Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 10 février 2025, Mme B... A..., représentée par Me Kosseva-Venzal, demande au tribunal :
de l’admettre au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle;
d’annuler l'arrêté du 9 janvier 2025 par lequel le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
d’enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l’attente, dès la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d’admission à l’aide juridictionnelle, à lui verser en application des seules dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision de refus de séjour et la décision portant obligation de quitter le territoire français sont insuffisamment motivées en fait et procèdent d'un défaut d'examen de sa situation ;
En ce qui concerne la décision de refus de séjour :
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi :
- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juin 2025, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 28 mai 2025.
Par une ordonnance du 1er décembre 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 9 janvier 2026.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Mérard a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A..., ressortissante arménienne, née le 2 mai 1980 à Erevan (Arménie), déclare être entrée en France en novembre 2018. Sa demande d’asile, formée le 29 janvier 2019, a été rejetée par une décision du 7 octobre 2020 de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides. Ce rejet a été confirmé par une décision de la Cour nationale du droit d’asile du 12 janvier 2021. Par un arrêté du 26 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne l’a obligée à quitter le territoire français. Mme A... a demandé la délivrance un titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile le 17 juin 2022. Par un arrêté du 18 janvier 2023, le préfet de l'Ariège a rejeté cette demande et l’a obligée à quitter le territoire français. Le tribunal administratif de Toulouse, par un jugement du 16 juin 2023, puis la cour administrative d’appel de Toulouse par un arrêt du 12 décembre 2023 ont rejeté les recours introduits par Mme A... contre cette décision. Le 21 mai 2024, elle a sollicité, à nouveau, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 9 janvier 2025, le préfet de l'Ariège a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
2. Par une décision du 28 mai 2025, postérieure à l’introduction de sa requête, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par conséquent, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. En premier lieu, la demande d’admission au séjour a été examinée au titre de l’admission exceptionnelle sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le préfet ayant notamment pris en compte les conditions d’entrée et la durée du séjour de Mme A... sur le territoire national, ainsi que les éléments de sa situation familiale et professionnelle portés à sa connaissance. Dans ces conditions, alors que le préfet n’était pas tenu de mentionner tous les éléments relatifs à la situation de la requérante, l’arrêté en litige, qui comporte l’ensemble des considérations de fait et de droit sur lesquelles il s’est fondé, est suffisamment motivé et révèle en outre que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de l’intéressé.
4. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « salarié », « travailleur temporaire » ou « vie privée et familiale », sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ (…) »
5. Il appartient à l’autorité administrative, en application de ces dispositions, de vérifier, dans un premier temps, si l’admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d’une carte portant la mention "vie privée et familiale" répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s’il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d’une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" ou "travailleur temporaire". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d’une promesse d’embauche ou d’un contrat de travail ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là-même, des « motifs exceptionnels » exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l’autorité administrative, sous le contrôle du juge, d’examiner, notamment, si la qualification, l’expérience et les diplômes de l’étranger ainsi que les caractéristiques de l’emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l’étranger ferait état à l’appui de sa demande, tel que par exemple, l’ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l’espèce, des motifs exceptionnels d’admission au séjour.
6. D’une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A... est arrivée en France en novembre 2018. Toutefois, elle ne justifie pas avoir noué des liens d’une intensité et d’une stabilité particulières en France, alors qu’elle a vécu jusqu’à l’âge de 38 ans en Arménie, son pays d’origine. Si elle se prévaut de la présence en France de ses enfants, majeurs, et de son mari, ces derniers se trouvent également en situation irrégulière sur le territoire national et n’apparaissent pas davantage intégrés. D’autre part, Mme A... se prévaut d’un contrat de travail à durée indéterminée du 1er avril 2022, en qualité de commis de cuisine, dans un restaurant de Pamiers. Toutefois, la requérante ne fait ni état d’une qualification particulière, ni ne justifie que ces circonstances constitueraient une insertion professionnelle susceptible d’être considérée comme un motif exceptionnel de régularisation par le travail. Eu égard à l’ensemble de ces éléments, la requérante ne justifie pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par suite, le préfet de l'Ariège n’a pas commis d’erreur de droit en refusant de lui délivrer le titre de séjour sollicité.
7. En troisième lieu, Mme A... ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l’encontre de la décision attaquée dès lors qu’il ne ressort pas des pièces du dossier qu’elle aurait déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de ces dispositions et que le préfet de l’Ariège n’a pas, dans le cadre de son pouvoir discrétionnaire, analysé sa demande de titre de séjour au regard de ces dispositions. Par suite, ce moyen ne peut qu’être écarté.
8. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. »
9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... est arrivée en France avec ses enfants majeurs et son mari, à l’âge de 38 ans. En dehors de ces derniers, également en situation irrégulière et dont il n’est démontré aucune intégration, elle ne fait état d’aucune attache personnelle nouée sur le territoire français. Si elle travaille depuis 2022, cet emploi n’a fait l’objet d’aucune demande d’autorisation de travail alors qu’elle ne démontre ni que son employeur serait dans l’impossibilité de faire les démarches nécessaires ni qu’elle serait dans l’impossibilité de retourner en Arménie pour y obtenir une autorisation de séjour auprès des autorités compétentes. En outre, elle n’est pas dépourvue de liens dans son pays d’origine, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 38 ans et où résident ses parents. Dans ces conditions, et alors qu’elle a fait l’objet de deux précédentes mesures d’éloignement auxquelles elle n’a pas déféré, elle n’est pas fondée à soutenir que la décision en litige porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis. Pour les mêmes motifs, Mme A... n’est pas fondée à soutenir que ladite décision serait entachée d’erreur manifeste d’appréciation.
10. En cinquième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que Mme A... n’est pas fondée à se prévaloir de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour à l’appui de ses conclusions tendant à l’annulation des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi.
11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l’encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d’annulation présentées par Mme A... doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte :
13. Le présent jugement, lequel rejette les conclusions à fin d’annulation, n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite, les conclusions aux fins d’injonction sous astreinte, présentées par Mme A... doivent être rejetées.
Sur les frais de l’instance :
14. Il n’y a pas lieu de mettre à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la requérante au profit de son conseil sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’a plus lieu de statuer sur les conclusions aux fins d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle présentées par Mme A....
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au préfet de l'Ariège.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Mérard, première conseillère,
M. Garrido, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Bénédicte Mérard
La présidente,
Cécile Viseur-Ferré
La greffière,
Fabienne Deglos
La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
La greffière