Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une saisine enregistrée le 4 juillet 2025, le préfet du Calvados, défère M. B... A..., comme prévenu de plusieurs contraventions de grande voirie pour avoir, le 30 avril 2025, à bord du navire dénommé « JUSTFORFUN », immatriculé CND16504, circulé sur le canal, en direction de l’écluse est, sans autorisation préalable de l’officier de port adjoint, et pour avoir navigué à vitesse excessive jusqu’à l’écluse est, dans laquelle il a pénétré, alors qu’elle était en cours de fermeture, en dépit des feux de signalisation au rouge, interdisant de faire mouvement, et demande au tribunal, au titre de l’action publique, de le condamner à une peine d’amende pour chacune de ces infractions.
Il soutient que les faits du 30 avril 2025, établis par le procès-verbal du 5 mai 2025, sont constitutifs de plusieurs contraventions de grande voirie prévues et réprimées par les articles L. 5337-1, L. 5337-5, R. 5337-1 et R. 5333-8 du code des transports, 8.4 et 32 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 et L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques.
La saisine a été communiquée à M. B... A..., qui n’a pas produit de mémoire.
Vu :
- le procès-verbal de contravention de grande voirie n° 019/2025 dressé le 5 mai 2025 pour non-respect le 30 avril 2025 des articles 8.4 et 32 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 règlementant les mouvements de bateaux sur le plan d’eau et limitant la vitesse, L. 5334-5 et R.5333-8 du code des transports ;
- la notification du procès-verbal, comportant invitation à produire une défense écrite ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code pénal ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code des transports ;
- le règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham ;
- le code de justice administrative, notamment son article L. 774-1.
La présidente du tribunal a désigné Mme C... en application de l’article L.774-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme C... ;
les conclusions de M. Martinez, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
Sur l’action publique :
D’une part, aux termes de l’article L. 5337-1 du code des transports : « Sans préjudice des sanctions pénales encourues, tout manquement aux dispositions du chapitre V du présent titre, à celles du présent chapitre et aux dispositions réglementant l'utilisation du domaine public, notamment celles relatives aux occupations sans titre, constitue une contravention de grande voirie réprimée dans les conditions prévues par les dispositions du présent chapitre. (…)». Aux termes de l’article R. 5337-1 du code des transports : « Constitue une contravention de grande voirie la violation des interdictions ou le manquement aux obligations prévues par le règlement général de police défini au chapitre III et par les règlements locaux le complétant. / Sauf disposition législative contraire, ces contraventions sont punies de l'amende prévue par le premier alinéa de l'article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques. ». Aux termes de l’article L. 5334-5 du même code : « Dans les limites administratives du port maritime et à l'intérieur de la zone maritime et fluviale de régulation mentionnée à l'article L. 5331-1, tout capitaine, maître ou patron d'un navire, d'un bateau ou de tout autre engin flottant est tenu d'obtempérer aux signaux réglementaires ou aux ordres donnés, par quelque moyen que ce soit, par les officiers de port, officiers de port adjoints ou surveillants de port concernant le mouvement de son navire, bateau ou engin ». Aux termes de l’article R. 5333-8 du code des transports : « Les officiers de port, officiers de port adjoints et les surveillants de port, agissant au nom de l'autorité investie du pouvoir de police portuaire, autorisent l'accès au port et le départ du port de tous les navires, bateaux et engins flottants. (…) / Ils règlent l'ordre d'entrée et de sortie du port des navires, bateaux et engins flottants. Les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port peuvent interdire l'accès du port aux navires, bateaux et engins flottants dont l'entrée serait susceptible de compromettre la sûreté, la sécurité, la santé ou l'environnement ainsi que la conservation ou la bonne exploitation des ouvrages portuaires. / Ils ordonnent et dirigent tous les mouvements des navires, bateaux et engins flottants. Les mouvements des navires, bateaux et engins flottants sont effectués conformément à la signalisation réglementaire. Cependant, les ordres donnés par les officiers de port, officiers de port adjoints et surveillants de port prévalent sur la signalisation. / Les mouvements des navires, bateaux et engins flottants s'effectuent conformément aux usages en matière de navigation et aux ordres reçus, sous la responsabilité de leur capitaine ou patron qui reste maître de la manœuvre et doit prendre les mesures nécessaires pour prévenir les accidents. Ils doivent s'effectuer à une vitesse qui ne soit pas préjudiciable aux autres usagers, aux chantiers de travaux maritimes et de sauvetage, aux passages d'eau, aux quais et appontements et autres installations. / (…) ».
D’autre part, aux termes de l’article 8.4 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham annexé à l’arrêté conjoint du préfet du Calvados et du président du syndicat mixte ouvert de Ports de Normandie du 6 février 2025 : « Les navires de pêches, les bateaux de plaisance et autres engins flottants ne sont autorisés à faire mouvement sur le plan d’eau que sur autorisation du chef de quart de la vigie de Ouistreham ». Aux termes de l’article 32 du même règlement : « Vitesse sur le plan d’eau / La vitesse est limitée à 7 nœuds sur l’ensemble des limites administratives du port de Caen Ouistreham, à l’exception de la base de vitesse (article33) et des trois zones suivantes où elle est réduite à 5 nœuds : / 1. Entre les écluses de Ouistreham et les chantiers navals de la zone du Maresquier. / 2. Entre le bassin d’évitage d’Hérouville-Saint-Clair et le bassin Saint Pierre. / 3. Dans l’avant-port entre les écluses de Ouistreham et la limite nord de la zone d’évitage. ».
Enfin, aux termes de l’article L. 5337-5 du code des transports : « Le fait, pour un capitaine, maître ou patron d'un navire, d'un bateau ou de tout autre engin flottant de ne pas obtempérer aux signaux ou aux ordres conformément aux dispositions de l'article L. 5334-5 est passible d'une amende calculée comme suit : / 1° Pour le navire, bateau ou autre engin flottant d'une longueur hors tout inférieure ou égale à 20 mètres : 500 € ; / (…) / ». Aux termes de l’article L. 2132-26 du code général de la propriété des personnes publiques : « Sous réserve des textes spéciaux édictant des amendes d'un montant plus élevé, l'amende prononcée pour les contraventions de grande ne peut excéder le montant prévu par le 5° de l'article 131-13 du code pénal (…) ». Aux termes de l’article 131-13 du code pénal : « (…) Le montant de l’amende est le suivant : (…) / 5° 1 500 euros au plus pour les contraventions de la 5ème classe, montant qui peut être porté à 3 000 euros en cas de récidive lorsque le règlement le prévoit, hors les cas où la loi prévoit que la récidive de la contravention est un délit ».
Il résulte de l’instruction et en particulier des termes du procès-verbal du 5 mai 2025 que le 30 avril 2025 à 13h18 un navire semi rigide dénommé « JUSTFORFUN » immatriculé CND16504 piloté par son propriétaire, M. A..., a navigué sur le canal, en direction de l’écluse est, sans s’être signalé. Après avoir accéléré et avoir franchi les feux d’écluses, passés au rouge pour en interdire l’accès, il a pénétré dans l’écluse est, à l’amont, à une vitesse dépassant les cinq nœuds alors que la porte était en cours de fermeture. M. A... interpelé par l’officier de port adjoint sur le quai de l’écluse n’a pas contesté la matérialité de ces faits qui, constatés par procès-verbal, établissement que M. A... a commis trois contraventions de grande voirie pour n’avoir pas demandé l’autorisation de circuler sur le plan d’eau en contravention avec les dispositions précitées de l’article 8.4 du règlement particulier de police du port de Caen-Ouistreham, pour n’avoir pas respecté les feux de signalisation de l‘écluse passés au rouge en infraction aux dispositions de l’article R. 5333-8 du code des transports et pour avoir excédé la vitesse règlementée par les dispositions précitées de l’article 32 du règlement du port de Caen Ouistreham.
Lorsqu’il retient la qualification de contravention de grande voirie s’agissant des faits qui lui sont soumis, le juge est tenu d’infliger une amende au contrevenant. Alors même que les dispositions précitées ne prévoient pas de modulation des amendes, le juge, qui est le seul à les prononcer, peut toutefois, dans le cadre de ce contentieux répressif, moduler leur montant dans la limite du plafond prévu par la loi et du plancher que constitue le montant de la sanction directement inférieure, pour tenir compte de la gravité de la faute commise, laquelle est appréciée au regard de la nature du manquement et de ses conséquences. Eu égard à la gravité des manquements commis par M. A... qui ont conduit la conductrice d’ouvrage à initier une manœuvre d’arrêt d’urgence, de leur dangerosité en ce qui concerne la sécurité de l’usage des infrastructures du port et du risque d’atteinte à leur intégrité, il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de condamner M. A... à payer à l’Etat trois amendes de 500 euros pour sanctionner chacune des trois contraventions de grande voirie commises.
Sur l’action domaniale :
Dès qu’il est saisi par une autorité compétente, le juge doit se prononcer tant sur l’action publique que sur l’action domaniale, que lui soient ou non présentées des conclusions en ce sens.
En l’espèce, il résulte de l’instruction que les infractions constatées n’ont porté aucune atteinte à l’intégrité du domaine public portuaire, ni entrainé une occupation illicite du domaine public à laquelle il conviendrait de mettre un terme. Par suite, l’action domaniale est sans objet.
D E C I D E :
Article 1er : M. A..., est condamné à payer trois amendes de 500 euros, soit une somme totale de 1 500 euros.
Article 2 : Il n’y a pas lieu de statuer sur l’action domaniale.
Article 3 : Le présent jugement sera adressé au préfet du Calvados pour notification à M. B... A..., dans les conditions prévues à l'article L. 774-6 du code de justice administrative
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026
La magistrate désignée,
Signé
Mireille C...
La greffière,
Signé
Mélanie COLLET
La République mande et ordonne au préfet du Calvados, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier en chef,
Mélanie Collet