Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 février 2025 et 31 mars 2025, Mme B... C... A..., représentée par Me Peter, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
de l’admettre au bénéfice provisoire de l’aide juridictionnelle ;
d’annuler l'arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour pour une durée d'un an ;
d’enjoindre au préfet du Tarn de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à défaut de réexaminer sa situation, dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, et de lui remettre dans l’attente, dès la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;
de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté pris dans son ensemble est entaché d'un vice d'incompétence ;
- il est entaché d'un vice de procédure en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 mars 2025, le préfet du Tarn conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juin 2025.
Par une ordonnance du 1er avril 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 13 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mérard,
- et les observations de Me Peter, représentant Mme A....
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante vietnamienne, née le 1er octobre 1990 à Soc Trang (Vietnam), est entrée en France le 30 juillet 2013, munie d’un visa de court séjour valable du 27 juillet 2013 au 16 septembre 2013. Sa demande d’asile, formée le 7 octobre 2013, a été rejetée définitivement par une décision de clôture prise sur un second réexamen le 19 janvier 2022. Elle a fait l’objet les 15 octobre 2015 et 9 septembre 2020 d’un arrêté portant obligation de quitter le territoire pris par le préfet de la Haute-Garonne. Le 19 août 2024, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 27 décembre 2024, le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit tout retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête Mme A... demande au tribunal d’annuler cet arrêté.
Sur la demande d’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :
Par une décision du 4 juin 2025, postérieure à l’introduction de sa requête, Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par conséquent, ses conclusions tendant au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire sont sans objet et il n’y a plus lieu d’y statuer.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
3. Aux termes des dispositions de l’article L. 432-13 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : (…) / 4° Dans le cas prévu à l’article L. 435-1 ; (…) ». Aux termes de l’article L. 435-1 de ce code : « Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. ».
4. Il résulte de ces dispositions que le préfet n’est tenu de saisir la commission du titre de séjour que lorsque l’étranger remplit les conditions de délivrance de plein droit de certains titres de séjour ou s’il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour et réside en France depuis plus de dix ans.
5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d’une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n’est de nature à entacher d’illégalité la décision prise que s’il ressort des pièces du dossier qu’il a été susceptible d’exercer, en l’espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu’il a privé les intéressés d’une garantie. L’application de ce principe n’est pas exclue en cas d’omission d’une procédure obligatoire, à condition qu’une telle omission n’ait pas pour effet d’affecter la compétence de l’auteur de l’acte.
6. Il est constant que Mme A... résidait habituellement en France depuis plus de dix ans à la date de l’arrêté contesté et qu’elle avait demandé son admission exceptionnelle au séjour. Il s’ensuit que l’absence de saisine pour avis de la commission du titre de séjour, en méconnaissance des exigences de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a entaché l’arrêté litigieux du 27 décembre 2024 d’un vice de procédure, lequel a été de nature à priver l’intéressée d’une garantie. Pour ce motif, Mme A... est fondée à soutenir que cet arrêté refusant de lui délivrer un titre de séjour est entaché d’irrégularité.
7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A... est fondée à demander l’annulation de l’arrêté du 27 décembre 2024 par lequel le préfet du Tarn a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit tout retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
Sur les conclusions à fins d’injonction :
8. Le présent jugement qui annule l’arrêté en raison d’une irrégularité de procédure implique seulement qu’il soit enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la demande de de Mme A... après avoir soumis son dossier à la commission du titre de séjour, dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu’il soit besoin d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
9. Mme A... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, et sous réserve que Me Peter, avocat de Mme A..., renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, de mettre à la charge de l’Etat le versement à ce dernier de la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme A... tendant à son admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Article 2 : L’arrêté du 27 décembre 2024 du préfet du Tarn est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet du Tarn de procéder au réexamen de la demande de Mme A... dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent arrêt.
Article 4 : L’Etat versera à Me Peter une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat à la mission d’aide juridictionnelle qui lui a été confiée.
Article 5 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A... est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... C... A..., Me Peter et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Viseur-Ferré, présidente,
Mme Mérard, première conseillère,
M. Garrido, conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La rapporteure,
Bénédicte Mérard
La présidente,
Cécile Viseur-Ferré
La greffière,
Fabienne Deglos
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Par délégation, la greffière