Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 septembre 2025, Mme B... A... demande au tribunal d’annuler la décision du 18 juillet 2025 par laquelle la présidente du conseil départemental du Doubs a rejeté le recours préalable exercé à l’encontre de la décision du 23 mai 2025 portant refus de lui renouveler sa carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».
Elle soutient que l’appréciation à laquelle s’est livrée l’administration dans la décision attaquée est erronée dès lors qu’elle ne peut marcher plus de 200 mètres sans ressentir des douleurs et des vertiges, qu’elle fait régulièrement des malaises si elle marche plus longtemps, qu’elle souffre du syndrome de Gitelman, d’hypokaliémie, d’hypomagnésémie, que son état de santé s’est détérioré et lui provoque de nombreuses difficultés, des douleurs et une fatigue permanente et le fait de ne plus disposer de cette carte lui ferait perdre son autonomie, tandis que ses symptômes exigent une assistance constante de sa famille.
Une mise en demeure a été adressée le 16 avril 2026 au département du Doubs, qui en a accusé réception le 17 avril 2026, sur le fondement des dispositions de l’article L. 612-3 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’action sociale et des familles ;
- l’arrêté du 3 janvier 2017 relatif aux modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, prévues aux articles R. 241-12-1 et R. 241-20-1 du code de l’action sociale et des familles ;
- le code de justice administrative.
Par une lettre du 28 mai 2026, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que le tribunal est susceptible d’enjoindre d’office la délivrance à Mme A... de la carte “mobilité inclusion” mention “stationnement pour personnes handicapées” avec une durée de validité de deux ans.
Par un mémoire, enregistré le 16 juin 2026, la présidente du conseil département du Doubs indique être désormais favorable à l’attribution de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».
Elle fait valoir qu’au vu du dossier présenté par la requérante, sa décision était fondée mais qu’au regard du certificat médical produit dans le cadre de la présente instance par la requérante, la carte mobilité inclusion peut lui être attribuée à compter du jugement à intervenir.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l’audience publique, après l’appel de l’affaire, les parties n’étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l’instruction a été prononcée en application de l’article R. 772-9 du code de justice administrative et le rapport de M. Di Candia, président, a été entendu.
Considérant ce qui suit :
Mme B... A... a déposé auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) du Doubs un dossier afin d’obtenir le renouvellement de sa carte « mobilité inclusion » (CMI) portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ». Par une décision du 23 mai 2025, la présidente du conseil départemental du Doubs a refusé de procéder au renouvellement de la CMI sollicitée. Mme A... a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision, explicitement rejeté par une décision du 18 juillet 2025.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
D’une part, aux termes de l’article L. 241-3 du code de l’action sociale et des familles : « I. – La carte " mobilité inclusion" destinée aux personnes physiques est délivrée par le président du conseil départemental au vu de l’appréciation, sur le fondement du 3° du I de l’article L. 241-6, de la commission mentionnée à l’article L. 146-9. Elle peut porter une ou plusieurs des mentions prévues aux 1° à 3° du présent I, à titre définitif ou pour une durée déterminée. / (...) 3° La mention " stationnement pour personnes handicapées " est attribuée à toute personne atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied ou qui impose qu’elle soit accompagnée par une tierce personne dans ses déplacements. / (…) ». Le IV de l’article R. 241-12-1 du même code dispose que : « Pour l’attribution de la mention “ stationnement pour personnes handicapées ”, un arrêté des ministres chargés des personnes handicapées, des personnes âgées et des anciens combattants définit les modalités d’appréciation d’une mobilité pédestre réduite et de la perte d’autonomie dans le déplacement individuel, en tenant compte notamment de la limitation du périmètre de marche de la personne ou de la nécessité pour celle-ci de recourir systématiquement à certaines aides techniques ou à une aide humaine lors de tous ses déplacements à l’extérieur ».
D'autre part, selon l’annexe de l’arrêté ministériel du 3 janvier 2017 visé ci-dessus, pris pour l’application de ces dispositions : « 1. Critère relatif à la réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied : / La capacité et l’autonomie de déplacement à pied s’apprécient à partir de l’activité relative aux déplacements à l’extérieur. / Une réduction importante de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied correspond à une difficulté grave dans la réalisation de cette activité et peut se retrouver chez des personnes présentant notamment un handicap lié à des déficiences motrices ou viscérales (exemple : insuffisance cardiaque ou respiratoire). / Ce critère est rempli dans les situations suivantes : / [a] - la personne a un périmètre de marche limité et inférieur à 200 mètres ; ou ; / [b] - ou la personne a systématiquement recours à l’une des aides suivantes pour ses déplacements extérieurs : / - une aide humaine ; / - une prothèse de membre inférieur ; / - une canne ou tous autres appareillages manipulés à l’aide d’un ou des deux membres supérieurs (exemple : déambulateur) ; / - un véhicule pour personnes handicapées : une personne qui doit utiliser systématiquement un fauteuil roulant pour ses déplacements extérieurs remplit les conditions d’attribution de la carte de stationnement pour personnes handicapées, y compris lorsqu’elle manœuvre seule et sans difficulté le fauteuil ; ou / [c] - la personne a recours, lors de tous ses déplacements extérieurs, à une oxygénothérapie. / 2. Critère relatif à l’accompagnement par une tierce personne pour les déplacements : / Ce critère concerne les personnes atteintes d’une altération d’une fonction mentale, cognitive, psychique ou sensorielle imposant qu’elles soient accompagnées par une tierce personne dans leurs déplacements. / Ce critère est rempli si elles ne peuvent effectuer aucun déplacement seules, y compris après apprentissage. / La nécessité d'un accompagnement s'impose dès lors que la personne risque d'être en danger ou a besoin d'une surveillance régulière. / (...). 3. Dispositions communes : / La réduction de la capacité et de l’autonomie de déplacement à pied ou le besoin d’accompagnement doit être définitif ou d’une durée prévisible d’au moins un an pour attribuer la carte de stationnement pour personnes handicapées. (...) ».
Dans le cas d’un contentieux portant sur une demande de carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », c’est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant à la date à laquelle il rend sa propre décision que le juge doit statuer.
Il appartient à la personne qui présente devant le juge administratif des conclusions à fin d’annulation d’une décision lui refusant la délivrance d’une carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » d’établir, par tous moyens et notamment par la production de justificatifs, qu’elle est atteinte d’un handicap qui réduit de manière importante et durable sa capacité et son autonomie de déplacement à pied.
Il résulte de l’instruction que Mme A... souffre d’un syndrome de Gitelman. Elle soutient sans être contredite qu’une première CMI stationnement lui a été délivrée à raison de sa pathologie et fait valoir que son état de santé se dégrade depuis lors. Elle produit à cet effet un certificat médical daté du 9 septembre 2025 émanant d’un médecin spécialisé dans les maladies du métabolisme minéral et osseux et de densitométrie osseuse de l’hôpital européen Georges Pompidou confirmant qu’elle souffre de ce syndrome de Gitelman et précisant que son périmètre de marche est inférieur à 200 mètres. Dans ces conditions, et ainsi que le reconnaît désormais le département, l’état de santé de Mme A..., qui implique une restriction importante et durable de sa capacité et de son autonomie de déplacement à pied, justifie que lui soit octroyée la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées ».
Il résulte de ce qui précède que Mme A... est fondée à demander l’annulation de la décision attaquée.
Sur l’injonction d’office :
Il y a lieu de reconnaître le droit pour l’intéressée à la délivrance de la carte « mobilité inclusion » portant la mention « stationnement pour personnes handicapées », pour une durée qui doit être fixée, dans les circonstances de l’espèce, à deux ans. Le présent jugement implique la délivrance d’une telle carte par la présidente du conseil départemental du Doubs dans un délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
D E C I D E :
Article 1er : La décision de la présidente du conseil départemental du Doubs du 18 juillet 2025 refusant à Mme A... le bénéfice de la carte « mobilité inclusion » mention « stationnement pour personnes handicapées » est annulée.
Article 2 : La carte mobilité inclusion portant la mention « stationnement pour personnes handicapées » est attribuée à Mme A... pour une durée de deux ans. Cette carte devra lui être délivrée par la présidente du conseil départemental du Doubs dans le délai d’un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au département du Doubs.
Une copie de ce jugement sera transmise, pour information, à la maison départementale des personnes handicapées du Doubs.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le président,
O. Di CandiaLa greffière,
N. Viennet
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition,
Un greffier,