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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2500625

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2500625

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2500625
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDUPLANTIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 janvier 2025 et 3 novembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Duplantier, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de Tarn-et-Garonne a rejeté sa demande de délivrance d’une carte de résident ;

d’enjoindre au préfet de Tarn-et-Garonne de lui délivrer une carte de résident portant la mention « vie privée et familiale », dans le délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 300 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- la décision en litige est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 octobre 2025, le préfet de Tarn-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu’il n’y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B... dès lors qu’une carte de séjour pluriannuelle d’une durée de deux ans lui a été délivrée, alors qu’il n’a pas sollicité une carte de résident mais le renouvellement de son titre de séjour en faisant valoir ses liens personnels et familiaux.

Par une ordonnance du 7 novembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 21 novembre 2025.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.

Par un courrier du 13 mai 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation de la décision implicite de rejet de la demande de carte de résident, en l’absence de toute demande de délivrance d’un tel titre de séjour formulée par M. B....

Le 15 mai 2026, M. B... a répondu au moyen d’ordre public et ses observations ont été communiquées.


La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de Mme Mérard a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

M. B..., ressortissant turc né le 18 mars 1977 à Seydisehir (Turquie), est entré en France le 21 décembre 1981, dans le cadre d’une procédure de regroupement familial. En dernier lieu, il s’est vu délivrer une carte de séjour temporaire valable du 23 août 2017 au 22 août 2018, renouvelée à chaque échéance jusqu’en 2022. Le 13 octobre 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour au motif de sa vie personnelle et familiale et pour motif professionnel. Le 11 février 2025, il a déposé un formulaire de renouvellement de son titre de séjour au titre de ses liens personnels et familiaux. Le 8 septembre 2025, le préfet de Tarn-et-Garonne lui a délivré une carte de séjour pluriannuelle valable du 22 août 2025 au 21 août 2027. Par la présente requête M. B... demande au tribunal d’annuler la décision implicite du préfet de Tarn-et-Garonne en tant qu’il a refusé de lui délivrer une carte de résident.

Aux termes de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande : / 1° Les documents justifiants de son état civil ; / 2° Les documents justifiants de sa nationalité ; / 3° Les documents justifiants de l'état civil et de la nationalité de son conjoint, de ses enfants et de ses parents lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour pour motif familial. / La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. / Lorsque la demande de titre de séjour est introduite en application de l'article L. 431-2, le demandeur peut être autorisé à déposer son dossier sans présentation de ces documents ». L’article R. 431-12 du même code dispose que : « L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / (…) ». Ainsi que le précise l’article L. 431-3 de ce code, la délivrance d’un tel récépissé ne préjuge pas de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. En outre, selon l’article R. 431-11 de ce code : « L'étranger qui sollicite la délivrance d'un titre de séjour présente à l'appui de sa demande les pièces justificatives dont la liste est fixée par arrêté annexé au présent code », cet arrêté dressant une liste de pièces pour chaque catégorie de titre de séjour.

Aux termes de l’article R. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Selon l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R.* 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. / Par dérogation au premier alinéa, ce délai est de quatre-vingt-dix jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance d'un titre de séjour mentionné aux articles R. 421‑43, R. 421-47, R. 421-54, R. 421-54, R. 421-60, R. 422-5, R. 422-12, R. 426-14 et R. 426‑17. / Par dérogation au premier alinéa ce délai est de soixante jours lorsque l'étranger sollicite la délivrance du titre de séjour mentionné à l'article R. 421-26. / Par dérogation au premier alinéa, les délais applicables à l'étranger qui sollicite la délivrance de la carte de séjour visée aux articles R. 421-23 et R. 421-37-7 sont mentionnés auxdits articles. ».

Il ressort des pièces du dossier que M. B..., lorsqu’il a sollicité, le 13 octobre 2022, un nouveau titre de séjour au motif d’une part, de sa vie personnelle et familiale et d’autre part, à titre professionnel, était en possession, en dernier lieu, d’une carte de séjour temporaire valable du 16 novembre 2021 au 15 novembre 2022. Par ailleurs, dans le cadre de l’instruction de sa demande, il a déposé le 11 février 2025, un nouveau formulaire de demande de titre de séjour pour un renouvellement de titre « liens privés et familiaux ». Si son conseil a sollicité pour M. B... les 27 novembre 2023, en même temps que la demande de communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, puis le 17 mai 2024, la délivrance d’une carte de résident, il n’est pas démontré, qu’à la date de cette décision implicite, M. B... avait déposé une demande de carte de résident, ni même sur lequel des motifs listés à l’article L. 433-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile il l’aurait sollicitée. Ainsi, la délivrance par le préfet, le 8 septembre 2025, d’une carte de séjour pluriannuelle ne saurait révéler une décision implicite de rejet d’une demande de carte de résident. Par suite, les conclusions à fin d’annulation soulevées dans le mémoire en réplique de M. B... susvisé du 3 novembre 2025 sont dirigées contre une décision inexistante.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par M. B... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction et d’astreinte et celles présentées au titre des frais liés à l’instance.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet de Tarn-et-Garonne.


Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Mérard, première conseillère,
M. Garrido, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

La rapporteure,
Bénédicte Mérard
La présidente,
Cécile Viseur-Ferré

La greffière,



Fabienne Deglos

La République mande et ordonne au préfet de Tarn-et-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Par délégation, la greffière

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