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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2501972

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2501972

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2501972
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation2ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine enregistrée le 24 juin 2025, le préfet de la Manche, défère M. A... C..., comme prévenu d’une contravention de grande voirie, pour avoir mis son navire au mouillage sur corps mort enterré sur le domaine public maritime à Réville, et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de condamner M. A... C... à une peine d’amende de 1 500 euros et, au titre de l’action domaniale, de lui enjoindre de retirer son point de mouillage et de remettre en état le site.

Il soutient que les faits établis par procès-verbal constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2122-1, L. 2132-3, L. 2132-2 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ; que le prévenu a mouillé son navire sur corps mort sans autorisation et en dépit d’un premier avertissement en septembre 2022.


Par des mémoires en défense, enregistrés les 26 juin 2025 et 7 juillet 2025, M. C... conclut à la relaxe.

Il fait valoir qu’il ne conteste pas les constats du procès-verbal de contravention de grande voirie ; qu’en 2022 il a exécuté la mise en demeure de retirer le corps mort qu’il avait installé ; qu’il a agi de bonne foi après avoir été induit en erreur par la présence de bateaux et les dires d’un ami lorsqu’il a réinstallé un corps mort devant chez lui en 2025 comme sa famille en a pris l’habitude depuis 1948 ; que suite à la notification du procès-verbal de constat d’infraction il a immédiatement retiré son bateau de son corps mort et l’a déplacé sur un mouillage autorisé et a retiré le corps mort ; que le montant de l’amende porté à 1 500 euros est disproportionné.


Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé 2 juin 2025 pour mouillage sans autorisation sur corps mort enterré sur le domaine public, à Réville, du navire dénommé « L’Ėpivent », immatriculé CH D39711, en état de récidive ;
- la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le décret n° 2003-172 du 25 février 2003 ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.

La présidente du tribunal a désigné Mme B... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme B... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.


Considérant ce qui suit :


Sur l’action publique :

Aux termes de l’article L. 2122-1 du code général de la propriété des personnes publiques : « Nul ne peut, sans disposer d’un titre l’y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d’une personne publique mentionnée à l’article L. 1 ou l’utiliser dans des limites dépassant le droit d’usage qui appartient à tous. (…) ». Aux termes de l’article L. 2132-3 du même code : « Nul ne peut bâtir sur le domaine public maritime ou y réaliser quelque aménagement ou quelque ouvrage que ce soit sous peine de leur démolition, de confiscation des matériaux et d’amende. / Nul ne peut en outre, sur ce domaine, procéder à des dépôts ou à des extractions, ni se livrer à des dégradations. ». Aux termes de l’article L. 2132-2 du même code : « Les contraventions de grande voirie sont instituées par la loi ou par décret, selon le montant de l'amende encourue, en vue de la répression des manquements aux textes qui ont pour objet, pour les dépendances du domaine public n'appartenant pas à la voirie routière, la protection soit de l'intégrité ou de l'utilisation de ce domaine public, soit d'une servitude administrative mentionnée à l'article L. 2131-1. / Elles sont constatées, poursuivies et réprimées par voie administrative. ». Aux termes de l’article L. 2132-26 du même code : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d’un montant plus élevé, l’amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l’article 131-13 du code pénal (…). ». Aux termes de l’article 1er du décret du 25 février 2003 relatif aux peines d'amende applicables aux infractions de grande voirie commises sur le domaine public maritime en dehors des ports : « Toute infraction en matière de grande voirie commise sur le domaine public maritime en dehors des ports, et autres que celles concernant les amers, feux, phares et centres de surveillance de la navigation maritime prévues par la loi du 27 novembre 1987 susvisée, est punie de la peine d'amende prévue par l'article 131-13 du code pénal pour les contraventions de la 5e classe ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la cinquième classe montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention constitue un délit ».

Il résulte de l’instruction, notamment des énonciations non contestées du procès-verbal dressé le 2 juin 2025, que le mouillage du navire « L’Ėpivent » immatriculé CH D39711, appartenant à M. A... C... a été constaté le 20 mai 2025 sur la commune de Réville en dehors d’une zone de mouillage autorisé et que le navire en cause était amarré à un dispositif d’ancrage permanent, dit « corps-mort ». Un précédent procès-verbal portant sur des faits de même nature avait donné lieu le 9 septembre 2022 à une mise en demeure adressée à M. C... de faire cesser l’occupation du domaine public maritime et de procéder à l’enlèvement du corps mort. Il n’est pas contesté que M. C... a respecté cette mise en demeure jusqu’à ce qu’en 2025, il installe de nouveau un corps mort sur le domaine public maritime, à proximité de sa maison, en dehors d’une zone de mouillage autorisée. L’aménagement sans autorisation d’un point de mouillage sur le domaine public maritime, ainsi que l’occupation du domaine public en résultant, présentent le caractère d’une contravention de grande voirie et sont au nombre des infractions sanctionnées par les dispositions précitées du code général de la propriété des personnes publiques.

En premier lieu, lorsque le juge administratif est saisi d’un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement relaxer le contrevenant des poursuites engagées à son encontre, ou le décharger de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public, qu’au cas où ce dernier produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.

M. C... invoque sa bonne foi, en se fondant sur une pratique habituelle de longue date pratiquée de générations en générations dans sa famille et sur des informations erronées auxquelles il a accordé foi en dépit de la mise en demeure qu’il avait respectée en 2022. Toutefois, ce moyen doit être écarté comme inopérant dès lors que l'absence d'élément intentionnel ne constitue pas une cause d'exonération.

En second lieu, lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de condamner M. C..., qui n’a jusqu’ici pas été condamné pour la commission d’une précédente contravention de grande voirie et dont il n’est pas contesté qu’il a procédé à l’enlèvement du corps mort et au déplacement de son bateau, à une amende de 500 euros pour les faits susmentionnés.

Sur l’action domaniale :

Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.

Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a plus lieu d’enjoindre à M. C..., qui y a déjà procédé, de retirer, hors du domaine public maritime, le point de mouillage et à remettre le site dans son état d’origine. Par suite, l’action domaniale est devenue sans objet.

D E C I D E :


Article 1er : M. A... C..., est condamné à payer une amende de 500 euros.

Article 2 : Il n’y a plus lieu de statuer sur l’action domaniale.

Article 3 : Le présent jugement sera adressé au préfet de la Manche pour notification à M. A... C..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La magistrate désignée,
Signé
Mireille B...

La greffière,
Signé
Mélanie COLLET






La République mande et ordonne au préfet de la Manche, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,



Mélanie Collet


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