Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 13 octobre 2023, Mme B... A..., représentée par Me Blazy, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 16 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Loubès a refusé de lui délivrer un permis de construire une maison individuelle, ainsi que le rejet implicite de son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Loubès une somme de 3 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est insuffisamment motivé, en méconnaissance de l’article L. 424-3 du code de l’urbanisme ;
- l’arrêté attaqué méconnaît le principe d’égalité devant la loi ;
- l’arrêté attaqué méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l’arrêté attaqué est imprécis concernant le respect de la distance à la voie ferrée imposée par l’article 6 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme ;
- il n’est pas démontré que le projet méconnaît l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2025, la commune de Saint-Loubès, représentée par la SELARL HMS Atlantique avocats, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme A... une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Roussel Cera, premier conseiller,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- et les observations de Me Faby, substituant Me Blazy, représentant Mme A..., et de Me Jeanneau, représentant la commune de Saint-Loubès.
Considérant ce qui suit :
1. Le 7 février 2023, Mme A... a déposé une demande de permis de construire une maison individuelle, sur une parcelle située chemin du Ruby à Saint-Loubès. Elle doit être regardée comme demandant l’annulation de l’arrêté du 16 mai 2023 par lequel le maire de la commune de Saint-Loubès a refusé de lui délivrer ce permis de construire.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
2. En premier lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, en particulier les articles 1 et 6 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme de la commune et l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, et expose en quoi le projet en litige les méconnaît. La requérante a ainsi été mise à même d’en comprendre les motifs et de les contester utilement. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’arrêté attaqué, qui s’apprécie indépendamment de son bien-fondé, doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’article 6 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme, dans sa version alors en vigueur, imposait aux constructions situées au nord de la voie ferrée un recul minimal de 30 mètres.
4. Alors que la requérante se borne à soutenir que la commune n’apporte pas la preuve que son projet ne respecte pas cette distance minimale, il ressort des pièces du dossier que le terrain d’assiette du projet est situé le long de l’emprise ferroviaire et que, selon le plan de masse joint à la demande, l’implantation de la construction est prévue à 4,5 mètres de la limite de propriété. Dès lors, en refusant d’accorder le permis de construire sollicité, le maire n’a pas méconnu les dispositions de l’article 6 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme.
5. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ».
6. Pour prendre l’arrêté attaqué sur le fondement des dispositions citées au point précédent, le maire s’est fondé sur la circonstance que la maison individuelle projetée est implantée dans la zone non aedificandi autour d’une canalisation de gaz naturel à haute pression. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, en particulier de l’avis rendu par la société Terega et du plan qui y est joint, que si le projet en litige se situe dans le champ de la servitude d’utilité publique correspondant à la zone des effets létaux du phénomène dangereux de référence, il ne se situe pas dans la zone non aedificandi de 6 mètres axée sur la conduite de gaz. Dès lors, la requérante est fondée à soutenir que le maire a commis une erreur de fait. Toutefois, il résulte de l’instruction qu’il aurait pris la même décision en se fondant seulement sur la méconnaissance par le projet en litige des dispositions de l’article 6 du règlement de la zone A du plan local d’urbanisme.
7. En quatrième lieu, d’une part, le principe d’égalité ne s’oppose ni à ce que le législateur règle de façon différente des situations différentes, ni à ce qu’il déroge à l’égalité pour des raisons d’intérêt général, pourvu que, dans l’un et l’autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport direct avec l’objet de la loi qui l’établit. Or, il ressort des pièces du dossier que, alors que le terrain d’assiette du projet en litige situé au sud du chemin du Ruby, est classé en zone agricole du plan local d’urbanisme de la commune, les parcelles bâties situées au nord du même chemin sont classées en zone urbaine. La circonstance qu’elles sont bâties ne sauraient donc révéler une rupture du principe d’égalité devant la loi.
8. D’autre part, le principe d’égalité des administrés devant la loi ne saurait être invoqué pour justifier la demande d'un avantage illégal. Ainsi, et à supposer que les parcelles voisines du terrain d’assiette du projet en litige aient été bâties après l’entrée en vigueur du plan local d’urbanisme et qu’elles n’entreraient pas dans les exceptions, prévues à l’article 2 du règlement de la zone A, à l’interdiction de construire prévue à l’article 1, Mme A... ne peut utilement se prévaloir de ce que des parcelles voisines au sein de la zone agricole supportent des maisons d’habitation.
9. En dernier lieu, si Mme A... allègue que l’arrêté attaqué méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le moyen n’est pas assorti des précisions suffisantes permettant d’en apprécier le bien-fondé. Au demeurant, à supposer que la décision par laquelle le maire refuse d’accorder un permis de construire ait le caractère d'une ingérence d'une autorité publique dans le droit au respect de la vie privée et familiale garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, celle-ci est en tout état de cause justifiée en l’espèce, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, par le but légitime que constitue le respect des règles d'urbanisme et de sécurité et est en outre proportionnée à ce but.
10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A... n’est pas fondée à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.
Sur les frais liés à l’instance :
11. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Loubès, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande Mme A... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de Mme A... une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Saint-Loubès en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Mme A... versera à la commune de Saint-Loubès une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et à la commune de Saint-Loubès.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Cécile Cabanne, présidente,
M. Romain Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Aurélie Lahitte, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
R. ROUSSEL CERA
La présidente,
C. CABANNE
La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,