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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2605230

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2605230

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2605230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBACHET NOEMIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête enregistrée le 18 juin 2026, M. G... A... B..., représenté par
Me Bachet, demande au tribunal :


1) d’annuler les arrêtés du 13 juin 2026 par lesquels la préfète de l'Aveyron l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;


2) d’enjoindre à la préfète de l'Aveyron, d’une part, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d’un mois à compter du jugement à intervenir et d’autre part, de procéder à la suppression de son signalement aux fins de non admission dans le système d’information Schengen sans délai, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;


3) de mettre à la charge de l’État le versement d’une somme de 2 000 euros à son conseil en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, et dans l'hypothèse où il ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, de mettre à la charge de l'État cette même somme sur le seul fondement de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :


En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles ont été prises par une autorité incompétente ;

- elle sont entachées d'un défaut de motivation ;






En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation et des conséquences qu’elle emporte sur celle-ci ;


En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :

- elles sont dépourvues de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sur laquelle elles se fondent ;


En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle est entachée d’une erreur de droit et d’une erreur manifeste d’appréciation au regard des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation des conséquences qu’elle emporte sur sa situation ;


En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu’il justifie d’une circonstance humanitaire ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale ;



En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juin 2026, la préfète de l'Aveyron conclut au rejet de la requête.


Elle fait valoir qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal a désigné Mme Gigault, première conseillère, pour statuer sur les demandes présentées au titre des articles L. 921-1, L. 921-2, L. 921-3, L. 921-4, L. 922-1 et L. 922-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.


Les parties ont régulièrement été averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Gigault,
- les observations de Me Bachet, représentant M. A... B..., qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de M. A... B..., assisté de M. C... D..., interprète en langue arabe, qui répond aux questions de la magistrate désignée,
- la préfète de l'Aveyron n’étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui sG...Mohamed Ali A... B..., ressortissant tunisien né le 8 juillet 1990 à Mahres (Tunisie), déclare être entré en France en novembre 2021. Par deux arrêtés du 13 juin 2026, dont il demande l’annulation, la préfète de l'Aveyron l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi, l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an et l’a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

Par un arrêté du 27 octobre 2025, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°12-2025-601, la préfète de l'Aveyron a donné délégation de signature à M. F... E..., directeur des services du cabinet de la préfète de l’Aveyron, à l’effet de signer dans le cadre des permanences qu’il assure, toute décision nécessitée par une décision d’urgence, et notamment la mise en place de mesures d’éloignement d’un étranger en situation irrégulière et les décisions les assortissant. Il ressort des pièces du dossier que M. E... était de permanence le 13 juin 2026. En conséquence, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire des arrêtés attaqués doit être écarté.

En ce qui concerne l’arrêté portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de renvoi et portant interdiction de retour sur le territoire français :

Les décisions visent les textes dont elles font application, notamment les 1° et 5° de l’article L. 611-1, l’article L. 612-2, les 1° et 8° de l’article L. 612-3 et les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. En outre, elles retracent avec suffisamment de précision les conditions d’entrée et de séjour en France de M. A... B..., mentionne les principaux éléments relatifs à sa situation personnelle et familiale et indique qu’il n’établit pas être exposé à des traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, elles précisent les critères retenus pour édicter l’interdiction de retour sur le territoire. L’autorité préfectorale n’était pas tenue de reprendre de façon exhaustive l’ensemble des éléments portés à sa connaissance. Par suite, cet arrêté est suffisamment motivé.



En ce qui concerne l’arrêté portant assignation à résidence :

L’arrêté portant assignation à résidence vise, notamment, les dispositions du 1° de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Il mentionne, en outre, que M. A... B... a fait l’objet d’une obligation de quitter le territoire français sans délai, édictée le 13 juin 2026, et qu'il ne peut immédiatement quitter le territoire français mais que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Par suite, cet arrêté, qui comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement, est suffisamment motivé.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».

M. A... B... se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis 2021 mais n’en justifie pas. S’il se prévaut également de la présence de son épouse en situation de handicap et dont il s’occupe, il ressort des pièces du dossier qu’elle fait également l’objet d’une mesure d’éloignement pour laquelle son recours a été rejeté par le tribunal administratif. La circonstance que son épouse ait fait appel de cette décision est sans incidence dès lors qu’à la date de la décision attaquée elle demeurait en situation irrégulière. Ainsi, M. A... B..., qui au demeurant n’allègue pas être dépourvu d’attaches dans son pays d’origine, n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir que la décision contestée serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation de sa situation et des conséquences qu’elle emporte sur celle-ci.


En ce qui concerne les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence :

Il résulte de ce qui précède que le requérant n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant refus de délai de départ volontaire, fixant le pays de renvoi, portant interdiction de retour sur le territoire français et assignation à résidence seraient privées de base légale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : (…) / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ». Aux termes de l’article L. 612-3 de ce même code : « Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L’étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n’a pas sollicité la délivrance d’un titre de séjour ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ».

Pour refuser d’accorder un délai de départ volontaire à M. A... B..., la préfète de l’Aveyron s’est fondée sur les dispositions du 3° de l’article L. 612-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et celles du 1° et 8° de l’article L. 612-3 du même code. Si le requérant soutient disposer de garanties de représentation et produit pour en justifier son passeport, il est constant qu’il est entré en France irrégulièrement et qu’il s’y est maintenu sans solliciter la délivrance d’un titre de séjour. Pour ce seul motif, et alors que le handicap de son épouse ne saurait être regardé, à la date de la décision attaquée, comme une circonstance particulière dès lors que cette dernière a bénéficié d’un délai pour organiser son départ du territoire français depuis le mois d’octobre 2025, la préfète de l’Aveyron a pu légalement refuser d’accorder à M. A... B... un délai de départ volontaire. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions précitées et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et de l’erreur manifeste d’appréciation de la situation du requérant doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d’une durée d’un an :

En premier lieu, aux termes de l’article L. 612-6 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ».

Si M. A... B... soutient que la présence de sa femme en situation de handicap et dont il s’occupe caractérise une circonstance humanitaire, ainsi qu’il a été précédemment dit, elle est en situation irrégulière et il ressort de l’avis du collège des médecins de l’office français de l'immigration et de l'intégration du 15 septembre 2025 qu’elle pourra recevoir les soins nécessaires à son état de santé dans son pays d’origine. A la date de la décision attaquée, elle n’avait donc pas vocation à demeurer sur le territoire français et aucune circonstance humanitaire n’est en conséquence caractérisée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.




En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.


En ce qui concerne la décision portant assignation à résidence :

Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut assigner à résidence l’étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l’éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L’étranger fait l’objet d’une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d’un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n’a pas été accordé / (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que M. A... B... est détenteur d’un passeport en cours de validité. Cette seule circonstance caractérise la perspective raisonnable d’éloignement retenue par l’autorité préfectorale. Par suite, les moyens tirés de l’erreur de droit et de l’erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation des arrêtés de la préfète de l'Aveyron du 13 juin 2026 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.


D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A... B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera noG...Mohamed Ali A... B..., à Me Bachet et à la préfète de l'Aveyron.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.


La magistrate désignée,
S. Gigault

La greffière,
L. Dispagne



La République mande et ordonne à la préfète de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :
La greffière en chef


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