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AccueilJurisprudence administrativeN° TA13-2610099

Tribunal Administratif de Marseille — Décision N° TA13-2610099

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Marseille
SectionTribunal Administratif de Marseille
N° DossierTA13-2610099
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSAIHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2604466-2604761 du 8 juin 2026, la magistrate désignée du tribunal administratif de Toulouse a renvoyé au tribunal administratif de Marseille les requêtes de M. B...


I. Par une requête enregistrée le 9 juin 2026 sous le n° 2610099, M. A... B..., représenté par Me Saihi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 26 mai 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans an et a fixé le pays de destination ;

2°) d’ordonner la suppression de signalement dans le système d’information Schengen ;

3°) d’enjoindre au préfet de réexaminer sa situation sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

4°) d’enjoindre au préfet de lui remettre un récépissé avec autorisation de travail sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

5°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge du préfet la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et son droit d'être entendu ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut de base légale en raison de l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire et lui refusant un délai de départ volontaire ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.



Par un mémoire en défense enregistré le 31 mai 2026 puis un mémoire identique enregistré le 21 juin 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une requête enregistrée le 9 juin 2026 sous le numéro 2610104, M. A... B..., représenté par Me Saihi, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 30 mai 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours, avec obligation de se présenter une fois par jour au centre de rétention administrative du Canet, à Marseille, et lui interdisant de se déplacer hors du département sans autorisation préalable ;

2°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge du préfet la somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :
- elle a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation ;
- elle a été prise à l’issue d’une procédure méconnaissant le principe du contradictoire et son droit d’être entendu ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de pointage :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle est disproportionnée ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de sortie du département des Bouches-du-Rhône :
- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant assignation à résidence sur laquelle elle se fonde ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, d'une erreur de fait et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation.


Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Houvet pour statuer sur les litiges relatifs aux décisions portant mesure d’éloignement des ressortissants étrangers en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus, au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Houvet,
les observations de Me Chafi, substituant Me Saihi, représentant le requérant, présent à l’audience,
le préfet des Bouches-du-Rhône n’étant ni présent, ni représenté.


La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :


1. Par un l’arrêté du 26 mai 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône a obligé M. A... B... à quitter le territoire français sans délai, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de trois ans an et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 30 mai 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours. M. A... B... demande au tribunal d’annuler ces deux arrêtés.

2. Les requêtes n°2610099 et n°2610104 présentées par M. B... concernent un même requérant. Il y a lieu de les joindre pour qu’il y soit statué par un seul jugement.


Sur la demande d’admission à l’aide juridictionnelle à titre provisoire :

3. Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d'urgence (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président (…) ». Eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur les requêtes, il y a lieu de prononcer l’admission provisoire du requérant à l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation de l’arrêté du 26 mai 2026 :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées, tiré du défaut de motivation :

4. L’arrêté attaqué, qui n’avait pas à faire état de l’ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte de façon suffisamment circonstanciée l’indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, visant notamment les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables à la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.


En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. En premier lieu, Mme C..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile, qui a signé l’arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er avril 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée est infondé.

6. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l’article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d’une procédure contradictoire préalable ». Aux termes de l’article L. 122-1 du même code : « Les décisions mentionnées à l’article L. 211-2 n’interviennent qu’après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix (…) ». Aux termes de l’article L. 121-2 de ce code : « Les dispositions de l’article L. 121-1 ne sont pas applicables : / (…) / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière (…) ». Le droit d’être entendu préalablement à toute décision qui affecte sensiblement et défavorablement les intérêts de son destinataire constitue l’une des composantes du droit de la défense, tel qu’il est énoncé notamment au 2 de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, et fait partie des principes généraux du droit de l’Union européenne ayant la même valeur que les traités. Il garantit à toute personne la possibilité de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours de la procédure administrative, afin que l’autorité compétente soit mise à même de tenir compte de l’ensemble des éléments pertinents pour fonder sa décision. Ce droit n’implique pas systématiquement l’obligation, pour l’administration, d’organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l’intéressé, ni même d’inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu’une décision lui faisant grief est susceptible d’être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Enfin, une atteinte à ce droit n’est susceptible d’affecter la régularité de la procédure à l’issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu’il lui revient, le cas échéant, d’établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des dispositions du titre I du livre VI du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que le législateur a entendu déterminer l’ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l’intervention et l’exécution des obligations de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration doit être écarté comme inopérant. En tout état de cause, lors de son audition par les services de police le 26 mai 2026, le requérant a été invité à présenter ses observations au sujet d’une obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de destination de son éloignement, ce qu’il a fait en indiquant qu’il souhaitait rester en France. Il n’évoque aucun élément pertinent qu’il aurait été privé de présenter et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, cette dernière n’a pas été prise en méconnaissance de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté.


8. En troisième lieu, l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales stipule : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ». Pour l’application des stipulations précitées, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine. Aux termes du 1 de l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l’exercice de son pouvoir d’appréciation, l’autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
9. D’une part, si le requérant se prévaut des stipulations de l’article 3 de la convention internationale des droits de l’enfant, il ne ressort d’aucune pièce du dossier qu’il serait parent d’un enfant. D’autre part, s’il ressort des pièces du dossier que le requérant est marié depuis le 25 septembre 2021 avec une ressortissante française, il ne produit à l’instance qu’une attestation de son épouse non circonstanciée selon laquelle ils vivent ensemble à une adresse alors qu’il a déclaré aux services de police résider à une autre adresse lors de son audition le 26 mai 2026. Il ne produit aucun autre élément sur leur vie commune. En outre, si le requérant a bénéficié d’une carte de séjour temporaire valable jusqu’au 14 février 2024 et soutient « que la décision est manifestement entachée d’une erreur d’appréciation au regard de sa vie privée et familiale », il ne produit que des éléments épars et non probants, comme un certificat de scolarité de classe de troisième en 2018 et de seconde en 2019, la copie de son diplôme de brevet en 2019, une attestation de stage de 3ème en février 2019, un contrat de mission temporaire d’un mois en octobre-novembre 2022, deux bulletins de paie d’un montant de 53,79 et 25,47 euros en 2023, un arrêt de travail d’une durée de deux mois du 9 août 2023 , puis des arrêts de travail du 20 mars 2024 et du 20 septembre 2024 et des certificats médicaux d’août 2023 et de mars 2024, qui ne permettent pas d’étayer ses dires. Enfin, il n’allègue pas ne plus avoir d’attache familiale dans son pays d’origine. Dans ces conditions, le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris l’arrêté attaqué. Par suite, c’est sans méconnaître les stipulations citées au point précédent et sans commettre d’erreur d’appréciation que le préfet a obligé le requérant à quitter le territoire français sans délai.

En ce qui concerne le refus d’octroi d’un délai de départ volontaire :


10. Pour les raisons qui viennent d’être évoquées, le requérant n’a pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, par suite le moyen tiré de l’exception d’illégalité entachant la décision refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :


11. Pour les raisons qui viennent d’être évoquées, le requérant n’a pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, par suite le moyen tiré de l’exception d’illégalité en tachant la décision fixant le pays de destination doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :


12. En premier lieu, pour les raisons évoquées précédemment, le requérant n’a pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait illégale, par suite le moyen tiré de l’exception d’illégalité doit être écarté.

13. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». Aux termes de l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ».


14. D’une part, si le requérant soutient être parent « d’enfants français », cette affirmation n’est étayée par aucune pièce du dossier. D’autre part, si le requérant soutient qu’il ne représente pas une menace à l’ordre public, il ressort de sa fiche pénale qu’il a été condamné le 18 juillet 2023 par le tribunal judiciaire d’Aix-en-Provence à une peine de prison de 18 mois dont 14 avec sursis pour conduite d’un véhicule sans permis, transport non autorisé de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et conduite d’un véhicule en ayant fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants. Il a en outre été interpellé le 26 mai 2026 pour détention non autorisée de stupéfiants, usage illicite de stupéfiants et transport non autorisé de stupéfiants, ce qui a donné lieu aux décisions attaquées, bien que ces faits n’aient pas fait l’objet d’une condamnation pénale figurant au dossier. Enfin, si le requérant affirme qu’il justifie de circonstances humanitaires et que cette décision est disproportionnée, il n’assortit cette affirmation stéréotypée d’aucun élément circonstancié. Dans ces conditions, le requérant ne justifie d’aucune circonstance humanitaire faisant obstacle au prononcé d’une décision d’interdiction de retour sur le territoire français. Pour les mêmes raisons que celles évoquées au point 9, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant trois ans porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas entaché de disproportion la décision attaquée. Le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l’inscription aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen :

15. Aux termes de l’article L. 613-5 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu’il fait l’objet d’un signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, conformément à l’article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l’établissement, le fonctionnement et l’utilisation du système d’information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d’application de l’accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (…) ».

16. Il résulte de ces dispositions que, lorsqu’elle prend à l’égard d’un ressortissant étranger une décision d’interdiction de retour sur le territoire français, l’autorité administrative se borne à informer l’intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d’interdiction de retour et n’est, dès lors, pas susceptible de faire l’objet d’un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l’annulation de la décision de signalement du requérant aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen ne peuvent qu’être rejetées.


Sur les conclusions en annulation de l’arrêté du 30 mai 2026 :
En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

17. En premier lieu, Mme C..., adjointe à la cheffe du bureau de l’éloignement, du contentieux et de l’asile, qui a signé l’arrêté attaqué, bénéficiait à cet effet d’une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône du 1er avril 2026, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de la décision attaquée est infondé.


18. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué, qui n’avait pas à faire état de l’ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle du requérant, comporte de façon suffisamment circonstanciée l’indication des motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement, visant notamment les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicables à la situation du requérant. Dès lors, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.

19. En troisième lieu, ainsi qu’il a été dit au point 7 de ce jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration doit être écarté comme inopérant. En outre, le requérant n’évoque aucun élément pertinent qu’il aurait été privé de présenter et qui aurait pu influer sur le contenu de la décision attaquée. Par suite, cette dernière n’a pas été prise en méconnaissance de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne et le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu doit être écarté.


20. En quatrième lieu, le requérant qui ne fait valoir aucun élément particulier, n’établit pas que les modalités de la décision l’assignant à résidence portent à son droit au respect de sa vie privée et familiale, alors qu’il n’établit pas être parent, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de l’erreur d’appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de pointage :

21. En premier lieu, la décision portant assignation à résidence n’étant pas entachée d’illégalité, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de pointage serait entachée d’un défaut de base légale.

22. En second lieu, les moyens tirés de l’erreur de fait, de l’erreur de droit, de l’erreur manifeste d’appréciation et de la méconnaissance de l’impératif de proportionnalité ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé. Ils doivent par conséquent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de sortie du département des Bouches-du-Rhône :

23. En premier lieu, la décision portant assignation à résidence n’étant pas entachée d’illégalité, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision l’interdisant de sortie du département des Bouches-du-Rhône serait entachée d’un défaut de base légale.

24. En second lieu, les moyens tirés de l’erreur de fait, de l’erreur de droit, de l’erreur manifeste d’appréciation et de la méconnaissance des articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant au tribunal d’en apprécier le bien-fondé. Ils doivent par conséquent être écartés.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par le requérant doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d’injonction et des conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




DECIDE :



Article 1er : Le requérant est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Rendu public par mise à disposition au greffe, le 1er juillet 2026.


La magistrate désignée,

Signé

HouvetLe greffier,

Signé

T. Marcon

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
Le greffier


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