Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine enregistrée le 4 juillet 2025, le préfet du Calvados, défère M. A... B..., comme prévenu d’une contravention de grande voirie pour avoir franchi la barrière de sécurité équipée d’un panneau matérialisant l’interdiction faite aux piétons de circuler sur le pont de Colombelles le 25 mai 2025 et d’y avoir circulé en dépit de l’ordre de l’officier de port lui intimant de quitter le pont et condamne par suite M. B... au paiement d’une amende de 1 500 euros.
Il soutient que les faits du 25 mai 2025, établis par le procès-verbal du 4 juin 2025, sont constitutifs d’une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 5337-1, R. 5337-1 et R. 5333-25 du code des transports, 25.1 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
La saisine a été communiquée à M. A... B..., qui n’a pas produit de mémoire.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie n° 029/2025 dressé le 4 juin 2025 pour non-respect des articles R. 5333-25 du code des transports et 25.1 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 ;
- la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de la route ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Caen Ouistreham ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme C... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme C... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…) ». Aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ». Aux termes de l’article R. 5333-25 du même code : « Le code de la route s'applique dans les zones ouvertes à la circulation publique. (…) ».
D’autre part, aux termes du 1. de l’article 25 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 : « Les dispositions du code de la route s’appliquent sur l’ensemble des limites administratives du port de Caen Ouistreham y compris à l’intérieur des installations portuaires et des zones d’accès restreint. ». Aux termes de l’article R.411-25 du code de la route ; « Le ministre chargé de la voirie nationale et le ministre de l'intérieur fixent par arrêté conjoint publié au Journal officiel de la République française les conditions dans lesquelles est établie la signalisation routière pour signifier une prescription de l'autorité investie du pouvoir de police ou donner une information aux usagers./ (…) / Les usagers doivent respecter en toutes circonstances les indications résultant de la signalisation établie conformément au premier alinéa. / (…) ».
Enfin, aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction et en particulier du procès-verbal de contravention de grande voirie du 4 juin 2025, que le 25 mai 2025 durant la descente des concurrents de la Normandie Channel Race vers Ouistreham, alors que le pont tournant de Colombelles était ouvert pour laisser passer les bateaux, M. B... a franchi à pied la barrière baissée pour interdire l’accès au pont de Colombelles sur laquelle est également matérialisée, par un panneau de signalisation, l’interdiction qui en est faite aux piétons. En dépit du rappel à l’ordre qui lui a été fait par haut-parleurs par l’officier de port qui lui a intimé l’ordre de quitter les lieux en repassant du bon côté de la barrière, il s’est maintenu dans cet espace interdit et a ainsi encouragé d’autres badauds à franchir la barrière. Ces faits constatés par le procès-verbal de contravention de grande voirie dressé par l’officier de port, et dont la matérialité n’est pas contestée, sont constitutifs d’une contravention de grande voirie prévue et réprimée par les articles L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques et R. 411-25 du code de la route.
Lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de condamner M. B..., à une amende de 500 euros pour avoir franchi la barrière de sécurité et s’être maintenu dans l’espace interdit à la circulation des piétons pour disposer d’un meilleur point de vue sur la course nautique en dépit de la signalisation d’interdiction et de l’ordre de l’officier de port de rebrousser chemin, incitant d’autres badauds à l’imiter et empêchant par sa présence la manœuvre du pont.
Sur l’action domaniale :
Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que l’infraction constatée n’a porté aucune atteinte à l’intégrité du domaine public portuaire, ni entrainé une occupation illicite du domaine public à laquelle il conviendrait de mettre un terme. Par suite, l’action domaniale est sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : M. B..., est condamné à payer une amende de 500 euros.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au préfet du Calvados pour notification à M. A... B..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026
La magistrate désignée,
Signé
Mireille C...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Mélanie Collet