épouse C... doit être rejetée selon la procédure prévue par l’article L. 522-3 du code de justice administrative.







O R D O N N E :







Article 1er : La requête de Mme B... épouse C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B... épouse C....

Copie en sera adressée au préfet des Bouches-du-Rhône.



Fait à Marseille, le 1er juillet 2026.



La juge des référés,


Signé


E. Felmy



La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,

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