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AccueilJurisprudence administrativeN° TA14-2502030

Tribunal Administratif de Caen — Décision N° TA14-2502030

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Caen
SectionTribunal Administratif de Caen
N° DossierTA14-2502030
TypeDécision
Formation2ème chambre JU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une saisine enregistrée le 30 juin 2025, le préfet du Calvados, défère la société Transport Buffet père et fils, comme prévenue d’une contravention de grande voirie, pour le franchissement du Pont de Colombelles par un de ses poids lourds le 27 mars 2025, et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de la condamner à une peine d’amende de 1 500 euros.

Il soutient que les faits établis par le procès-verbal du 13 mai 2025 de franchissement du pont de Colombelles par le poids lourd composé d’un véhicule tracteur et d’une remorque immatriculée FE-937-SG appartenant à la société Transport Buffet père et fils, en dépit de l’interdiction qui en est faite aux poids lourds de plus de 7,5 tonnes constituent une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, R. 5337-1 et R. 5333-25 du code des transports, 25 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ; que ce comportement met en danger l’infrastructure de l’ouvrage qui est affecté au domaine public portuaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2025, la société Transport Buffet père et fils, qui ne conteste pas que l’attelage de plus de 7,5 tonnes lui appartenant, composé d’un véhicule tracteur et d’une remorque d’une capacité de 44 tonnes, a emprunté le pont de Colombelles nonobstant l’interdiction pour les engins de plus de 7,5 tonnes d’emprunter ce pont, matérialisée par la signalisation routière, doit être regardée comme concluant à la relaxe.

Elle soutient qu’elle s’est séparée du chauffeur qui a commis cette faute depuis ces faits ; qu’elle déploie ses efforts pour accompagner son personnel dans le respect des règles de sécurité routière et de protection du domaine public ; qu’elle est pour la première fois confrontée à une contravention de ce type et développe des actions de prévention pour que ses salariés respectent les règles de circulation particulières de l’agglomération caennaise ; qu’elle est de bonne foi.


Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé 13 mai 2025 pour non-respect des articles R. 5333-25 et R. 5 337-1 du code des transports et 25 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 ;
- le certificat constatant la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la route ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.


La présidente du tribunal a désigné Mme A... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme A... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.



Considérant ce qui suit :

Sur l’action publique :

De première part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…) ». Aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». Aux termes de l’article R. 5333-25 du même code : « Le code de la route s'applique dans les zones ouvertes à la circulation publique. (…)».

De deuxième part, aux termes du 1. de l’article 25 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 : « Les dispositions du code de la route s’appliquent sur l’ensemble des limites administratives du port de Caen Ouistreham y compris à l’intérieur des installations portuaires et des zones d’accès restreint. ». Aux termes de l’article R. 412-4 du code de la route : « Sur les ponts qui n'offriraient pas toutes les garanties nécessaires à la sécurité des passages, le préfet pour la voirie nationale ainsi que pour les routes classées à grande circulation, le président du conseil exécutif pour les routes nationales en Corse, le président du conseil départemental pour les routes départementales ou le maire pour la voirie communale peut prendre toutes dispositions de nature à assurer cette sécurité. Le maximum de la charge autorisée et les mesures prescrites pour la protection et l'emprunt de ces ponts sont, dans tous les cas, placardés à leur entrée et à leur sortie de manière à être parfaitement visibles des conducteurs. / En cas d'urgence ou de péril imminent, le maire peut prendre les mesures provisoires que lui paraît commander la sécurité publique, sauf à en informer le préfet et, si le réseau routier départemental est concerné par ces mesures, le président du conseil départemental. / Les dispositions prises en application du présent article ne sont applicables ni aux convois et transports militaires, qui font l'objet de règles particulières, ni, lorsque l'urgence le justifie, aux véhicules des services d'incendie et de secours et des formations militaires de la sécurité civile. / Le fait, pour tout conducteur, de contrevenir aux dispositions concernant le passage des ponts est puni de l'amende prévue pour les contraventions de la cinquième classe. / La récidive de cette contravention est réprimée conformément à l'article 132-11 du code pénal. / Tout conducteur coupable de cette infraction encourt également la peine complémentaire de suspension, pour une durée de trois ans au plus, du permis de conduire, cette suspension pouvant être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle. / L'immobilisation peut être prescrite dans les conditions prévues aux articles L. 325-1 à L. 325-3. ».

De troisième part, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande voirie ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal. Dans tous les textes qui prévoient des peines d'amendes d'un montant inférieur ou ne fixent pas le montant de ces peines, le montant maximum des amendes encourues est celui prévu par le 5° de l'article 131-13 (…) ». Selon l’article 131-13 du code pénal les contraventions de quatrième classe sont punies d’une amende de 750 euros au plus et celles de cinquième classe d’une amende de 1 500 euros au plus dont le montant peut être porté à 3000 euros en cas de récidive.

En premier lieu, la personne qui peut être poursuivie pour contravention de grande voirie est, soit celle qui a commis ou pour le compte de laquelle a été commise l'action qui est à l'origine de l'infraction, soit celle sous la garde de laquelle se trouvait la chose qui a été la cause du dommage.

Il résulte de l’instruction que, le 28 mars 2025, l’officier de port adjoint de Caen-Ouistreham a relevé que le conducteur du poids lourd, composé d’un véhicule tracteur et d’une remorque immatriculée FE-937-SG, a franchi le pont de Colombelles sans respecter la restriction de poids des véhicules terrestres à moteur en empruntant ce pont tournant relevant du domaine portuaire du port de Caen-Ouistreham. Ces faits dont la matérialité n’est pas contestée par la société Transport Buffet père et fils propriétaire du véhicule dont elle précise qu’il a une capacité de 44 tonnes et pour le compte de laquelle le chauffeur conduisait, sont constitutifs d’une infraction prévue et réprimée par les articles L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et R. 412-4 du code de la route dont l’entreprise est susceptible de répondre.

En deuxième lieu, lorsque le juge administratif est saisi d’un procès-verbal de contravention de grande voirie, il ne peut légalement relaxer le contrevenant des poursuites engagées à son encontre, ou le décharger de l'obligation de réparer les atteintes portées au domaine public, qu’au cas où ce dernier produit des éléments de nature à établir que le dommage est imputable, de façon exclusive, à un cas de force majeure ou à un fait de l'administration assimilable à un cas de force majeure.

Si la société Transport Buffet père et fils fait valoir le caractère exceptionnel de ce manquement commis par un salarié dont elle s’est ensuite séparée et ses efforts pour accompagner ses salariés et prévenir la commission de nouvelles contraventions de ce type, elle n’évoque pas de circonstances qui seraient de nature à révéler qu’un cas de force majeure ou un fait de l’administration assimilable à la force majeure serait de nature à constituer une cause exonératoire dont elle pourrait se prévaloir. La société Transport Buffet père et fils invoque sa bonne foi, toutefois ce moyen doit être écarté comme inopérant dès lors que l'absence d'élément intentionnel ne constitue pas une cause d'exonération.

En troisième lieu, lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences.

Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, compte tenu de la nature de la faute consistant à contrevenir à une interdiction de circulation et du fait que ce manquement, réalisé avec un poids lourd d’une capacité de 44 tonnes, participe à fragiliser le mécanisme du pont tournant de Colombelles, de condamner la société Transport Buffet père et fils à une amende de 1 500 euros pour les faits susmentionnés de circulation interdite aux poids lourds de 7,5 tonnes sur le pont de Colombelles.


Sur l’action domaniale :

Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.

En l’espèce, il résulte de l’instruction que si la circulation par un poids lourd de plus de 7,5 tonnes sur le pont de Colombelles a contribué à aggraver l’usure du mécanisme de pont tournant de cet ouvrage portuaire et ainsi porté atteinte à l’intégrité du domaine public portuaire, elle n’a toutefois n’a pas d’effet dommageable directement identifiable et évaluable. Par suite, l’action domaniale est sans objet.


D E C I D E :


Article 1er : La société Transport Buffet père et fils est condamnée à payer une amende de 1 500 euros.

Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié au préfet du Calvados pour notification à la société Transport Buffet père et fils dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La magistrate désignée,
Signé
Mireille A...

La greffière,
Signé
Mélanie COLLET






La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


Pour expédition conforme,
La greffière,



Mélanie Collet


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