Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 15 juin 2026, M. C... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de prendre, dans un délai de huit ou de quinze jours, toutes mesures utiles pour lui permettre de déposer une demande de carte de séjour au moyen de la solution de substitution prévue à l’article 4 de l’arrêté du 1er août 2023 et de lui remettre, en application des dispositions des articles R. 431-12 et R. 431-14, (12°) du code de l'entrée et du séjour et du droit d'asile, un récépissé l’autorisant à travailler dans le cas où son dossier serait complet.
La requête a été communiquée au préfet des Bouches-du-Rhône qui n’a pas produit de mémoire.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu la décision du 1er juillet 2024 du président du tribunal désignant M. B... pour exercer les fonctions de juge des référés prévues au livre V du code de justice administrative.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- l’arrêté du 1er août 2023 pris pour l'application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile fixant les modalités d'accueil et d'accompagnement et les conditions de recours à la solution de substitution des usagers du téléservice « ANEF » ;
- l’arrêté du 1er juillet 2024 pris en application de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif aux titres de séjour dont la demande s'effectue au moyen d'un téléservice ;
- le code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. »
2. Ressortissant ivoirien né le 3 mai 1993, M. A... s’est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 9 février 2024, portant la mention « bénéficiaire de la protection internationale ». Il n’a pu en solliciter le renouvellement au moyen du téléservice Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF), au motif que son titre de séjour était expiré depuis plus de neuf mois. M. A... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de mettre en œuvre la procédure de substitution prévue à l’article 4 de l’arrêté du 1er août 2023.
3. D’une part, aux termes de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La demande d'un titre de séjour figurant sur une liste fixée par arrêté du ministre chargé de l'immigration s'effectue au moyen d'un téléservice à compter de la date fixée par le même arrêté. Les catégories de titres de séjour désignées par arrêté figurent en annexe 9 du présent code. / Les personnes qui ne sont pas en mesure d'effectuer elles-mêmes le dépôt en ligne de leur demande bénéficient d'un accueil et d'un accompagnement leur permettant d'accomplir cette formalité. / En outre, une solution de substitution, prenant la forme d'un accueil physique permettant l'enregistrement de la demande, est mise en place pour l'étranger qui, ayant accompli toutes les diligences qui lui incombent, notamment en ayant fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement prévu à l'alinéa précédent, se trouve dans l'impossibilité constatée d'utiliser le téléservice pour des raisons tenant à la conception ou au mode de fonctionnement de celui-ci. / Le ministre chargé de l'immigration fixe par arrêté les modalités de l'accueil et de l'accompagnement mentionnés au deuxième alinéa ainsi que les conditions de recours et modalités de mise en œuvre de la solution de substitution prévue au troisième alinéa. » Il résulte des dispositions du 10° de l’article 1er de l’arrêté du 27 avril 2021 du ministre de l'intérieur et des outre-mer que les demandes de carte de séjour pluriannuelle prévue à l’article L. 424-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être effectuées au moyen du téléservice ANEF.
4. D’autre part, aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 1er août 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer et du ministre délégué auprès du ministre de l'intérieur et des outre-mer, chargé des outre-mer : « Lorsqu'en application de l'alinéa 1er de l'article R. 431-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les ressortissants étrangers présents en France rencontrent des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leur demande de titre de séjour, ils peuvent bénéficier d'un accueil et accompagnement mentionnés au même article et fixé par le présent arrêté. » L’article 2 de cet arrêté prévoit en premier lieu, en application du deuxième alinéa de l’article R. 431-2, que l’accompagnement des personnes rencontrant des difficultés dans le cadre du dépôt en ligne de leurs demandes de titre de séjour, repose sur une assistance téléphonique, ou via un formulaire de contact, mise en œuvre par le « centre de contact citoyens » de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS). Le même article institue en outre un accompagnement par un accueil physique pris en charge par les points d'accueil numérique installés dans les préfectures et les sous-préfectures disposant d'un service chargé des étrangers. Ces points d'accueil numérique assurent l'accompagnement numérique au dépôt des demandes de titres de séjour en apportant, en vertu de l’article 3 de l’arrêté, une aide aux usagers étrangers à l'utilisation de l'outil informatique, des informations générales sur les démarches les concernant, une aide à la qualification de la demande et un accompagnement à la constitution du dossier dématérialisé. L’article 4 de l’arrêté du 1er août 2023, portant application du troisième alinéa de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, crée une solution de substitution réservée aux usagers n'ayant pu déposer leur demande via le téléservice mentionné au même article malgré leur recours au dispositif d'accueil et d'accompagnement décrit à l'article 2 du même arrêté. Aux termes de cet article 4 : « Le dossier n'est recevable que si l'usager est invité par la préfecture territorialement compétente à bénéficier de la solution de substitution, après constat de l'impossibilité technique du dépôt de sa demande via le téléservice. Par exception, l'usager peut bénéficier de la solution de substitution s'il produit, à l'appui de sa demande, un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne. / La demande de titre est alors effectuée auprès de la préfecture ou d'une sous-préfecture du département de résidence (…). Un rendez-vous physique individuel est systématiquement proposé à l'étranger autorisé à déposer sa demande de titre selon cette modalité. Les modalités de prise de rendez-vous, qui comprennent au moins deux vecteurs, dont l'un n'est pas numérique, sont déterminées par le préfet. / Le préfet peut également prévoir, si l'étranger en fait la demande, le recours à un dépôt par voie postale ou par une adresse électronique destinée à recevoir les envois du public. »
5. M. A... n’établit pas avoir fait appel au dispositif d'accueil et d'accompagnement pour bénéficier de l’appui du « Centre Contact Citoyen », prévu à l’article 2 de l’arrêté du 1er août 2023, ni avoir demandé en ligne un rendez-vous « Blocage ANEF » sur le site internet de la préfecture des Bouches-du-Rhône. D’une part, les démarches engagées auprès de « DGEF-support2 » du ministère de l'intérieur étaient relatives à un changement d’adresse électronique à la suite d’une impossibilité de se connecter. D’autre part, si M. A... a obtenu en ligne un rendez-vous pour le 9 juin 2026, celui-ci avait pour objet une « première demande de titre de séjour (hors ANEF) », non applicable à sa situation propre dès lors que l’intéressé est tenu de déposer sa demande au moyen du téléservice ANEF, ainsi qu’il a été indiqué au point 3. Le requérant ne justifie ainsi ni s’être vu délivrer préalablement à la saisine du tribunal un document du centre de contact citoyens attestant de l'impossibilité de déposer sa demande en ligne, ni avoir vainement tenté d’obtenir un rendez-vous « blocage ANEF » dans un point d’accueil numérique en préfecture pour déposer sa demande de titre selon cette modalité. Il suit de là que la requête de M. A... tendant à ce qu’il soit enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de prendre toutes mesures utiles pour lui permettre de déposer une demande de carte de séjour au moyen de la solution de substitution prévue à l’article 4 de l’arrêté du 1er août 2023 et de lui remettre un récépissé l’autorisant à travailler, ne peut qu’être rejetée.
6. Au surplus, eu égard aux conséquences qu’a sur la situation d’un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention d’un récépissé ou d’une attestation de prolongation d’instruction, la condition d’urgence est en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement un document de séjour.
7. M. A... était titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu’au 9 février 2024. Le requérant ne peut dès lors être regardé comme en sollicitant le renouvellement mais comme demandant un nouveau titre de séjour. Il lui appartient par suite de justifier de circonstances particulières caractérisant une situation d’urgence. Dépourvu durablement et de son propre fait de tout titre de séjour et ayant attendu plus de deux ans avant d’en demander un nouveau, M. A..., qui se borne à citer des décisions de juridictions administratives, ne fait état d’aucun élément propre à démontrer que l’impossibilité de déposer dès à présent une demande de titre de séjour entraînerait sur sa situation personnelle des conséquences telles qu’elles caractériseraient une situation d’urgence.
8. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée.
ORDONNE
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera transmise au préfet des Bouches-du-Rhône.
Fait à Marseille, le 1er juillet 2026.
Le juge des référés,
Signé
T. B...
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Pour la greffière en chef,
La greffière,