Tribunal Administratif de Besançon — Décision N° TA25-2502374
mardi 1 septembre 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Besançon |
| Section | Tribunal Administratif de Besançon |
| N° Dossier | TA25-2502374 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Avocat requérant | CGBG |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 novembre 2025 et 18 mai 2026, M. A... E..., représenté par Me Tronche, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département du Doubs à lui verser une provision de 726 965,57 euros, à valoir sur l’indemnisation de ses préjudices nés de son accident de service du 18 septembre 2018 et de sa « rechute » du 9 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge du département du Doubs la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- victime d’un accident de service le 18 septembre 2018 et d’une « rechute » le 9 juin 2022, il peut prétendre à l’indemnisation des préjudices patrimoniaux d’une autre nature que ceux réparés par l’allocation temporaire d’invalidité et à l’indemnisation de ses préjudices personnels ; l’obligation dont il se prévaut n’apparaît pas sérieusement contestable dès lors que son accident du 18 septembre 2018 et sa « rechute » du 9 juin 2022 ont été reconnus imputables au service ;
- il peut également prétendre à la réparation intégrale de l’ensemble de ses préjudices dès lors que l’accident de service dont il a été victime est consécutif à la méconnaissance par le département du Doubs de ses obligations en matière de sécurité au travail ;
- l’expert judiciaire, le Dr B..., a fixé la date de consolidation globale de son état de santé, en lien avec l’accident du 18 septembre 2018 et ses suites, au 27 février 2024 ;
- il est demandé la somme totale de 2 431 euros (180 + 2 220 + 31) au titre de ses dépenses de santé avant consolidation ; ses autres frais hospitaliers, médicaux et paramédicaux ont été pris en charge par le département, par la sécurité sociale et/ou par sa mutuelle ;
- il est demandé une somme totale de 4 633,21 euros (575,41 + 2 043,61 + 2014,19) au titre des frais divers temporaires avant consolidation ;
- il est demandé 11 880 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels ;
- il est demandé 20 491,21 euros (2 431 + 4 633,21 + 11 880 + 1 547) au titre de l’assistance par une tierce personne ;
- il est demandé une somme de 40 350,72 euros (3 113,16 + 37 237,56) au titre des frais de logement et de véhicule adaptés ;
- il est demandé une somme de 1 304,78 euros au titre de ses frais divers permanents ;
- il est demandé une somme de 532 168,86 euros au titre de ses pertes de gains professionnels futurs et de l’incidence professionnelle ;
- il est demandé la somme de 9 750 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
- il est demandé la somme de 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
- il est demandé la somme de 87 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
- il est demandé la somme de 2 500 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;
- il est demandé la somme de 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- il est demandé la somme de 17 400 euros au titre de son préjudice d’agrément ;
- il est demandé la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;
- il a créé son activité saisonnière de nettoyage de piscines en 2024 et non 2020 ; cette activité qui ne génère pas de revenus suffisants pour vivre n’est pas la preuve de la capacité du requérant à occuper un emploi salarié à temps plein ;
- il ne peut absolument pas travailler 8h/jour au même poste et conserver une position fixe plus de 15 minutes, en raison des séquelles inhérentes à son accident de service ; en revanche, une activité indépendante lui permet d’adapter son temps de travail, de changer régulièrement de posture et de s’arrêter lorsque la douleur devient trop importante, ce qui est impossible dans un cadre salarial traditionnel ;
- le délai de prescription des dépenses de santé du requérant n’a commencé à courir qu’à compter de sa date de consolidation, soit le 27 février 2024 ;
- il est produit la facture acquittée du Dr D... ;
- la chirurgie pratiquée sur le requérant par le Dr G... n’est pas pratiquée dans l’est de la France ;
- la nécessité de se doter d’un véhicule équipé d’une boîte automatique est établie par l’expertise tout comme l’adaptation de sa salle de bains ;
- les dépenses de santé futures sont certaines.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2025, le département du Doubs, représenté par Me Suissa, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code justice administrative et, à titre subsidiaire, à la réduction des prétentions du requérant pour les ramener à de plus justes proportions, sans que la provision allouée ne puisse excéder 5 000 euros.
Le département du Doubs soutient que :
- les demandes de l’intéressé sont sérieusement contestables eu égard à sa double activité depuis 2020 d’entretien et rénovation de piscines, spa et terrasses ;
- certaines demandes sont prescrites, d’autres ne sont pas justifiées par une facture ;
- s’agissant des frais de déplacement pour consulter le docteur G... à Nantes puis à Vannes en 2022 et 2023, certaines pièces justificatives ne sont pas nominatives ; en outre, il n’est pas démontré, en dépit des conclusions expertales, qu’une intervention était exclue localement, notamment auprès du centre hospitalier de Besançon qui comprend un service de neurologie pratiquant la neurolyse infra piriforme ;
- le chiffrage des frais pour se rendre chez un kinésithérapeute entre 2019 et 2024 est erroné et en partie prescrit ;
- il ressort des conclusions expertales que l’aide d’une tierce personne n’était que « partielle » n’excédant pas 4 heures pendant les quatre mois qui ont suivi l’intervention du 27 février 2023, puis 3 heures ;
- l’indemnisation des pertes de gains professionnels, notamment des astreintes ou encore des heures supplémentaires n’est pas justifiée ;
- s’agissant du véhicule neuf, l’intéressé ne justifie pas d’un tel besoin dès lors qu’il a pu sans difficulté se rendre à Vannes avec son propre véhicule, puis en Suisse pour réaliser ses chantiers ; il ne justifie pas de l’acquisition d’un tel véhicule dès lors qu’il se borne à produire une offre commerciale ; enfin rien ne justifie qu’il fasse l’acquisition d’un véhicule neuf d’un montant de 43 137,56 euros, ni même qu’il soit indemnisé de la différence entre le montant de ce véhicule neuf et la valeur de reprise de son ancien véhicule (5 900 euros) ;
- s’agissant de la nouvelle configuration de la salle de bains, il en va de même d’autant plus que sa double activité vient contredire le récit qu’il a pu livrer jusqu’à présent ;
- s’agissant des dépenses de santé futures, le requérant bénéficie d’une prise en charge de ses frais et traitements en lien avec l’accident ; il conviendra donc de justifier de ces frais et soins en vue d’en solliciter le remboursement en temps utile ; le versement d’une indemnisation, sous la forme d’un capital, à raison de tels frais n’est donc pas envisageable dès lors que la créance n’est pas certaine, voire contredite par l’activité que l’intéressé poursuit au regard des vidéos diffusées en ligne et les commentaires laissés par ses clients ;
- s’agissant des pertes de gains professionnels futurs et l’incidence professionnelle, il ne peut prétendre au mieux qu’à la somme de 239 705,52 euros, eu égard au cumul de sa pension et de sa rentre d’invalidité, montant qui pourra encore être minoré à raison des revenus qu’il tire de son activité accessoire non déclarée ;
- s’agissant du déficit fonctionnel temporaire, sur la période du 18 septembre 2018 au 27 février 2024, date de sa consolidation, il ne s’est écoulé que 65 mois et non 125 ; le taux de 30% arrêté par l’expert su cette période devra être considérablement réduit au regard du nombre des activités qu’il poursuit, mais encore des travaux qu’il réalise sans aucune difficulté apparente ;
- le préjudice esthétique temporaire n’était pas visible et n’altère en rien le quotidien du requérant dans ses relations avec les autres ;
- au regard des activités accessoires que mène le requérant, le taux de 40% du déficit fonctionnel permanent est surévalué ;
- le préjudice esthétique définitif est injustifié dès lors que les lésions et séquelles ne sont pas visibles et que le requérant ne présente aucune boiterie à la marche ;
- la somme demandée au titre des souffrances endurées est surévaluée dès lors que l’intéressé a pu conduire et poursuivre ses activités accessoires qui le sollicitent pourtant physiquement ;
- le préjudice d’agrément n’est pas justifié ;
- aucune corrélation n’est établie entre le siège de sa blessure et l’acte sexuel ; au surplus, il ne justifie pas d’une situation personnelle telle qu’il entretiendrait des relations intimes, ni même qu’il serait dans l’impossibilité d’en avoir, ni encore qu’il se trouverait privé de la possibilité d’avoir des enfants (étant précisé qu’il est déjà père de deux enfants nées en 2013 et 2016).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. C... en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E..., adjoint technique territorial de 2ième classe au sein du département du Doubs, affecté à la direction des routes, infrastructures et transports, a été victime le 18 septembre 2018 d’un accident de la voie publique reconnu imputable au service. A ce titre, il a bénéficié d’un congé maladie imputable au service du 19 septembre 2018 au 5 décembre 2021. Ayant été l’objet le 9 juin 2022 d’une rechute de cet accident de service, il a de nouveau été placé en congé maladie imputable au service à compter de cette date. Lors de sa séance du 6 décembre 2023, le conseil médical a retenu une consolidation de M. E... à la date du 6 décembre 2023 avec un taux d’IPP de 30% pour « névralgie sciatique d’intensité moyenne avec signes déficitaires réflexes sensitivo-moteurs évidents avec gêne à la marche et retentissement sur les capacités professionnelles ». Le conseil médical s’est également prononcé en faveur de la prise en charge de soins post-consolidation jusqu’au 27 février 2024 et à l’inaptitude totale et définitive de l’intéressé, lequel a été admis à la retraite pour invalidité à compter de juillet 2025. Par une ordonnance du 26 juin 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Besançon a, sur la demande du requérant, désigné un expert afin d’évaluer les préjudices résultant de son accident de service et sa « rechute » et déterminer le cas échéant la date de consolidation de son état de santé. Par le présent recours, M. E... demande au juge des référés de condamner l’Etat à lui verser une provision de 726 965,57 euros au titre de la réparation des préjudices résultant de son accident de service et sa « rechute ».
Sur les conclusions tendant au versement d’une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ». Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l’existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n’a d’autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l’obligation dont les parties font état. Dans l’hypothèse où l’évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d’une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie imputable au service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle ou des préjudices personnels, a droit à obtenir de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité réparant ces chefs de préjudice. L’agent a également droit à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage résultant d’un accident de service, dans le cas où cet accident serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de la personne publique qui l’emploie.
4. D’une part, il résulte de la déclaration d’accident remplie par M. E... le 18 septembre 2018 et de son récit des faits le même jour que vers 17 heures, il aurait été percuté à la fesse gauche par le rétroviseur d’un véhicule alors qu’il remontait dans son fourgon. L’intéressé se trouvait alors seul en action de travail sur la voie publique. Il ressort toutefois du certificat médical d’arrêt de travail initial rédigé dès le lendemain par le Dr F... que le requérant aurait été l’objet d’un traumatisme direct sur la fesse droite à l’origine d’un hématome, ce constat médical ayant été repris dans le compte-rendu d’expertise judiciaire du Dr B... en 2024. Par ailleurs, M. E... produit une photographie de cet hématome quelques jours après les faits qui montre sa localisation sur la fesse droite et non gauche de l’intéressé. A l’inverse, il résulte de l’instruction que l’ensemble des soins dont il a bénéficié à la suite de l’accident du 18 septembre 2018 et sa « rechute » en 2022 sont en lien avec un traumatisme de la fesse gauche et non droite.
5. D’autre part, le département du Doubs apporte des éléments qui démontrent que M. E... exerce une activité professionnelle d’entretien et rénovation de piscines, spa et terrasses depuis 2020 sinon 2024, date de sa demande de cumul d’activité. Or une telle activité suppose une condition physique peu compatible avec le déficit fonctionnel permanent de 40 % retenu par l’expert judiciaire.
6. Compte tenu de ces éléments, la créance qu’entend détenir le requérant sur son ancien employeur n’apparait pas non sérieusement contestable. Il en résulte que les conclusions de la requête tendant au versement d’une provision doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Le département du Doubs, qui n’est pas la partie perdante, ne peut être condamné à verser une quelconque somme au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le département du Doubs.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département du Doubs présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... E... et au département du Doubs.
Fait à Besançon, le 1er septembre 2026.
Le juge des référés,
A. C...
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 7 novembre 2025 et 18 mai 2026, M. A... E..., représenté par Me Tronche, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article R. 541-1 du code de justice administrative, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le département du Doubs à lui verser une provision de 726 965,57 euros, à valoir sur l’indemnisation de ses préjudices nés de son accident de service du 18 septembre 2018 et de sa « rechute » du 9 juin 2022 ;
2°) de mettre à la charge du département du Doubs la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- victime d’un accident de service le 18 septembre 2018 et d’une « rechute » le 9 juin 2022, il peut prétendre à l’indemnisation des préjudices patrimoniaux d’une autre nature que ceux réparés par l’allocation temporaire d’invalidité et à l’indemnisation de ses préjudices personnels ; l’obligation dont il se prévaut n’apparaît pas sérieusement contestable dès lors que son accident du 18 septembre 2018 et sa « rechute » du 9 juin 2022 ont été reconnus imputables au service ;
- il peut également prétendre à la réparation intégrale de l’ensemble de ses préjudices dès lors que l’accident de service dont il a été victime est consécutif à la méconnaissance par le département du Doubs de ses obligations en matière de sécurité au travail ;
- l’expert judiciaire, le Dr B..., a fixé la date de consolidation globale de son état de santé, en lien avec l’accident du 18 septembre 2018 et ses suites, au 27 février 2024 ;
- il est demandé la somme totale de 2 431 euros (180 + 2 220 + 31) au titre de ses dépenses de santé avant consolidation ; ses autres frais hospitaliers, médicaux et paramédicaux ont été pris en charge par le département, par la sécurité sociale et/ou par sa mutuelle ;
- il est demandé une somme totale de 4 633,21 euros (575,41 + 2 043,61 + 2014,19) au titre des frais divers temporaires avant consolidation ;
- il est demandé 11 880 euros au titre des pertes de gains professionnels actuels ;
- il est demandé 20 491,21 euros (2 431 + 4 633,21 + 11 880 + 1 547) au titre de l’assistance par une tierce personne ;
- il est demandé une somme de 40 350,72 euros (3 113,16 + 37 237,56) au titre des frais de logement et de véhicule adaptés ;
- il est demandé une somme de 1 304,78 euros au titre de ses frais divers permanents ;
- il est demandé une somme de 532 168,86 euros au titre de ses pertes de gains professionnels futurs et de l’incidence professionnelle ;
- il est demandé la somme de 9 750 euros au titre de son déficit fonctionnel temporaire ;
- il est demandé la somme de 1 000 euros au titre de son préjudice esthétique temporaire ;
- il est demandé la somme de 87 000 euros au titre de son déficit fonctionnel permanent ;
- il est demandé la somme de 2 500 euros au titre de son préjudice esthétique permanent ;
- il est demandé la somme de 5 000 euros au titre des souffrances endurées ;
- il est demandé la somme de 17 400 euros au titre de son préjudice d’agrément ;
- il est demandé la somme de 10 000 euros au titre de son préjudice sexuel ;
- il a créé son activité saisonnière de nettoyage de piscines en 2024 et non 2020 ; cette activité qui ne génère pas de revenus suffisants pour vivre n’est pas la preuve de la capacité du requérant à occuper un emploi salarié à temps plein ;
- il ne peut absolument pas travailler 8h/jour au même poste et conserver une position fixe plus de 15 minutes, en raison des séquelles inhérentes à son accident de service ; en revanche, une activité indépendante lui permet d’adapter son temps de travail, de changer régulièrement de posture et de s’arrêter lorsque la douleur devient trop importante, ce qui est impossible dans un cadre salarial traditionnel ;
- le délai de prescription des dépenses de santé du requérant n’a commencé à courir qu’à compter de sa date de consolidation, soit le 27 février 2024 ;
- il est produit la facture acquittée du Dr D... ;
- la chirurgie pratiquée sur le requérant par le Dr G... n’est pas pratiquée dans l’est de la France ;
- la nécessité de se doter d’un véhicule équipé d’une boîte automatique est établie par l’expertise tout comme l’adaptation de sa salle de bains ;
- les dépenses de santé futures sont certaines.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2025, le département du Doubs, représenté par Me Suissa, conclut, à titre principal, au rejet de la requête et à ce qu’il soit mis à la charge du requérant une somme de 3 500 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code justice administrative et, à titre subsidiaire, à la réduction des prétentions du requérant pour les ramener à de plus justes proportions, sans que la provision allouée ne puisse excéder 5 000 euros.
Le département du Doubs soutient que :
- les demandes de l’intéressé sont sérieusement contestables eu égard à sa double activité depuis 2020 d’entretien et rénovation de piscines, spa et terrasses ;
- certaines demandes sont prescrites, d’autres ne sont pas justifiées par une facture ;
- s’agissant des frais de déplacement pour consulter le docteur G... à Nantes puis à Vannes en 2022 et 2023, certaines pièces justificatives ne sont pas nominatives ; en outre, il n’est pas démontré, en dépit des conclusions expertales, qu’une intervention était exclue localement, notamment auprès du centre hospitalier de Besançon qui comprend un service de neurologie pratiquant la neurolyse infra piriforme ;
- le chiffrage des frais pour se rendre chez un kinésithérapeute entre 2019 et 2024 est erroné et en partie prescrit ;
- il ressort des conclusions expertales que l’aide d’une tierce personne n’était que « partielle » n’excédant pas 4 heures pendant les quatre mois qui ont suivi l’intervention du 27 février 2023, puis 3 heures ;
- l’indemnisation des pertes de gains professionnels, notamment des astreintes ou encore des heures supplémentaires n’est pas justifiée ;
- s’agissant du véhicule neuf, l’intéressé ne justifie pas d’un tel besoin dès lors qu’il a pu sans difficulté se rendre à Vannes avec son propre véhicule, puis en Suisse pour réaliser ses chantiers ; il ne justifie pas de l’acquisition d’un tel véhicule dès lors qu’il se borne à produire une offre commerciale ; enfin rien ne justifie qu’il fasse l’acquisition d’un véhicule neuf d’un montant de 43 137,56 euros, ni même qu’il soit indemnisé de la différence entre le montant de ce véhicule neuf et la valeur de reprise de son ancien véhicule (5 900 euros) ;
- s’agissant de la nouvelle configuration de la salle de bains, il en va de même d’autant plus que sa double activité vient contredire le récit qu’il a pu livrer jusqu’à présent ;
- s’agissant des dépenses de santé futures, le requérant bénéficie d’une prise en charge de ses frais et traitements en lien avec l’accident ; il conviendra donc de justifier de ces frais et soins en vue d’en solliciter le remboursement en temps utile ; le versement d’une indemnisation, sous la forme d’un capital, à raison de tels frais n’est donc pas envisageable dès lors que la créance n’est pas certaine, voire contredite par l’activité que l’intéressé poursuit au regard des vidéos diffusées en ligne et les commentaires laissés par ses clients ;
- s’agissant des pertes de gains professionnels futurs et l’incidence professionnelle, il ne peut prétendre au mieux qu’à la somme de 239 705,52 euros, eu égard au cumul de sa pension et de sa rentre d’invalidité, montant qui pourra encore être minoré à raison des revenus qu’il tire de son activité accessoire non déclarée ;
- s’agissant du déficit fonctionnel temporaire, sur la période du 18 septembre 2018 au 27 février 2024, date de sa consolidation, il ne s’est écoulé que 65 mois et non 125 ; le taux de 30% arrêté par l’expert su cette période devra être considérablement réduit au regard du nombre des activités qu’il poursuit, mais encore des travaux qu’il réalise sans aucune difficulté apparente ;
- le préjudice esthétique temporaire n’était pas visible et n’altère en rien le quotidien du requérant dans ses relations avec les autres ;
- au regard des activités accessoires que mène le requérant, le taux de 40% du déficit fonctionnel permanent est surévalué ;
- le préjudice esthétique définitif est injustifié dès lors que les lésions et séquelles ne sont pas visibles et que le requérant ne présente aucune boiterie à la marche ;
- la somme demandée au titre des souffrances endurées est surévaluée dès lors que l’intéressé a pu conduire et poursuivre ses activités accessoires qui le sollicitent pourtant physiquement ;
- le préjudice d’agrément n’est pas justifié ;
- aucune corrélation n’est établie entre le siège de sa blessure et l’acte sexuel ; au surplus, il ne justifie pas d’une situation personnelle telle qu’il entretiendrait des relations intimes, ni même qu’il serait dans l’impossibilité d’en avoir, ni encore qu’il se trouverait privé de la possibilité d’avoir des enfants (étant précisé qu’il est déjà père de deux enfants nées en 2013 et 2016).
Vu les autres pièces du dossier.
Vu le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné M. C... en application de l’article L. 511-2 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E..., adjoint technique territorial de 2ième classe au sein du département du Doubs, affecté à la direction des routes, infrastructures et transports, a été victime le 18 septembre 2018 d’un accident de la voie publique reconnu imputable au service. A ce titre, il a bénéficié d’un congé maladie imputable au service du 19 septembre 2018 au 5 décembre 2021. Ayant été l’objet le 9 juin 2022 d’une rechute de cet accident de service, il a de nouveau été placé en congé maladie imputable au service à compter de cette date. Lors de sa séance du 6 décembre 2023, le conseil médical a retenu une consolidation de M. E... à la date du 6 décembre 2023 avec un taux d’IPP de 30% pour « névralgie sciatique d’intensité moyenne avec signes déficitaires réflexes sensitivo-moteurs évidents avec gêne à la marche et retentissement sur les capacités professionnelles ». Le conseil médical s’est également prononcé en faveur de la prise en charge de soins post-consolidation jusqu’au 27 février 2024 et à l’inaptitude totale et définitive de l’intéressé, lequel a été admis à la retraite pour invalidité à compter de juillet 2025. Par une ordonnance du 26 juin 2024, le juge des référés du tribunal administratif de Besançon a, sur la demande du requérant, désigné un expert afin d’évaluer les préjudices résultant de son accident de service et sa « rechute » et déterminer le cas échéant la date de consolidation de son état de santé. Par le présent recours, M. E... demande au juge des référés de condamner l’Etat à lui verser une provision de 726 965,57 euros au titre de la réparation des préjudices résultant de son accident de service et sa « rechute ».
Sur les conclusions tendant au versement d’une provision :
2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : « Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ». Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s’assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l’existence avec un degré suffisant de certitude. Dans ce cas, le montant de la provision que peut allouer le juge des référés n’a d’autre limite que celle qui résulte du caractère non sérieusement contestable de l’obligation dont les parties font état. Dans l’hypothèse où l’évaluation du montant de la provision résultant de cette obligation est incertaine, le juge des référés ne doit allouer de provision, le cas échéant assortie d’une garantie, que pour la fraction de ce montant qui lui paraît revêtir un caractère de certitude suffisant.
3. Le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie imputable au service, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle ou des préjudices personnels, a droit à obtenir de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité réparant ces chefs de préjudice. L’agent a également droit à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage résultant d’un accident de service, dans le cas où cet accident serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de la personne publique qui l’emploie.
4. D’une part, il résulte de la déclaration d’accident remplie par M. E... le 18 septembre 2018 et de son récit des faits le même jour que vers 17 heures, il aurait été percuté à la fesse gauche par le rétroviseur d’un véhicule alors qu’il remontait dans son fourgon. L’intéressé se trouvait alors seul en action de travail sur la voie publique. Il ressort toutefois du certificat médical d’arrêt de travail initial rédigé dès le lendemain par le Dr F... que le requérant aurait été l’objet d’un traumatisme direct sur la fesse droite à l’origine d’un hématome, ce constat médical ayant été repris dans le compte-rendu d’expertise judiciaire du Dr B... en 2024. Par ailleurs, M. E... produit une photographie de cet hématome quelques jours après les faits qui montre sa localisation sur la fesse droite et non gauche de l’intéressé. A l’inverse, il résulte de l’instruction que l’ensemble des soins dont il a bénéficié à la suite de l’accident du 18 septembre 2018 et sa « rechute » en 2022 sont en lien avec un traumatisme de la fesse gauche et non droite.
5. D’autre part, le département du Doubs apporte des éléments qui démontrent que M. E... exerce une activité professionnelle d’entretien et rénovation de piscines, spa et terrasses depuis 2020 sinon 2024, date de sa demande de cumul d’activité. Or une telle activité suppose une condition physique peu compatible avec le déficit fonctionnel permanent de 40 % retenu par l’expert judiciaire.
6. Compte tenu de ces éléments, la créance qu’entend détenir le requérant sur son ancien employeur n’apparait pas non sérieusement contestable. Il en résulte que les conclusions de la requête tendant au versement d’une provision doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Le département du Doubs, qui n’est pas la partie perdante, ne peut être condamné à verser une quelconque somme au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées sur le même fondement par le département du Doubs.
O R D O N N E
Article 1er : La requête de M. E... est rejetée.
Article 2 : Les conclusions du département du Doubs présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... E... et au département du Doubs.
Fait à Besançon, le 1er septembre 2026.
Le juge des référés,
A. C...
La République mande et ordonne au préfet du Doubs, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
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