Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine et un mémoire, enregistrés les 10 juin 2025 et 8 octobre 2025, le président du conseil départemental de la Manche, défère M. B... C..., comme prévenu d’une contravention de grande voirie et demande au tribunal au titre de l’action publique de le condamner au paiement d’une amende de 1500 euros sur le fondement des articles L. 5337-1 et R. 5337-1 du code des transports et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques pour avoir navigué à vitesse excessive à l’intérieur de la zone portuaire du port de Granville.
Il soutient que les faits, établis par un procès-verbal du 10 juin 2024, d’excès de vitesse commis le 9 juin 2024, par M. C... avec son véhicule nautique à moteur immatriculé CH G66923, constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles 7-2 du règlement particulier de police du port départemental Granville et R. 5 337-1 du code des transports ; que M. C..., plaisancier expérimenté ne peut se prévaloir de n’avoir pas eu connaissance de la règle, pas davantage que du défaut de signalisation des limites de la zone portuaire ; que la dangerosité de sa conduite est d’autant plus marquée que son excès de vitesse a été constaté en sortie de la zone du bassin du Hérel où se croisent les bateaux en provenance de plusieurs zones du port et que la vague d’étrave engendrée est dangereuse pour la navigation et les infrastructures.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2025, M. C... conclut à la relaxe.
Il fait valoir qu’il a pris la précaution avant sa sortie en mer à Granville de se renseigner auprès de la capitainerie sur les conditions de navigation dans la baie du Mont-Saint-Michel et dans la zone du port de Granville et qu’il ne lui a pas été précisé que la zone en sortie du port du Hérel délimitée par une ligne virtuelle entre une balise et un flanc de falaise était soumise à une limitation de vitesse ; cette zone n’est pas matérialisée ; marin expérimenté il n’a jamais été sanctionné pour excès de vitesse et a dépassé la vitesse limitée par ignorance de la limitation qu’il ne pouvait connaitre.
Par une ordonnance du 5 mai 2026, la clôture d’instruction a été prononcée au 26 mai 2026.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 10 juin 2024 pour non-respect de l’article 7-2 du règlement particulier de police du port départemental Granville réprimé par l’article R. 5337-1 du code des transports ;
- le procès-verbal d’audition de M. C... dressé le 12 juin 2024 ;
- la notification du procès-verbal de contravention de grande voirie, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Granville ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme A... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme A... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». Aux termes de l’article 7-2 de l’arrêté du 26 février 2026 du président du conseil départemental de la Manche portant règlement particulier de police applicable du port de Granville : « Vitesse / La vitesse maximum tolérée à l’intérieur des limites administratives du port est de 5 nœuds. Excepté la zone du bassin du Hérel, limitée à 3 nœuds ».
D’autre part, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction que M. C..., est propriétaire d’un véhicule nautique à moteur immatriculé CH G66923, qui est sorti, le 9 juin 2024 à 9h10, du port du Hérel à Granville par la passe la plus à l’est, proche de la cale de mise à l’eau, et, après avoir dépassé le bassin d’évolution du centre régional de nautisme à Granville, a accéléré fortement au point de dépasser la limitation de vitesse autorisée de 5 nœuds dans les limites administratives du port de Granville provoquant une vague d’étrave et de sillage significative de ce dépassement de vitesse. Ces faits constatés par le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé le 10 juin 2024 par un adjudant-chef de la brigade nautique de Granville, et dont la matérialité n’est pas contestée, sont constitutifs d’une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles 7-2 du règlement particulier de police du port départemental Granville, L. 5337-1 du code des transports et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
En premier lieu, lorsque le juge administratif est saisi d’un procès‑verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement relaxer le contrevenant des poursuites engagées à son encontre, ou le décharger de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public, qu’au cas où ce dernier produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.
Il résulte de l’instruction que M. C... reconnaît les faits d’excès de vitesse qui lui sont reprochés. En affirmant qu’il ne pouvait pas avoir connaissance des limites de la zone portuaire soumise à limitation de vitesse en l’absence de matérialisation physique de cette règle et dès lors que cette information ne lui a pas été communiquée lorsqu’il est allé se renseigner à la capitainerie, M. C... invoque sa bonne foi, toutefois ce moyen doit être écarté, dès lors que l'absence d'élément intentionnel ne constitue pas une cause d'exonération. Au demeurant, en sa qualité de plaisancier expérimenté M. C... ne pouvait ignorer les règles et les outils de navigation qui indiquent les limitations de vitesse et cartographient les limites des zones portuaires.
En second lieu, lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la gravité du manquement mais aussi de son absence de conséquence dommageable, de condamner M. C..., qui n’est pas en état de récidive, à payer à l’Etat une amende de 1 000 euros pour les faits susmentionnés d’excès de vitesse dans la zone portuaire du port de Granville.
Sur l’action domaniale :
Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’infraction constatée n’a porté aucune atteinte à l’intégrité du domaine public portuaire, ni entrainé une occupation illicite du domaine public à laquelle il conviendrait de mettre un terme. Par suite, l’action domaniale est sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : M. C..., est condamné à payer une amende de 1 000 euros.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au président du conseil départemental de la Manche pour notification à M. B... C..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
Signé
Mireille A...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet