Texte intégral
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête, enregistrée le 12 août 2025, sous le numéro 2505426, M. B... A..., représenté par Me Debril, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de l’assigner à résidence ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde de l’assigner à résidence dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- la décision attaquée méconnaît l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
Une pièce, enregistrée le 14 août 2025, a été produite par le préfet de la Gironde.
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 29 avril 2025.
II. Par une requête, enregistrée le 12 août 2025, sous le numéro 2505427, M. B... A..., représenté par Me Debril, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et a refusé d’abroger la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français prise précédemment à son encontre ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Gironde, d’une part, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d’un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou, à défaut, de procéder dans les mêmes conditions au réexamen de sa situation et, d’autre part, d’abroger la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français ainsi que celle de signalement aux fins de non-admission dans le système d’information Schengen, dans le délai de 15 jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sur le fondement de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision lui refusant un titre de séjour est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision lui refusant un titre de séjour méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;
- la décision refusant d’abroger l’interdiction de retour est insuffisamment motivée et entachée d’un défaut d’examen particulier ;
- la décision refusant d’abroger l’interdiction de retour méconnaît l’article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision refusant d’abroger l’interdiction de retour méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet de la Gironde qui n’a pas produit d’observations.
Les parties ont été informées, en application de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office, tiré de l’irrecevabilité des conclusions à fin d’annulation de la décision implicite refusant d’abroger l’interdiction de retour sur le territoire français dès lors que M. A... ne justifie pas résider hors de France à la date d’introduction de sa requête et ne rentre pas dans le cadre des deux exceptions prévues par l’article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lesquelles cette condition de résidence hors de France n’est pas requise.
Des observations, enregistrées le 16 juin 2026, ont été produites pour M. A....
M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par décision du 15 avril 2025.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Roussel Cera, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A..., de nationalité turque, a fait l’objet d’un arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. Par courrier du 15 janvier 2024, M. A... a sollicité la délivrance d’un titre de séjour, l’abrogation de la décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire français et a sollicité son assignation à résidence. Il demande l’annulation des décisions implicites de rejet nées du silence gardé par le préfet sur ces demandes.
2. Les deux requêtes concernent la situation d’un même étranger et ont fait l’objet d’une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d’annulation :
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
3. D’une part, aux termes de l’article R. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Le silence gardé par l’autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l’article R. 432-1 naît au terme d’un délai de quatre mois (…) ».
4. D’autre part, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir (…) ». Et aux termes de l’article L. 232-4 de ce code : « Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués ».
5. Il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 15 janvier 2024, reçu en préfecture le 16, M. A... a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le silence gardé par le préfet sur cette demande pendant quatre mois a fait naître une décision implicite de rejet. Il ressort encore des pièces du dossier que M. A... a demandé, par courrier du 6 février 2025, reçu en préfecture le 18, la communication des motifs de cette décision implicite attaquée. Le requérant soutient, sans être contredit par la préfète qui n’a pas produit de mémoire en défense, que l’administration ne lui a pas communiqué les motifs. Par suite, le préfet a méconnu l’obligation de motivation imposée par les dispositions citées au point précédent.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre cette décision, que M. A... est fondé à demander l’annulation de la décision implicite de refus de délivrance d’un titre de séjour.
En ce qui concerne la décision de refus d’assignation à résidence :
7. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet refuse d’assigner un étranger à résidence n’entre dans aucune des catégories de décisions qui doivent être motivées en vertu des articles L. 211-2 et L. 211-3 du code des relations entre le public et l’administration.
8. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet n’aurait pas procédé à l’examen préalable de la situation de M. A....
9. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…) ».
10. Il ressort des pièces du dossier que, après le rejet de sa demande d’asile, M. A... a fait l’objet d’un arrêté du 10 novembre 2022 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours qu’il n’a pas exécuté. En se bornant à soutenir qu’il est démuni de tout document de voyage en cours de validité, sans justifier ni au demeurant alléguer qu’il aurait contacté en vain les autorités consulaires de son pays d’origine afin de se faire délivrer un nouveau passeport, M. A... n’établit pas qu’il serait dans l’impossibilité de regagner son pays d’origine. Il est par ailleurs célibataire et sans enfant. S’il produit des bulletins de salaire en qualité d’ouvrier en bâtiment de novembre 2022 à décembre 2023 puis pour des périodes postérieures aux décisions attaquées, cette circonstance n’est pas davantage de nature à établir une impossibilité de quitter le territoire français. Dans ces conditions, en refusant de l’assigner à résidence, le préfet n’a pas commis d’erreur manifeste d'appréciation dans l’application de l’article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, il n’a pas entaché sa décision d’une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision de refus d’abrogation de l’interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l’article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. / Lorsque l'étranger sollicite l'abrogation de l'interdiction de retour, sa demande n'est recevable que s'il justifie résider hors de France. Cette condition ne s'applique pas : / 1° Pendant le temps où l'étranger purge en France une peine d'emprisonnement ferme ; / 2° Lorsque l'étranger fait l'objet d'une mesure d'assignation à résidence prise en application des articles L. 731-1 ou L. 731-3 ».
12. Il résulte de ces dispositions qu’un étranger n’est pas recevable à demander l’annulation de la décision refusant d’abroger une interdiction de retour sur le territoire français s’il ne justifie pas résider hors de France à la date où il saisit le juge administratif. Or, il est constant que M. A... était toujours en France à la date d’introduction de ses requêtes. Et il résulte de ce qui a été dit au point 10 qu’il n’entrait pas dans le cadre des deux exceptions prévues par l’article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans lesquelles cette condition de résidence hors de France n’est pas requise. Dès lors, ses conclusions tendant à l’annulation de la décision implicite du préfet refusant d’abroger l’interdiction de retour sur le territoire français dont il a fait l’objet sont irrecevables.
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
13. Il résulte des développements précédents que le présent jugement implique seulement qu’il soit enjoint à la préfète de la Gironde de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A..., dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l’attente et sans délai, un récépissé. En revanche, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.
Sur les frais de l’instance :
14. M. A... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros à verser à Me Debril, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
D E C I D E :
Article 1er : La décision par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement rejeté la demande de titre de séjour de M. A... est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de la Gironde de procéder au réexamen de la demande de M. A... dans le délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l’attente et sans délai, un récépissé.
Article 3 : L’Etat versera à Me Debril une somme de 800 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Debril renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2505427 et la requête n° 2505426 sont rejetés.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A..., à la préfète de la Gironde et à Me Debril.
Délibéré après l'audience du 17 juin 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Cécile Cabanne, présidente,
M. Romain Roussel Cera, premier conseiller,
Mme Aurélie Lahitte, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2026.
Le rapporteur,
R. ROUSSEL CERA
La présidente,
C. CABANNE
La greffière,
M.-A. PRADAL
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,