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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2002179

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2002179

mardi 5 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2002179
TypeDécision
PublicationD
Formation3ème Chambre
Avocat requérantSCP DELOM MAZE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 22 mai 2020 et 14 juin 2022, M. B A, représenté par Me Maze, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 10 avril 2020 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable et sa demande de délivrance de la carte professionnelle prévue par les dispositions de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

2°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest du 11 décembre 2019 ne disposait pas de l'habilitation prévue au 2° de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2021, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Elouafi, premier conseiller ;

- et les conclusions de M. Willem, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A a formé le 18 avril 2019 une demande de renouvellement de sa carte professionnelle en qualité d'agent privé de sécurité. Par décision du 11 décembre 2019, la Commission locale d'agrément et de contrôle (CLAC) Sud-Ouest l'a rejetée. Par une décision du 10 avril 2020, la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a rejeté son recours préalable formé contre cette décision. M. A doit être regardé comme demandant l'annulation de cette dernière décision, qui s'est substituée à la décision de la commission locale, dans les conditions prévues par l'article R. 633-9 du code de la sécurité.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure dispose que : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : / () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; (.) ". Il résulte de ces dispositions que lorsqu'elle est saisie d'une demande de délivrance d'une carte professionnelle pour l'exercice d'une activité privée de sécurité, l'autorité compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-23 du code de procédure pénale, vise notamment à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier qu'au cours de l'instruction de la demande formulée par M. A, tendant au renouvellement d'une carte professionnelle d'agent de sécurité privée, les informations relatives à ses antécédents judiciaires ont été consultées le 23 mai 2019 et le 29 janvier 2020, non par le signataire de la décision litigieuse, mais par deux agents du CNAPS ayant respectivement pour matricule 750039C et 330017C, qui ont été spécialement habilités, aux termes d'un arrêté du préfet de police de Paris du 3 juin 2019 et d'un arrêté de la préfète de la Gironde du 3 juin 2015, à accéder aux données à caractère personnel et aux informations enregistrées dans le traitement des antécédents judiciaire (TAJ). Par suite, le moyen tiré ce que la décision attaquée aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière du fait de l'absence d'habilitation du signataire de la décision contestée à consulter les informations relatives aux antécédents judiciaires de M. A manque en fait et doit, en tout état de cause, être écarté.

4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS s'est fondée, pour refuser de renouveler la carte professionnelle de M. A, sur des faits de violence sur une personne chargée de mission de service public sans incapacité, commis le 10 octobre 2017. Par un jugement du tribunal correctionnel de Bordeaux du 6 février 2019, si sa condamnation n'avait pas à être mentionnée au bulletin n°2 de son casier judiciaire, le requérant a été reconnu coupable de ces faits et condamné à une peine de deux mois d'emprisonnement avec sursis, la confiscation de l'arme utilisée au moment des faits et à l'interdiction de porter une arme pendant deux ans. Dans ces conditions, et alors même que M. A a été reconnu au moment des faits en cause victime d'une altération de son discernement, à la suite de la prise de médicament, eu égard à la gravité de l'infraction en cause, et à la circonstance qu'ils dénotent une totale absence de maitrise de soi par l'intéressé, ces faits, récents à la date de la décision attaquée, sont incompatibles avec l'exercice d'une activité privée de sécurité. Le moyen tiré de l'erreur d'appréciation commise par la commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS doit donc être écarté.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CNAPS, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 21 juin 2022 à laquelle siégeaient :

M. Salvage, président,

M. Elouafi, premier conseiller,

Mme Reynaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 juillet 2022.

Le rapporteur,

M. ELOUAFI

Le président,

F. SALVAGE

Le greffier,

S. FORESTAS-BURGAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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