Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées les 18, 25 et 26 juin 2026, M. B... E..., agissant tant en son nom propre qu’en qualité de représentant légal de ses trois enfants mineurs, C..., D... et A... E..., représenté par Me Bouix, demande au tribunal :
1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d’annuler la décision du 5 juin 2026 par laquelle l’Office français de l’immigration et de l’intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil ;
3°) d’enjoindre à l’Office français de l'immigration et de l'intégration de leur rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil et, concernant l’allocation pour demande d’asile, de procéder à son paiement rétroactif à compter du 5 juin 2026 ;
4°) de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d’une somme de 1 500 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'Etat cette même somme sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision est entachée d’une insuffisance de motivation ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;
- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l’article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et de celle de ses enfants mineurs scolarisés à Toulouse.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juin 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Bouix, représentant M. E..., absent, qui conclut aux mêmes fins et soulève un nouveau moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l’article L. 212-3 du code des relations entre le public et l’administration en ce que la décision attaquée n’a pas été signée électroniquement ou manuellement,
- l’Office français de l'immigration et de l'intégration n’étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Une note en délibéré a été enregistrée pour M. E... le 30 juin 2026 et n’a pas été communiquée.
Considérant ce qui suit :
M. E..., ressortissant libanais né le 22 janvier 1976 à Beyrouth (Liban), a sollicité l’asile le 5 décembre 2025. Ses trois enfants mineurs, C... E..., né le 25 mai 2011 à Beyrouth (Liban), D... E..., né le 12 août 2012 à Beyrouth (Liban), et A... E..., née le 16 septembre 2016 à Beyrouth (Liban), ont sollicité l’asile le 10 mars 2026. Par une décision du 5 juin 2026, dont ils demandent l’annulation, l’Office français de l'immigration et de l'intégration leur a retiré le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur l’admission au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire :
Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (...), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d’aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ». Il y a lieu, eu égard à l’urgence qui s’attache à ce qu’il soit statué sur la requête des intéressés, de prononcer leur admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 551-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Il est mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : / 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ; / 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; / 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; / 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes (…) ».
L’Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d’accueil de M. E... et de ses trois enfants mineurs, au motif que l’intéressé a refusé une proposition d’hébergement le 27 avril 2026. Toutefois, ce motif n’est pas prévu par l’article L. 551-16 précité qui énumère limitativement les cas dans lesquels il peut être mis fin aux conditions matérielles d’accueil. Par suite, M. E... est fondé à soutenir que la décision de l’Office est entachée d’une erreur de droit au regard des dispositions précitées.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que le requérant est fondé à demander l’annulation de la décision du 5 juin 2026 de l’Office français de l'immigration et de l'intégration.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’exécution du présent jugement implique qu’il soit enjoint au directeur de l’Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d’accueil à M. E... et de lui verser l’allocation pour demandeur d’asile à titre rétroactif à compter du 5 juin 2026, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement.
Sur les frais liés au litige :
Sous réserve de l’admission définitive de M. E..., agissant tant en son nom propre qu’en celui de ses enfants, au bénéfice de l’aide juridictionnelle et sous réserve de la renonciation de Me Bouix à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, il y a lieu dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Office français de l'immigration et de l'intégration le versement d’une somme de 1 000 euros à Me Bouix, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où le requérant ne serait pas admis à titre définitif au bénéfice de l’aide juridictionnelle, cette somme lui sera directement versée en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : M. E..., agissant tant en son nom propre qu’en qualité de représentant légal de C..., D... et A... E..., est admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La décision de l’Office français de l’immigration et de l’intégration du 5 juin 2026 est annulée.
Article 3 : Il est enjoint à l’Office français de l’immigration et de l’intégration de rétablir les conditions matérielles d’accueil au bénéfice de M. E... et de lui verser l’allocation pour demandeur d’asile à compter du 5 juin 2026, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : Sous réserve de l’admission définitive au bénéfice de l’aide juridictionnelle de M. E..., agissant tant en son nom propre qu’en qualité de représentant légal de C..., D... et A... E..., et de la renonciation de Me Bouix à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’Etat, l’Office français de l’immigration et de l’intégration versera à Me Bouix une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et l’article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans le cas où l’aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. E... par le bureau d’aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros lui sera directement versée par l’Office français de l’immigration et de l’intégration en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... E..., à C..., D... et A... E... pris en la personne de leur représentant légal, à Me Bouix et à l’office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
La magistrate désignée,
S. Gigault
La greffière,
L. Dispagne
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef