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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2605357

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2605357

mercredi 1 juillet 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2605357
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ULDRIF ASTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 juin 2026, Mme A... C..., agissant en son nom propre et en qualité de représentante légale de sa fille mineure, D... E... B..., représentée par Me Astié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) de lui accorder le bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’enjoindre à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) de rétablir le versement de l’allocation pour demandeur d’asile à leur profit, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance ;

3°) d’assortir cette injonction d’une astreinte de 150 euros par jour de retard jusqu’à complète exécution ;


4°) de mettre à la charge de l’Office français de l’immigration et de l’intégration une somme de 1 500 euros à verser à leur conseil, sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative combinées avec celles de l’article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique, sous réserve de son admission définitive à l'aide juridictionnelle et de la renonciation de son conseil à percevoir la part contributive de l'État, ou, à défaut d'admission, à lui verser directement sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d’urgence est caractérisée dès lors que sa situation ne s’est pas améliorée depuis l’ordonnance du juge des référés du 28 mai 2026 ; elle est toujours sans ressources pour subvenir aux besoins de sa fille et d’elle-même ;

- l’absence de rétablissement de l’allocation demandeur d’asile depuis qu’elle a renvoyé sa déclaration de ressources à l’OFII porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit d’asile, à son droit à la dignité et à l’intérêt supérieur de l’enfant, d’autant qu’elle n’a reçu aucune notification de refus.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
le jugement n°2602365 de la magistrate désignée du tribunal administratif de Bordeaux en date du 7 avril 2026 ;
l’ordonnance n°2604365 du juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux en date du 28 mai 2026.



Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
-le code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier ;

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C..., de nationalité nigériane, née le 14 mars 1994 et sa fille, D... B..., née le 10 août 2025, ont sollicité l’asile en France en 2025. Leurs demandes d’asile ont été rejetées par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et font l’objet d’un recours devant la Cour nationale du droit d’asile (CNDA). Par décision du 4 mars 2026, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) leur a notifié leur sortie du lieu d’hébergement pour demandeurs d’asile au 31 mars 2026. Par décision du 31 mars 2026, l’OFII a cependant retiré sa précédente décision. Mme C... demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, d’enjoindre à l’OFII de leur rétablir le versement de l’allocation d’aide aux demandeurs d’asile. (ADA).

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». L’article L. 522-3 dispose que « lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ». Le requérant qui saisit le juge des référés sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative doit justifier des circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure de la nature de celles qui peuvent être ordonnées sur le fondement de cet article, la circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale serait avérée n’étant pas de nature, par elle-même, à caractériser l’existence d’une situation d’urgence. En vertu de l’article L. 522-3 du code de justice administrative, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête sans instruction ni audience lorsque la condition d’urgence n’est pas remplie ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée.

3. Si les ordonnances par lesquelles le juge des référés fait usage de ses pouvoirs de juge de l’urgence sont exécutoires et, en vertu de l’autorité qui s’attache aux décisions de justice, obligatoires, elles sont, compte tenu de leur caractère provisoire, dépourvues de l’autorité de chose jugée. Il en résulte que la circonstance que le juge des référés a rejeté une première demande d’injonction présentée sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative ne fait pas obstacle à ce que la même partie saisisse ce juge d’une nouvelle demande ayant le même objet, notamment en soulevant des moyens ou en faisant valoir des éléments nouveaux, alors même qu’ils auraient pu lui être soumis dès sa première saisine.

4. En l’espèce, il résulte de l’instruction que, par une ordonnance n° 2604365 du 28 mai 2026, le juge des référés du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté pour défaut d’urgence particulière la requête présentée par Mme C... tendant à ce qu’il soit enjoint à l’OFII de la rétablir dans le bénéfice de l’allocation pour demandeurs d’asile (ADA).

5. Pour justifier de l’existence de circonstances nouvelles leur permettant de saisir le juge des référés sur le fondement de l’article L.521-2 du code de justice administrative, Mme C... fait valoir qu’elle ne bénéficie toujours pas du rétablissement de l’ADA malgré la transmission à l’OFII, le 8 juin 2026, de sa déclaration de ressources et que sa situation économique s’est dégradée.

6. Il résulte de l’instruction que Mme C... et sa fille, qui bénéficient toujours d’un hébergement pour demandeur d’asile au CADA COS de Villenave d’Ornon, ont, par courrier du 7 mai 2027, mis en demeure l’OFII de leur rétablir le versement de l’allocation demandeurs d’asile. Il apparaît qu’en réponse à cette mise en demeure, l’OFII a adressé à la requérante le formulaire de déclaration de ressources en vue d’instruire cette demande. Mme C... a retourné la déclaration de ressources à l’OFII le 8 juin 2026. La requérante estime que l’absence de réponse positive et de rétablissement de l’ADA à la date de l’introduction de sa requête, porte une atteinte grave et manifestement illégale à son droit à la dignité humaine, au droit d’asile et à l’intérêt supérieur de l’enfant. Pour autant, ce délai de trois semaines d’instruction de sa demande à la date de la présence ordonnance, qui ne caractérise aucun retard excessif, et alors qu’il n’est ni démontré ni même allégué que l’OFII aurait remis en cause le versement à venir de l’allocation d’aide aux demandeurs d’asile, ne saurait caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à l’une des libertés fondamentales dont elle se prévaut. Dans ces conditions, les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte de la requête apparaissent manifestement mal fondées.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur la condition d’urgence, il y a lieu de rejeter ces conclusions par application de l’article L.522-3 du code de justice administrative.


Sur la demande d’aide juridictionnelle provisoire et les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :


9. Aux termes de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991 visée ci-dessus : « L’aide juridictionnelle est accordée à la personne dont l’action n’apparaît pas, manifestement, irrecevable ou dénuée de fondement » et aux termes de l’article 20 de la même loi : « Dans les cas d’urgence, sous réserve de l’appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d’office, l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée (…) par la juridiction compétente ou son président ». Il résulte des points précédents que la requête de Mme C... ne satisfait pas de manière manifeste aux conditions posées par l’article L.521-2 du code de justice administrative. Dès lors, et en vertu des dispositions précitées de l’article 7 de la loi du 10 juillet 1991, il n’y a pas lieu de lui accorder l’aide juridictionnelle à titre provisoire. Par ailleurs, les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’OFII, qui n’est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont Mme C... demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.





ORDONNE :


Article 1er : La requête n° 2605357 de Mme C... est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... et à Me Astié.

Copie sera transmise pour information à l’Office français de l’immigration et de l’intégration.

Fait à Bordeaux, le 1er juillet 2026.

Le juge des référés,

M. Vaquero





La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,



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