Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 septembre 2025, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 11 juillet 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental du Doubs a rejeté le recours préalable exercé à l’encontre de la décision du 21 mars 2025 portant refus de lui délivrer une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».
Elle soutient que la décision est injustifiée dès lors qu’elle souffre de la maladie de Parkinson diagnostiquée le 17 septembre 2024, qu’elle est en affection longue durée depuis le 20 novembre 2024, qu’elle bénéficie d’un temps partiel thérapeutique en raison de contraintes motrices et d’une grande fatigabilité, qu’elle a obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé (RQTH) sans limitation de durée, qu’elle bénéficie d’un aménagement de son poste de travail, que son état de santé se dégrade chaque jour, et qu’en raison de raideurs des membres inférieurs et supérieurs gauches et de douleurs importantes au niveau des hanches, elle éprouve des difficultés importantes et durables pour se déplacer.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mai 2026, le département du Doubs conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la décision contestée est justifiée dès lors que la requérante ne justifie pas remplir les critères fixés par l’arrêté interministériel du 3 janvier 2017, son périmètre de marche étant illimité, malgré une marche réalisée à petits pas, tandis qu’elle ne nécessite pas de besoin d’accompagnement dans ses déplacements pédestres, n’utilise pas d’aide technique pour ses déplacements et n’a pas besoin d’oxygénothérapie.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique le rapport de M. C... et les observations de Mme A..., qui décrit les raisons pour lesquelles la délivrance de cette carte lui semble indispensable.
La clôture d’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A... a déposé auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Doubs un dossier afin de se voir délivrer la carte « mobilité inclusion » (CMI) portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ». Par une décision du 21 mars 2025, la présidente du conseil départemental du Doubs a refusé de délivrer la CMI sollicitée. Mme A... a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, explicitement rejeté par une décision du 11 juillet 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. – La carte " mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / (...) 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / (…) ». Le IV de l’article R. 241-12-1 du même code dispose que : « Pour l’attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ».
D'autre part, selon l’annexe de l’arrêté ministériel du 3 janvier 2017 visé ci-dessus, pris pour l’application de ces dispositions : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou ; / [b] - ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / (...). 3. Dispositions communes : / La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées. (...) ».
Dans le cas d’un contentieux portant sur une demande de carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d’annulation d’une décision lui refusant la délivrance d’une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » d’établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu’elle est atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.
En l’espèce, si Mme A... a obtenu la reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé et s’il est constant qu’elle présente des troubles du mouvement évolutifs dans le temps et entraînant des difficultés certaines de déplacements, les éléments qu’elle produit à l’appui de sa demande ne sont pas de nature à démontrer que son périmètre de marche serait inférieur à 200 mètres ni qu’elle aurait recours de manière systématique à une aide pour les déplacements extérieurs. En particulier, le certificat médical produit à l’appui de sa requête se borne à faire état de ses difficultés à trouver un stationnement proche de son lieu de travail à l’exception des places de parking réservées aux personnes disposant d’une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ». Ainsi, il ne résulte pas de l’instruction que Mme A... remplirait les critères fixés par les dispositions citées au point 2 pour l’obtention d’une CMI mention stationnement. Dès lors, le moyen tiré de ce qu’en refusant de lui attribuer la CMI mention stationnement, la présidente du conseil départemental du Doubs aurait fait une inexacte application des dispositions précitées doit être écarté.
Il résulte de ce qui précède que la requête de Mme A... doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., au département du Doubs.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la maison départementale des personnes handicapées du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le président,
O. C...La greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,