Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2603584

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2603584
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGUYON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 juillet 2026, M. A... B..., représenté par Me Guyon, demande au juge des référés du tribunal, statuant sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de l’arrêté du 30 juin 2026 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de cinq mois ;

2°) d’enjoindre au préfet compétent de lui restituer son permis de conduire dans un délai de soixante-douze heures à compter de la notification de l’ordonnance à venir et sous astreinte de 50 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il exerce la profession de responsable commercial régional et effectue à ce titre des déplacements quotidiens avec son véhicule professionnel, qu’il réside dans une zone rurale et ne dispose d’aucun moyen de transport alternatif, que son épouse n’est pas en mesure d’assurer ses déplacements quotidiens, qu’il a été convoqué à un entretien préalable à une sanction disciplinaire, qu’il risque de perdre son emploi, qu’il se trouve dans l’impossibilité de rendre visite à ses proches et que la suspension litigieuse lui cause un préjudice financier ;
- l’arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il n’a pas été précédé de la procédure contradictoire préalable prévue par l’article L. 121-1 du code des relations entre le public et l’administration ;
- il est entaché d’une erreur de fait ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît l’article L. 224-1 du code de la route ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît l’article 20 de l’arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît l’article 31 du décret du 3 mai 2001 relatif au contrôle des instruments de mesure ;
- il est entaché d’une erreur de droit et méconnaît l’article 25 de l’arrêté du 4 juin 2009 relatif aux cinémomètres de contrôle routier ;
- il est entaché d’une erreur d’appréciation.


Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête en annulation enregistrée sous le n° 2603580.

Vu :
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Mouret, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.




Considérant ce qui suit :

1. M. B... a commis, le 29 juin 2026, un excès de vitesse de plus de 40 km/h alors qu’il circulait sur une voie, située sur le territoire de la commune de Rognes (Bouches-du-Rhône), sur laquelle la vitesse était limitée à 80 km/h. Par un arrêté du 30 juin 2026, le préfet des Bouches-du-Rhône a suspendu la validité du permis de conduire de l’intéressé pour une durée de cinq mois. M. B... demande au juge des référés, statuant sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de cet arrêté.

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision (…) ». En vertu de l’article L. 522-3 du même code, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, qu’elle est mal fondée.

3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés d’apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l’acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l’exécution de la décision soit suspendue. L’urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l’ensemble des circonstances de l’espèce.

4. Pour justifier de l’urgence qu’il y aurait à suspendre l’exécution de l’arrêté contesté, M. B... soutient qu’il utilise quotidiennement son véhicule professionnel dans le cadre de l’exercice de son activité de responsable commercial régional, qu’il réside dans une zone rurale et ne dispose d’aucun moyen de transport alternatif, que son épouse n’est pas en mesure d’assurer ses déplacements quotidiens, qu’il a été convoqué à un entretien préalable à une sanction disciplinaire et risque de perdre son emploi, qu’il se trouve dans l’impossibilité de rendre visite à ses proches et que la suspension litigieuse lui cause un préjudice financier. Toutefois, les seuls éléments produits par M. B..., et notamment les deux attestations rédigées par ses soins, sont insuffisamment précis et circonstanciés et ne permettent pas d’apprécier les conséquences concrètes de la mesure de suspension en litige sur sa situation, notamment professionnelle et financière. Par ailleurs et surtout, il résulte de l’instruction, eu égard à la nature et à la gravité de l’infraction retenue, à savoir un excès de vitesse de plus de 40 km/h ainsi qu’il a été dit au point 1, que la mesure de suspension en litige – en admettant même qu’elle aurait des incidences sur les conditions d’exercice de l’activité professionnelle de M. B... – répond à des exigences de protection et de sécurité routière. Par suite, au regard de l’ensemble des circonstances de l’espèce, la condition d’urgence requise par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme remplie.

5. Il résulte de ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition tenant à l’existence d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté contesté, que la requête de M. B... doit être rejetée en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, y compris ses conclusions à fin d’injonction et d’astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du même code.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....

Copie en sera adressée pour information au préfet des Bouches-du-Rhône.


Fait à Nîmes, le 3 août 2026.

Le juge des référés,





R. MOURET

La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.