Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2605775
lundi 3 août 2026
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2605775 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP SALESSE ET ASSOCIES |
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 30 juillet 2026, la société par actions simplifiée CDS, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à l’Office public de l’habitat (OPH) Aquitanis de reprendre la procédure de passation du marché de maintenance du patrimoine 2027-2030 pour le lot n° 14 « étanchéité horizontale », au stade de l’analyse des offres ;
2°) de mettre à la charge de l’OPH Aquitanis une somme de 5 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Aquitanis a sélectionné une entreprise qui avait présenté une offre anormalement basse et a méconnu ainsi les règles posées par son règlement de consultation et les principes de transparence et d’égalité de traitement des candidats en matière de commande publique ;
- que ce manquement dans la procédure de passation l’a directement lésée et lui a fait perdre une chance d’obtenir le marché dès lors que, classée cinquième alors que quatre entreprises ont été retenues attributaires, l’élimination d’un seul candidat ayant présenté une offre anormalement basse aurait permis de la qualifier.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 et 30 juillet 2026, l’OPH Aquitanis représenté par Me Teani, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société CDS en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la commande publique ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Chauvin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, juge des référés ;
- les observations de Me de la Marque, représentant la société CDS qui reprend les moyens de ses écritures en les développant ;
- les observations de Me Teani, représentant l’OPH Aquitanis qui reprend les moyens de ses écritures en les développant ;
- en présence de M. A..., gérant de la société Canal étanchéité.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu’il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l’exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d’exploitation, la délégation d’un service public ou la sélection d’un actionnaire opérateur économique d’une société d’économie mixte à opération unique.». Aux termes de l’article L. 551-10 du même code : « Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d’économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d’être lésées par le manquement invoqué (…)». En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d’être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l’opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l’avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.
2. Par un avis d’appel public à concurrence publié le 25 février 2026, l’OPH Aquitanis a lancé une procédure d’appel d’offres ouvert en vue de la réalisation d’un marché de maintenance du patrimoine 2027-2030 décomposé en 42 lots, avec une date limite de remise des offres fixée au 25 mars 2026. La SAS CDS a présenté une offre sur le lot n° 8 « couverture charpente » et sur le lot n° 14 « étanchéité horizontale ». Par courrier du 3 juillet 2026, elle a été informée que son offre sur le lot n° 8 avait été jugée inacceptable en raison d’une surenchère de 25 % et son offre sur le lot n° 14, déclarée irrégulière, dès lors qu’elle n’aurait pas fourni de note méthodologique spécifique. A la suite de sa contestation concernant le seul lot n° 14 et de la justification du dépôt d’un mémoire technique sur ledit lot conformément au règlement de consultation, par courrier du 9 juillet 2026, Aquitanis a fait savoir à la société CDS que son offre sur le lot n° 14, classée en 5ème position, n’avait toutefois pas été retenue par la commission d’attribution et que ce lot avait été attribué à SAE Agence Bordeaux, Canal étanchéité, Soprema entreprises et SAS Aquisole. Estimant qu’au moins l’une de ces quatre sociétés attributaires avait présenté une offre anormalement basse, la société CDS a saisi le juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, en vue d’enjoindre à l’OPH Aquitanis de reprendre la procédure au stade de l’analyse des offres.
3. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 2152-1 du code de la commande publique : « L’acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ». Aux termes de l’article L. 2152-5 du même code : « Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ». L’article L. 2152-6 du même code dispose que « L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. Lorsqu’une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ». Aux termes de l’article R. 2152-3 du même code : « L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter. Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants: 1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; 3° L'originalité de l'offre ; 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ; 5° L'obtention éventuelle d'une aide d'Etat par le soumissionnaire. »
4. S’agissant des modalités de jugement des offres, le règlement de la consultation applicable à l’accord-cadre en litige stipule, page 9, que les offres hors délai, anormalement basses, inappropriées, irrégulières et les offres inacceptables seront éliminées sans être classées. Il définit l’offre irrégulière comme étant celle qui « ne respecte pas les exigences formulées pour la consultation, est incomplète ou méconnaît la législation applicable en matière sociale ou environnementale, malgré une éventuelle demande de régularisation par l’acheteur », l’offre anormalement basse comme celle dont « le prix est manifestement sous évalué, de nature à compromettre la bonne exécution du contrat, et le fournisseur n’apporte pas de justification du prix après demande de l’acheteur, notamment au regard du mode de fabrication, de la solution technique, de l’originalité, de la réglementation applicable ou d’une aide d’Etat » et qualifie l’offre d’inacceptable lorsque « le prix excède les crédits budgétaires alloués par l’acheteur au contrat ». Il stipule que le jugement des offres sera effectué en fonctions de trois critères : 1. engagements pris en matière de RSE, 2. prix de la prestation, 3. valeur technique, chacun de ces critères étant pondéré respectivement à hauteur de 5%, 60% et 35 %. Concernant les modalités de calcul des notes, il prévoit que : « Le critère prix sera analysé de la manière suivante : Note = (prix le plus bas / prix de l’offre examinée) x pondération du critère. Concernant le critère prix : La note accordée pour ce critère sera égale à 0 pour une offre dont la surenchère est supérieure à 20% au-dessus de l'estimation (offre inacceptable). Si une offre dont le rabai est inférieur à 20% de l’estimation alors celle-ci sera considérée comme anormalement basse. L'analyse du critère prix est basé : - sur le rabais ou la surenchère sur l'ensemble des articles - le montant total estimatif, là où le candidat doit chiffrer les prix unitaires. Les rabais sur chantier (3 premières lignes) ne sont pas pris en compte. Concernant la notation de la valeur technique : Les réponses aux critères techniques et RSE devront être portées au mémoire technique fourni Note pour chaque critère / sous critère RSE et technique : note 0 : absence de réponse ou hors sujet note 0,25 : l'offre répond partiellement au besoin note 0,5 : l'offre répond en grande partie au besoin note 0,75 : l'offre répond au besoin note 1 : l'offre répond au-delà du besoin ».
5. En premier lieu, il n’est pas contesté que la société SAE, attributaire du lot n° 14 a présenté une offre avec un rabais de 33 % par rapport au bordereau de prix unitaire et donc, dépassant le seuil des 20%, une offre considérée comme anormalement basse au sens du règlement de la consultation. Toutefois, et conformément aux dispositions du code de la commande publique, que le règlement de consultation a entendu rappeler, ayant détecté une offre anormalement basse, l’acheteur restait tenu de demander des justifications du prix au fournisseur, ce que l’OPH Aquitanis a fait. Ainsi, et en dépit de la rédaction maladroite du règlement de consultation, ce dernier ne contraignait pas Aquitanis à écarter d’emblée l’offre anormalement basse présentée par SAE, sans mise en œuvre d’une demande de justification.
6. En second lieu, il résulte de l’instruction que par courriel du 13 mai 2026, Aquitanis a informé SAE Bordeaux que son offre sur le lot n° 14 serait peut-être considérée comme anormalement basse et lui a demandé par écrit des précisions sur ce point en lui rappelant les dispositions précitées de l’article R. 2152-3 du code de la commande publique. Cette société y a répondu par une note argumentée dans laquelle elle justifie des prix concurrentiels par son expérience dans les marchés à bons de commandes d’entretiens des toiture terrasse. Elle explique notamment être titulaire de plusieurs marchés ayant les mêmes prix unitaires et être compétitive grâce à une productivité améliorée à travers un matériel performant et un plan de formation pour l’ensemble du personnel sur tous les modes opératoires, une optimisation globale de ses coûts grâce à des achats en grande quantité auprès des fournisseurs et des prix de matériaux réduisant les couts de livraison et lui permettant de bénéficier de remises supplémentaires, ainsi que d’une politique de valorisation des métaux lui assurant un chiffre d’affaires réintégré dans les calculs et un amortissement de la quasi-totalité de son matériel. Cette réponse était accompagnée en annexe de la justification détaillée des prix proposés sur chaque poste de prestation de son offre. Si la société requérante soutient que les prix proposés par SAE sont grossièrement sous-évalués, elle se borne à contester tout particulièrement le cout annoncé dans cette annexe par SAE de la main d’œuvre, à hauteur notamment, de 18,06 euros de l’heure, hors-taxe, pour un ouvrier d’exécution, alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que ce taux, qui est au demeurant supérieur au SMIC brut de 12,31 euros applicable au 1er juin 2026, ne respecterait pas la règlementation du travail. La seule circonstance que ce tarif soit largement en dessous du niveau de salaire que la requérante pratique, tel que l’illustrent deux bulletins de paie qu’elle produit, ne permet pas, à elle seule, d’établir que l’offre de SAE, qui s’apprécie globalement, était anormalement basse et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ni, par voie de conséquence, que l’OPH Aquitanis a commis une erreur manifeste d’appréciation en lui attribuant le lot n°14.
7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de la société CDS présentée sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative doit être rejetée.
Sur les frais liés à l’instance :
8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’OPH Aquitanis, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société CDS au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l’OPH Aquitanis et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société CDS est rejetée.
Article 2 : La société CDS versera à l’OPH Aquitanis une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée CDS, à l’OPH Aquitanis et aux sociétés SAE Agence Bordeaux, Canal étanchéité, Soprema entreprises et SAS Aquisole.
Fait à Bordeaux, le 3 aout 2026.
La juge des référés,
Chauvin
La greffière,
H. Malo
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 et 30 juillet 2026, la société par actions simplifiée CDS, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à l’Office public de l’habitat (OPH) Aquitanis de reprendre la procédure de passation du marché de maintenance du patrimoine 2027-2030 pour le lot n° 14 « étanchéité horizontale », au stade de l’analyse des offres ;
2°) de mettre à la charge de l’OPH Aquitanis une somme de 5 000 euros sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- Aquitanis a sélectionné une entreprise qui avait présenté une offre anormalement basse et a méconnu ainsi les règles posées par son règlement de consultation et les principes de transparence et d’égalité de traitement des candidats en matière de commande publique ;
- que ce manquement dans la procédure de passation l’a directement lésée et lui a fait perdre une chance d’obtenir le marché dès lors que, classée cinquième alors que quatre entreprises ont été retenues attributaires, l’élimination d’un seul candidat ayant présenté une offre anormalement basse aurait permis de la qualifier.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 28 et 30 juillet 2026, l’OPH Aquitanis représenté par Me Teani, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la société CDS en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de la commande publique ;
le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif a désigné Mme Chauvin pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, juge des référés ;
- les observations de Me de la Marque, représentant la société CDS qui reprend les moyens de ses écritures en les développant ;
- les observations de Me Teani, représentant l’OPH Aquitanis qui reprend les moyens de ses écritures en les développant ;
- en présence de M. A..., gérant de la société Canal étanchéité.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l’article L. 551-1 du code de justice administrative : « Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu’il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l’exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d’exploitation, la délégation d’un service public ou la sélection d’un actionnaire opérateur économique d’une société d’économie mixte à opération unique.». Aux termes de l’article L. 551-10 du même code : « Les personnes habilitées à engager les recours prévus aux articles L. 551-1 et L. 551-5 sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat ou à entrer au capital de la société d’économie mixte à opération unique et qui sont susceptibles d’être lésées par le manquement invoqué (…)». En vertu de ces dispositions, les personnes habilitées à agir pour mettre fin aux manquements du pouvoir adjudicateur à ses obligations de publicité et de mise en concurrence sont celles susceptibles d’être lésées par de tels manquements. Il appartient dès lors au juge des référés précontractuels de rechercher si l’opérateur économique qui le saisit se prévaut de manquements qui, eu égard à leur portée et au stade de la procédure auquel ils se rapportent, sont susceptibles de l’avoir lésée ou risquent de la léser, fût-ce de façon indirecte en avantageant une entreprise concurrente.
2. Par un avis d’appel public à concurrence publié le 25 février 2026, l’OPH Aquitanis a lancé une procédure d’appel d’offres ouvert en vue de la réalisation d’un marché de maintenance du patrimoine 2027-2030 décomposé en 42 lots, avec une date limite de remise des offres fixée au 25 mars 2026. La SAS CDS a présenté une offre sur le lot n° 8 « couverture charpente » et sur le lot n° 14 « étanchéité horizontale ». Par courrier du 3 juillet 2026, elle a été informée que son offre sur le lot n° 8 avait été jugée inacceptable en raison d’une surenchère de 25 % et son offre sur le lot n° 14, déclarée irrégulière, dès lors qu’elle n’aurait pas fourni de note méthodologique spécifique. A la suite de sa contestation concernant le seul lot n° 14 et de la justification du dépôt d’un mémoire technique sur ledit lot conformément au règlement de consultation, par courrier du 9 juillet 2026, Aquitanis a fait savoir à la société CDS que son offre sur le lot n° 14, classée en 5ème position, n’avait toutefois pas été retenue par la commission d’attribution et que ce lot avait été attribué à SAE Agence Bordeaux, Canal étanchéité, Soprema entreprises et SAS Aquisole. Estimant qu’au moins l’une de ces quatre sociétés attributaires avait présenté une offre anormalement basse, la société CDS a saisi le juge des référés, sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative, en vue d’enjoindre à l’OPH Aquitanis de reprendre la procédure au stade de l’analyse des offres.
3. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 2152-1 du code de la commande publique : « L’acheteur écarte les offres irrégulières, inacceptables ou inappropriées ». Aux termes de l’article L. 2152-5 du même code : « Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ». L’article L. 2152-6 du même code dispose que « L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses. Lorsqu’une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre. Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat ». Aux termes de l’article R. 2152-3 du même code : « L'acheteur exige que le soumissionnaire justifie le prix ou les coûts proposés dans son offre lorsque celle-ci semble anormalement basse eu égard aux travaux, fournitures ou services, y compris pour la part du marché qu'il envisage de sous-traiter. Peuvent être prises en considération des justifications tenant notamment aux aspects suivants: 1° Le mode de fabrication des produits, les modalités de la prestation des services, le procédé de construction ; 2° Les solutions techniques adoptées ou les conditions exceptionnellement favorables dont dispose le soumissionnaire pour fournir les produits ou les services ou pour exécuter les travaux ; 3° L'originalité de l'offre ; 4° La règlementation applicable en matière environnementale, sociale et du travail en vigueur sur le lieu d'exécution des prestations ; 5° L'obtention éventuelle d'une aide d'Etat par le soumissionnaire. »
4. S’agissant des modalités de jugement des offres, le règlement de la consultation applicable à l’accord-cadre en litige stipule, page 9, que les offres hors délai, anormalement basses, inappropriées, irrégulières et les offres inacceptables seront éliminées sans être classées. Il définit l’offre irrégulière comme étant celle qui « ne respecte pas les exigences formulées pour la consultation, est incomplète ou méconnaît la législation applicable en matière sociale ou environnementale, malgré une éventuelle demande de régularisation par l’acheteur », l’offre anormalement basse comme celle dont « le prix est manifestement sous évalué, de nature à compromettre la bonne exécution du contrat, et le fournisseur n’apporte pas de justification du prix après demande de l’acheteur, notamment au regard du mode de fabrication, de la solution technique, de l’originalité, de la réglementation applicable ou d’une aide d’Etat » et qualifie l’offre d’inacceptable lorsque « le prix excède les crédits budgétaires alloués par l’acheteur au contrat ». Il stipule que le jugement des offres sera effectué en fonctions de trois critères : 1. engagements pris en matière de RSE, 2. prix de la prestation, 3. valeur technique, chacun de ces critères étant pondéré respectivement à hauteur de 5%, 60% et 35 %. Concernant les modalités de calcul des notes, il prévoit que : « Le critère prix sera analysé de la manière suivante : Note = (prix le plus bas / prix de l’offre examinée) x pondération du critère. Concernant le critère prix : La note accordée pour ce critère sera égale à 0 pour une offre dont la surenchère est supérieure à 20% au-dessus de l'estimation (offre inacceptable). Si une offre dont le rabai est inférieur à 20% de l’estimation alors celle-ci sera considérée comme anormalement basse. L'analyse du critère prix est basé : - sur le rabais ou la surenchère sur l'ensemble des articles - le montant total estimatif, là où le candidat doit chiffrer les prix unitaires. Les rabais sur chantier (3 premières lignes) ne sont pas pris en compte. Concernant la notation de la valeur technique : Les réponses aux critères techniques et RSE devront être portées au mémoire technique fourni Note pour chaque critère / sous critère RSE et technique : note 0 : absence de réponse ou hors sujet note 0,25 : l'offre répond partiellement au besoin note 0,5 : l'offre répond en grande partie au besoin note 0,75 : l'offre répond au besoin note 1 : l'offre répond au-delà du besoin ».
5. En premier lieu, il n’est pas contesté que la société SAE, attributaire du lot n° 14 a présenté une offre avec un rabais de 33 % par rapport au bordereau de prix unitaire et donc, dépassant le seuil des 20%, une offre considérée comme anormalement basse au sens du règlement de la consultation. Toutefois, et conformément aux dispositions du code de la commande publique, que le règlement de consultation a entendu rappeler, ayant détecté une offre anormalement basse, l’acheteur restait tenu de demander des justifications du prix au fournisseur, ce que l’OPH Aquitanis a fait. Ainsi, et en dépit de la rédaction maladroite du règlement de consultation, ce dernier ne contraignait pas Aquitanis à écarter d’emblée l’offre anormalement basse présentée par SAE, sans mise en œuvre d’une demande de justification.
6. En second lieu, il résulte de l’instruction que par courriel du 13 mai 2026, Aquitanis a informé SAE Bordeaux que son offre sur le lot n° 14 serait peut-être considérée comme anormalement basse et lui a demandé par écrit des précisions sur ce point en lui rappelant les dispositions précitées de l’article R. 2152-3 du code de la commande publique. Cette société y a répondu par une note argumentée dans laquelle elle justifie des prix concurrentiels par son expérience dans les marchés à bons de commandes d’entretiens des toiture terrasse. Elle explique notamment être titulaire de plusieurs marchés ayant les mêmes prix unitaires et être compétitive grâce à une productivité améliorée à travers un matériel performant et un plan de formation pour l’ensemble du personnel sur tous les modes opératoires, une optimisation globale de ses coûts grâce à des achats en grande quantité auprès des fournisseurs et des prix de matériaux réduisant les couts de livraison et lui permettant de bénéficier de remises supplémentaires, ainsi que d’une politique de valorisation des métaux lui assurant un chiffre d’affaires réintégré dans les calculs et un amortissement de la quasi-totalité de son matériel. Cette réponse était accompagnée en annexe de la justification détaillée des prix proposés sur chaque poste de prestation de son offre. Si la société requérante soutient que les prix proposés par SAE sont grossièrement sous-évalués, elle se borne à contester tout particulièrement le cout annoncé dans cette annexe par SAE de la main d’œuvre, à hauteur notamment, de 18,06 euros de l’heure, hors-taxe, pour un ouvrier d’exécution, alors qu’il ne résulte pas de l’instruction que ce taux, qui est au demeurant supérieur au SMIC brut de 12,31 euros applicable au 1er juin 2026, ne respecterait pas la règlementation du travail. La seule circonstance que ce tarif soit largement en dessous du niveau de salaire que la requérante pratique, tel que l’illustrent deux bulletins de paie qu’elle produit, ne permet pas, à elle seule, d’établir que l’offre de SAE, qui s’apprécie globalement, était anormalement basse et de nature à compromettre la bonne exécution du marché ni, par voie de conséquence, que l’OPH Aquitanis a commis une erreur manifeste d’appréciation en lui attribuant le lot n°14.
7. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de la société CDS présentée sur le fondement de l’article L. 551-1 du code de justice administrative doit être rejetée.
Sur les frais liés à l’instance :
8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l’OPH Aquitanis, qui n’est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société CDS au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la requérante une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par l’OPH Aquitanis et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société CDS est rejetée.
Article 2 : La société CDS versera à l’OPH Aquitanis une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société par actions simplifiée CDS, à l’OPH Aquitanis et aux sociétés SAE Agence Bordeaux, Canal étanchéité, Soprema entreprises et SAS Aquisole.
Fait à Bordeaux, le 3 aout 2026.
La juge des référés,
Chauvin
La greffière,
H. Malo
La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,