Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine enregistrée le 17 avril 2025, le président du conseil départemental de la Manche, défère M. A... B..., comme prévenu d’une contravention de grande voirie et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de condamner M. B... à une peine d’amende de 1 500 euros et, au titre de l’action domaniale, de lui enjoindre d’enlever son bateau, sous une astreinte journalière à compter de la notification du jugement à intervenir.
Il soutient qu’il a été constaté le 24 mars 2025, que le navire immatriculé STA 21619, appartenant à M. B..., était stationné, sans droit ni titre, à l’intérieur de la zone technique du port départemental de Saint-Vaast-La-Hougue, dans un état dégradé, portant atteinte au domaine public maritime et à la bonne exécution de l’activité portuaire, sans que l’intéressé ait pris les mesures nécessaires pour l’enlèvement du bateau malgré la mise en demeure qui lui a été adressée par le département de la Manche le 12 février 2025 ; qu’ont ainsi été méconnus les articles L. 5335-1, R. 5337-2 et R. 5333-9 du code des transports et L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques.
La saisine a été communiquée à M. A... B..., qui n’a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 18 mars 2026, la clôture de l’instruction a été fixée au 10 avril 2026
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé 24 mars 2025 pour non-respect des articles L. 5335-1 et R. 5337-2 du code des transports ;
- la signification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- la mise en demeure d’enlever son bateau avant le 10 mars 2025 de la zone où il est stationné ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme C... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme C... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / (…) ». Aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article R. 5337-1 du même code : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». L’article L. 5335-4 du même code interdit de laisser séjourner sur les quais, terre-pleins et dépendances d'un port maritime au-delà du délai prévu par le règlement général de police ou, si le délai prévu est plus long, par le règlement particulier, tous véhicules, objets, matériaux ou autres, dès lors qu'ils stationnent ou ont été déposés sans autorisation sur les quais, terre-pleins et dépendances d'un port maritime. Aux termes de l’article R. 5333-9 du même code : « Il est interdit à tout navire, bateau ou engin flottant, à l'intérieur du port et dans la zone maritime et fluviale de régulation, de stationner hors des emplacements qui lui ont été attribués et de faire obstacle à la libre circulation. / (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 5335-1 du code des transports : « Le propriétaire et l'armateur du navire, bateau ou autre engin flottant qui se trouve hors d'état de naviguer ou de faire mouvement procède à sa remise en état ou à son enlèvement ». Aux termes de l’article R. 5337-2 du même code : « Tout capitaine, maître ou patron d'un bateau, navire ou engin flottant doit, dans les limites d'un port maritime, obéir aux ordres donnés par les officiers de port, officiers de port adjoints, surveillants de port et auxiliaires de surveillance concernant les mesures de sécurité et de police destinées à assurer la protection et la conservation du domaine public des ports maritimes. / Le fait de ne pas obtempérer aux ordres prévus au premier alinéa est puni de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ».
Enfin, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». L’article L. 2132-27 du même code précise que les sanctions des occupants sans titre d’une dépendance du domaine public qui se commettent chaque journée peuvent donner lieu au prononcé d'une amende pour chaque jour où l'occupation est constatée, lorsque cette occupation sans titre compromet l'accès à cette dépendance, son exploitation ou sa sécurité. Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
D’une part, il résulte de l’instruction que M. A... B..., est propriétaire d’un bateau de plaisance immatriculé STA 21619, qui était stationné, sans droit ni titre, le 24 mars 2025, à l’intérieur de la zone technique du port départemental de Saint-Vaast-La-Hougue depuis le 31 décembre 2024, date d’échéance du séjour de ce bateau déclaré à la direction du port, en contravention avec les dispositions de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques, en dépit de la mise en demeure du 12 février 2025 d’enlever le bateau avant le 10 mars 2025. Ces faits constatés par le procès-verbal de contravention de grande voirie du 24 mars 2025 dressé par le surveillant de port itinérant, dont la matérialité n’est pas contestée, sont constitutifs d’une première contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, L. 5335-1 du code des transports, L. 2122-1, L. 2132-26 et L. 2132-27 du code général de la propriété des personnes publiques.
D’autre part, il résulte de l’instruction que le surveillant de port itinérant a constaté le 12 février 2025 l’état de dégradation du bateau de plaisance immatriculé STA 21619, appartenant à M. B..., qu’il a documenté par des photographies établissant que ce bateau était hors d’état de naviguer et que M. B... n’a pas procédé à la remise en état de son bateau pas davantage qu’il n’a respecté la mise en demeure qui lui a été faite le 12 février 2025 d’enlever son bateau du domaine public portuaire. Ces faits constatés par le procès-verbal de contravention de grande voirie du 24 mars 2025 dressé par le surveillant de port itinérant, dont la matérialité n’est pas contestée, sont également constitutifs d’une contravention de grande voirie prévue et réprimées par les articles L. 5337-1, L. 5335-4 et R. 5337-2 du code des transports et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
Lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la gravité des manquements marqués par la durée prolongée du stationnement du bateau à l’intérieur de la zone technique du port départemental de Saint-Vaast-La-Hougue et de la gêne occasionnée par le stationnement de ce bateau hors d’état de naviguer au bon fonctionnement des installations portuaires, de condamner M. B... à payer à l’Etat une première amende de 750 euros pour avoir occupé sans autorisation le domaine public portuaire, et une seconde amende de 750 euros pour avoir méconnu son obligation de remise en état et d’enlèvement et n’avoir pas respecté la mise en demeure qui lui a été adressée.
Sur l’action domaniale :
Lorsqu'il qualifie de contravention de grande voirie des faits d'occupation irrégulière d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, saisi d'un procès-verbal accompagné ou non de conclusions de l'administration tendant à l'évacuation de cette dépendance, d'enjoindre au contrevenant de libérer sans délai le domaine public et, s'il l'estime nécessaire et au besoin d'office, de prononcer une astreinte.
M. B... ne justifie d’aucune autorisation pour occuper le domaine public portuaire. A la date de la présente décision, il n’est pas contesté qu’il n’a pas procédé au retrait de son bateau de la zone technique du port départemental de Saint-Vaast-La-Hougue. Il devra procéder à l’enlèvement de son bateau des dépendances du domaine public portuaire dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. A l’expiration de ce délai, l’administration sera autorisée à procéder d’office à ces opérations aux frais et risques du contrevenant.
D E C I D E :
Article 1er : M. B..., est condamné à payer deux amendes de 750 euros soit une somme totale de 1 500 euros.
Article 2 : M. B... devra procéder, s’il ne l’a déjà fait, à l’enlèvement de son bateau du domaine public portuaire dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au président du conseil départemental de la Manche pour notification à M. A... B..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
Mireille C...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet