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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2603056

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2603056

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2603056
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFORUM RÉFUGIÉS-COSI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrée le 27 et le 29 juin 2026, M. D... A... B..., actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Viremouneix-Graffin, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 juin 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d’enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer dans l’attente et sans délai une autorisation provisoire de titre de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard.

Il soutient que :

En ce qui concerne l’obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est signée par une autorité ne justifiant pas d’une délégation de signature régulière ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles dès lors qu’il est le père de trois enfants nés en France ;
- elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation des conditions de mise en œuvre de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales dès lors qu’il réside en France avec son épouse depuis 2020 et qu’ils sont les parents de trois enfants nés en France et dont les plus âgés sont scolarisés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est motivée de manière stéréotypée ;
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l’interdiction de retour sur le territoire français d’une durée de deux années :

- cette décision est insuffisamment motivée
- elle doit être annulée par voie de conséquence de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation des conditions de mise en œuvre de l’article L. 612-6 code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- sa durée est entachée d’une erreur d’appréciation des conditions de mise en œuvre prévues par l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

La direction départementale de la police aux frontières du Gard a produit des pièces, enregistrées le 29 juin 2026, qui ont été communiquées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié relatif à la circulation, à l’emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Chaussard en application de l’article L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Chaussard.
- et les observations de Me Viremouneix-Graffin, représentant M. A... B..., et de ce dernier, assisté de M. C..., interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens à l’exception du moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté querelle auquel il est renoncé.
- le préfet des Bouches-du-Rhône n’étant ni présent ni représenté.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

Ressortissant algérien né 26 janvier 1992, M. A... B... déclare être entré en France en 2020 avec son épouse et y résider de manière continue depuis lors. Il demande l’annulation de l’arrêté du 3 juin 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé son pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour en France :

Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ». L’article L. 613-2 du même code dispose que: « Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ». Enfin, aux termes de l’article de l’article L. 612-12 de ce code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office. ».

L’arrêté attaqué dans lequel figure les décisions attaquées vise les dispositions légales et règlementaires applicables, notamment le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que les éléments relatifs à la situation personnelle de M. A... B.... S’agissant de l’obligation de quitter le territoire français, cet arrêté mentionne que l’intéressé ne justifie pas être entré régulièrement en France, n’a jamais sollicité la délivrance d’un titre de séjour et n’entre dans aucun des cas d’ouverture de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié permettant la régularisation de sa situation ou la délivrance de plein droit d’un titre de séjour. Quant à sa vie privée et familiale, le même arrêté indique que M. A... B... ne justifie ni de la réalité ainsi que de l’ancienneté de son mariage ni qu’il contribue effectivement à l’éducation ainsi qu’à l’entretien de ses enfants. S’agissant de la décision fixant le pays de destination, qui vise notamment l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ainsi que l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, cette décision précise que M. A... B... n’établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention et indique qu’il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il est légalement admissible ce qui, en l’absence d’éléments exposées par le requérant quant à l’existence de tels risques, ne constitue pas une motivation stéréotypée. S’agissant enfin de l’interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône indique qu’elle est la conséquence nécessaire du refus de départ volontaire qui lui a été opposé dès lors que l’intéressé, qui est entrée irrégulièrement en France, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour et a explicitement déclaré son intention de ne pas déférer à la mesure d’éloignement, présente un risque de soustraction à cette mesure. Par suite, les décisions attaquées énoncent les considérations de droit et de fait qui les fondent et sont ainsi suffisamment motivée.

Sur l’obligation de quitter le territoire français :

En premier lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : / (…) / 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; (…) ».

M. A... B... se prévaut des dispositions précitées en soutenant que ses trois enfants sont nés en France et qu’il exerce avec son épouse l’autorité parentale à leur égard. Toutefois, s’il ressort effectivement des pièces du dossier que le requérant et son épouse sont les parents de trois enfants nés à Marseille respectivement le 30 avril 2021, le 16 octobre 2022 ainsi que le 26 août 2024, ces derniers nés de parents étrangers ne sont pas de nationalité française et ne remplissent pas, à la date de l’arrêté querellé, les conditions pour acquérir la nationalité française dans les conditions prévues par les articles 21-7 et 21-11 du code civil. Dépourvue de la qualité d’ascendant direct d’enfants français mineurs, M. A... B... ne peut ainsi se prévaloir des stipulations précitées du 4° de l’article 6 de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié.

En deuxième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.

A supposer que M. A... B... réside habituellement en France depuis qu’il déclare y être entré en 2020, il ressort toutefois des pièces du dossier, et interrogée à l’audience le conseil du requérant l’a confirmé, que son épouse est entrée irrégulièrement en France et s’y est irrégulièrement maintenue sans jamais solliciter la délivrance d’un titre de séjour. Par ailleurs, M. A... B... ne fait état d’aucune intégration par le travail pas davantage que son épouse. Enfin, si deux des trois enfants de M. A... B... sont scolarisés, l’intéressé ne soutient ni de démontre que ces derniers ne pourraient pas l’être en Algérie. Dans ces circonstances, aucun élément n’est de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Algérie, pays dans lequel M. A... B... a vécu au moins jusqu’à l’âge de 27 ans et jusqu’à l’âge de 24 ans pour son épouse.

En troisième et dernier lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est (…) édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ».

Il ressort des motifs de l’arrêté attaqué que l’autorité préfectorale a pris la décision portant obligation de quitter le territoire français après avoir vérifié le droit au séjour de M. A... B... tant au regard du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile que de l’accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié. Par ailleurs, au titre de son droit au séjour sur le fondement de ces dispositions l’intéressé se prévaut de considérations humanitaires à raison de sa situation familiale, laquelle n’est en l’espèce pas susceptible d’être retenue pour les motifs exposés au point 7. Par suite, ne peut être qu’écarté le moyen tiré de l’erreur d’appréciation des conditions de mise en œuvre de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile par l’autorité préfectorale.

Sur le moyen commun à la décision fixant le pays de renvoi et à l’interdiction de retour sur le territoire français :

Pour les motifs exposés aux points 3 à 9, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi ainsi que celle portant interdiction de retour seraient illégales du fait de l’illégalité de la décision l’obligeant à quitter le territoire français.

Sur l’interdiction de retour sur le territoire :

Aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ». L’article L. 612-10 du même code dispose que : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. (…) ».

Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l’encontre d’un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ il lui appartient d’assortir sa décision d’une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par les dispositions de l’article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, la nature et l’ancienneté de ses liens avec la France, l’existence ou non d’une précédente mesure d’éloignement et, le cas échéant, la menace pour l’ordre public que constitue sa présence sur le territoire

D’une part, il ressort des motifs de l’arrêté attaqué que M. A... B... s’est vu refuser un délai de départ volontaire conduisant l’autorité préfectorale à édicter une interdiction de retour sur le territoire ainsi que le prévoient les dispositions précitées. Si au titre des circonstances humanitaires M. A... B... se prévaut de sa situation familiale, pour les motifs exposés au point 7 cette dernière ne peut être regardée comme constitutive d’un tel motif. Dans ces conditions, en assortissant d’une interdiction de retour l’obligation de quitter le territoire français sans délai le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas commis d’erreur d’appréciation.

D’autre part, il résulte des termes de l’arrêté querellé que pour fixer à deux ans la durée de l’interdiction de retour sur le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a relevé qu’il ne démontre pas résider habituellement en France depuis qu’il déclare y être entré, qu’il ne justifie pas de l’ancienneté de ses liens avec la France et qu’il n’est pas dépourvu d’attaches familiales en Algérie. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier et il n’est pas contesté par M. A... B... que l’intéressé a été interpellé le 3 juin 2026 pour des faits de vol, violences et dégradations de biens qui sont constitutifs d’une menace réelle, actuelle et sérieuse pour l’ordre public. Enfin et pour les motifs exposés au point 7, la mesure querellée ne porte pas atteinte à la vie familiale de l’intéressé eu égard à la possibilité de sa reconstitution en Algérie, pays dont le requérant et son épouse ont la nationalité. Dans ces conditions, en fixant à deux ans la durée d’interdiction de retour en France de M. A... B... le préfet des Bouches-du-Rhône n’a pas commis d’erreur d’appréciation.

Il résulte de ce qui précède que M. A... B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 3 juin 2026. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction ne peuvent qu’être rejetées.



D É C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D... A... B... et au préfet des Bouches-du-Rhône.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


Le magistrat désigné,





M. CHAUSSARD

La greffière,





A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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