Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2605877

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2605877
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL ULDRIF ASTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juillet 2026, Mme B... A..., représentée par Me Astié, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :
- l’urgence est caractérisée dès lors que l’absence de récépissé l’empêche de justifier de la régularité de son séjour auprès de ses employeurs et compromet la poursuite de son activité professionnelle d’aide à domicile employée dans le cadre de CESU ; elle le place également dans une situation d’insécurité juridique permanente et porte une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle, sociale et professionnelle ;
- ayant transmis le 26 mai 2026 un dossier complet de demande d’admission exceptionnelle au séjour, la mesure sollicitée est utile dès lors qu’en application du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, la remise d’un récépissé a pour objet de permettre au demandeur de justifier de la régularité de sa situation pendant l’instruction de sa demande ;
- la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2026, la préfète de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir qu’un récépissé valable jusqu’au 27 janvier 2027 a été édité et qu’une convocation a été envoyée à Mme A... afin qu’elle vienne le récupérer.

Par un mémoire en réplique, enregistré le 29 juillet 2026, Mme A... maintient ses conclusions, en soutenant en outre, que le récépissé délivré par la préfète ne met pas son titulaire en mesure de travailler.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chauvin, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. Mme B... A..., ressortissante sénégalaise née le 22 mars 1976, qui déclare être entrée en France en 2012, a déposé auprès de la sous-préfecture du Raincy une demande d’admission exceptionnelle au séjour qui a donné lieu à la délivrance d’un récépissé de demande de carte de séjour, régulièrement renouvelé jusqu’au 19 février 2026. Par courriel du 6 mai 2026, la préfecture de la Gironde a invité Mme A... à déposer un nouveau dossier auprès de ses services, faute de transfert du dossier. Par lettre recommandée réceptionnée le 2 juin 2026 par la préfecture de la Gironde, Mme A... a transmis un dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Dans la présente instance, elle demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. D’une part, aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. » Saisi sur le fondement de ces dispositions, d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

3. D’autre part aux termes de l'article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. (...) ». L’article L. 522-3 dudit code dispose : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1. ». En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu’elle est dénuée d’urgence, ou qu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

4. Enfin, aux termes de l’article L. 431-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Les conditions dans lesquelles les demandes de titres de séjour sont déposées auprès de l’autorité administrative compétente sont fixées par voie réglementaire. » Aux termes de l’article L. 431-3 du même code : « La détention d’un document provisoire délivré à l’occasion d’une demande de titre de séjour, d’une attestation de demande d’asile ou d’une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l’étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. Sous réserve des exceptions prévues par la loi ou les règlements, ces documents n’autorisent pas leurs titulaires à exercer une activité professionnelle ». Aux termes du premier alinéa de l’article R. 431-12 du même code : « L’étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu’il précise […] ». Les articles R. 431-14 et R. 431-15 du même code déterminent les cas dans lesquels ce récépissé autorise en outre son titulaire à exercer une activité professionnelle.

5. Il résulte de l’instruction que Mme A... n’a pas demandé le renouvellement d’un précédent titre de séjour, ni la délivrance d’une des cartes de séjour énumérées à l’article R. 431-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile pour lesquelles le titulaire d’un récépissé est autorisé à travailler, mais a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de sa vie privée et familiale. Il résulte de l’instruction que, postérieurement à l’introduction de sa requête en référé, le préfet de la Gironde a délivré à Mme A... un récépissé de demande de carte de séjour valable du 20 juillet 2026 au 27 janvier 2027 et lui a adressé, le 28 juillet 2026, une convocation pour remise de ce récépissé. Il n’y a donc plus lieu de statuer sur ses conclusions tendant à ce que la préfète de la Gironde lui délivre un récépissé de demande de titre de séjour. Si Mme A... maintient toutefois ses conclusions en faisant valoir qu’elle n’a pas obtenu satisfaction dès lors que le récépissé délivré par la préfecture n’autorise pas son titulaire à travailler, alors qu’elle sollicitait expressément de pouvoir poursuivre son activité professionnelle d’aide à domicile, il résulte des dispositions de l’article R. 431-14 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que l’admission exceptionnelle au séjour, prévue par les dispositions de l’article L. 435-1 de ce code, n’est pas au nombre des droits au séjour conférant au détenteur d’un récépissé de première demande sur ce fondement, un droit au travail le temps de l’instruction de son dossier. Il ressort d’ailleurs des pièces du dossier que le récépissé qui lui avait été délivré par la préfecture de la Seine Saint-Denis n’autorisait pas Mme A... à travailler. Dans ces conditions, les conclusions de la requérante tendant à la délivrance d’un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler apparaissent manifestement mal fondées.

6. Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu de rejeter la requête de Mme A..., y compris les conclusions présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative, suivant la procédure prévue à l’article L. 522-3 du même code.



O R D O N N E :


Article 1er : La requête de Mme B... A... est rejetée.


Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B... A... et à la préfète de la Gironde.






Fait à Bordeaux, le 3 aout 2026.


La juge des référés,



Chauvin

La République mande et ordonne la préfète de la Gironde en ce qui la concerne, ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
La greffière,