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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2306516

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2306516

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2306516
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre
Avocat requérantSELARL AEDIFICO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2023, et un mémoire complémentaire, enregistré le 15 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Achou-Lepage, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le maire de la commune de Petit-Palais-et-Cornemps a refusé de lui délivrer un permis de construire pour la reconstruction à l’identique d’un hangar après sinistre ;

2°) d’enjoindre au maire de la commune de Petit-Palais-et-Cornemps de procéder au réexamen de sa demande de permis de construire ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Petit-Palais-et-Cornemps une somme de 2 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- le hangar démoli était régulièrement édifié car dispensé de permis de construire par l’arrêté du 10 août 1946 modifié par celui du 21 novembre 1960 ;
- le projet en litige est une reconstruction à l’identique, malgré les améliorations apportées pour des raisons de sécurité et d’esthétique ;
- le projet respecte les articles 2 et 11 du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme applicables aux constructions nouvelles.



Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, et une pièce complémentaire, enregistré le 19 septembre 2025 qui n’a pas été communiquée, la commune de Petit-Palais-et-Cornemps, représentée par Me Gauci, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B... une somme de 3 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Roussel Cera, premier conseiller,
- les conclusions de M. Pinturault, rapporteur public,
- et les observations de Me Caparros substituant Me Achou-Lepage, représentant M. B..., et de Me Triantafilidis substituant Me Gauci, représentant la commune de Petit-Palais-et-Cornemps.


Considérant ce qui suit :

1. Le 9 août 2023, M. B... a déposé une demande de permis de construire pour la reconstruction à l’identique après sinistre d’un hangar, sur une parcelle située lieudit La Poste est à Petit-Palais-et-Cornemps. Il demande l’annulation de l’arrêté du 29 septembre 2023 par lequel le maire de la commune de Petit-Palais-et-Cornemps a refusé de lui délivrer ce permis de construire.

Sur les conclusions aux fins d’annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 111-15 du code de l’urbanisme : « Lorsqu'un bâtiment régulièrement édifié vient à être détruit ou démoli, sa reconstruction à l'identique est autorisée dans un délai de dix ans nonobstant toute disposition d'urbanisme contraire, sauf si la carte communale, le plan local d'urbanisme ou le plan de prévention des risques naturels prévisibles en dispose autrement ». En vertu de l’article 2 du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme communal, est notamment autorisée dans la zone la reconstruction à l’identique dans la limite des dispositions de l’article L. 111-15 du code de l’urbanisme.

3. Il résulte des dispositions de l’article L. 111-15 du code de l’urbanisme que le législateur a entendu reconnaître au propriétaire d'un bâtiment détruit le droit de le reconstruire à l'identique dans un délai de dix ans, à condition que le bâtiment ait été régulièrement édifié. Tel est notamment le cas lorsque le bâtiment détruit ou démoli avait été autorisé par un permis de construire ou édifié avant l’entrée en vigueur de la loi du 15 juin 1943, à une date à laquelle le droit de construire n’était pas subordonné à l’obtention d’une autorisation. En revanche, les bâtiments construits sans autorisation ou en méconnaissance de celle-ci, ainsi que ceux édifiés sur le fondement d’une autorisation annulée par le juge administratif ou retirée par l’administration, doivent être regardés comme n’ayant pas été régulièrement édifiés. Il appartient au pétitionnaire d'apporter la preuve de l'existence légale de sa construction, au moment où il envisage d'y réaliser des aménagements soumis à déclaration ou à autorisation.

4. Il est constant que le hangar démoli par la tempête du 1er janvier 2018, que M. B... souhaite reconstruire a été édifié après 1943, vraisemblablement au début des années 1980. Sa construction était donc soumise à l’obtention d’un permis de construire. Si M. B... fait valoir qu’en ont été exemptées les constructions des exploitations agricoles servant au logement des récoltes et du matériel par un arrêté du 10 août 1946, modifié par un arrêté du 21 novembre 1960, il ressort des pièces du dossier que ces arrêtés ont été abrogés par un arrêté du 29 avril 1963. Dans ces conditions, la construction détruite en litige ne saurait être regardée comme ayant été régulièrement édifiée au sens des dispositions de l’article L. 111-15 du code de l’urbanisme. Dès lors, en refusant d’accorder le permis de construire sollicité, le maire n’a pas méconnu ces dispositions.

5. En second lieu, aux termes de l’article 2 du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme : « (…) dans le reste de la zone N ainsi que dans le secteur Nhs, sont autorisés : / pour la destination exploitations agricoles et forestières, les nouvelles constructions à usage forestier à condition de leur nécessité ou de leurs extension (…) ».

6. Si M. B... fait valoir que le projet en litige est destiné à permettre le stockage du matériel nécessaire à son activité viticole, cela ne ressort d’aucune pièce du dossier, alors au demeurant que les dispositions citées au point précédent n’autorisent dans la zone que les constructions à usage forestier, et non à usage agricole. Par suite, le requérant n’est pas fondé à soutenir que son projet doit être regardé comme une construction neuve respectant le règlement de la zone N du plan local d’urbanisme.

7. Enfin à supposer que le maire n’ait légalement pu opposer au projet les dispositions de l’article 11 du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme, relatives à l’insertion de la construction dans son environnement naturel et bâti, il résulte de l’instruction qu’il aurait pris la même décision en se fondant sur les motifs tirés de la méconnaissance par le projet de l’article L. 111-15 du code de l’urbanisme et de l’article 2 du règlement de la zone N du plan local d’urbanisme.

8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner la recevabilité de la requête, que M. B... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté attaqué.

Sur les frais liés à l’instance :

9. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Petit-Palais-et-Cornemps, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de M. B... une somme de 1 500 euros à verser à la commune de Petit-Palais-et-Cornemps en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.







D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : M. B... versera à la commune de Petit-Palais-et-Cornemps une somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et à la commune de Petit-Palais-et-Cornemps.


Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :

Mme Cécile Cabanne, présidente,
M. Romain Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Aurélie Lahitte, première conseillère,



Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.

Le rapporteur,

R. ROUSSEL CERA

La présidente,

C. CABANNE

La greffière,





M.-A. PRADAL

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,


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