Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2606224

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2606224
TypeOrdonnance
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Avocat requérantADMYS AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 31 juillet 2026, et par un mémoire en production de pièces, enregistré le 3 août 2026, la société Natéa Sports et Loisirs, représentée par son gérant en exercice et ayant pour avocats Me Comte et Me Hamon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à l’administration d’autoriser l’ouverture du site de loisirs qu’elle exploite à Saint-Savin ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- exploitant un site de loisirs aménagé accueillant une présence humaine encadrée implanté en plein massif forestier d’une commune à dominante forestière, elle a intérêt à agir dès lors que l’arrêté du 25 juillet 2026 la prive de la possibilité d’exercer son activité depuis le 25 juillet 2026, qu’elle est placée dans l’impossibilité de bénéficier de l’assouplissement ouvert aux autres parcs de loisirs par l’arrêté du 29 juillet 2026 et que son recours gracieux a été rejeté par une décision du 30 juillet 2026 ;
- la condition d’extrême urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée emporte l’arrêt total et immédiat de sa seule activité, au cœur de la période estivale qui concentre l’essentiel de son chiffre d’affaires annuel et va lui occasionner une perte irrattrapable ; cette situation met en péril, à brève échéance, la viabilité économique de l’entreprise et les emplois qu’elle représente ;
- les actes litigieux, qui lui interdisent d’exercer son activité, portent une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l’industrie et à la liberté d’entreprendre ;
- la décision du 25 juillet 2026 a été abrogée par l’arrêté du 29 juillet 2026 ; son ouverture doit être autorisée dès lors qu’elle remplit les conditions de l’article 4 de cet arrêté, les activités accueillant du public se déroulant sur des emprises aménagées situées hors des espaces susceptibles de favoriser la propagation d’un incendie, qui ne sont pas de nature à faire obstacle aux opérations de secours, et la base n’étant pas située dans un secteur faisant l’objet d’une mesure d’évacuation ;
- la décision du 31 juillet 2026 par laquelle la sous-préfète de Blaye a confirmé le refus de reconnaître au site de loisirs qu’elle exploite à Saint-Savin le bénéfice de la dérogation prévue à l’article 4 de l’arrêté du 29 juillet 2026 est insuffisamment motivée ;
- en tout état de cause, la mesure d’interdiction est illégale en ce qu’elle n’est pas limitée dans le temps, est disproportionnée et méconnaît le principe d’égalité.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 août 2026, la préfète de la Gironde conclut, à titre principal, au non-lieu à statuer et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Elle soutient que :
- l’intervention en cours d’instance de l’arrêté du 31 juillet 2026 plaçant le département de la Gironde en vigilance rouge pour le risque des feux de forêt et portant mesures de restrictions permet, à son article 1er, d’exercer une activité sur un site de loisirs aménagé sauf entre 14 heures et 22 heures, de sorte que le litige a perdu son objet ;
- la condition d’urgence caractérisée n’est pas remplie eu égard à l’objectif d’intérêt général, lié à l’ordre et à la sécurité publics, faisant obstacle à la suspension de ses décisions prononçant des mesures de restriction, qui ont pour objet de prévenir tout risque d’aggravation des incendies en cours, d’assurer la sécurité des personnes et des biens et de préserver les capacités opérationnelles des services d’incendie et de secours, et eu égard à l’absence de danger avéré quant à la pérennité de la société requérante, dont l’activité ne se limite pas au site de loisirs de Saint-Savin ;
- la société requérante ne peut se prévaloir d’une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d’entreprendre et à sa liberté de commerce et d’industrie, compte tenu de la nécessité de protéger l’ordre public et, plus particulièrement, la sécurité des personnes et des biens dans un contexte exceptionnel de risque de feux de forêt ;
- le moyen tiré de l’insuffisance de motivation du courrier du 31 juillet 2026 est inopérant et, en tout état de cause, un tel moyen ne saurait caractériser une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale ;
- le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation n’est pas fondé dès lors que le site de loisirs exploité par la société requérante se trouve dans un secteur boisé ou à proximité immédiate d’un tel secteur, de sorte que les conditions prévues par l’arrêté du 29 juillet 2026 n’étaient pas réunies pour bénéficier des mesures d’assouplissement, et que le Blayais n’a pas été exempté par les départs de feu ;
- la méconnaissance du principe d’égalité n’est pas établie.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique tenue le 3 août 2026 à 14h30 en présence de Mme Janin, greffière d’audience, Mme Jaouën a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Groetzniger, représentant la société Natéa Sports et Loisirs, qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu’elle n’a pas obtenu de réponse claire des services préfectoraux quant à la possibilité d’ouvrir le site de loisirs qu’elle exploite à Saint-Savin de 9 heures à 14 heures ;
- et les observations de M. A..., représentant la préfète de la Gironde, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire par les mêmes moyens.

La clôture de l’instruction a été prononcée après ces observations.


Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre défini par le règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies du 7 juillet 2023, face à l’incendie exceptionnel qui affecte le département de la Gironde, la préfète de la Gironde a décidé de passer au niveau exceptionnel de 5 sur une échelle de 5 (« vigilance noire »), la vigilance pour la prévention des incendies de forêt dans le département de la Gironde à compter du 25 juillet 2026 et a en conséquence, dans les espaces exposés des communes à dominante forestière, notamment interdit les manifestations sportives, de loisirs et culturelles, la présence humaine encadrée et les sites de loisirs aménagés toute la journée. Par un arrêté du 29 juillet 2026, portant réglementation temporaire des manifestations festives, sportives et culturelles organisées dans le département de la Gironde, la préfète de la Gironde a autorisé certaines activités organisées en extérieur au sein des parcs de loisirs et des zones de loisirs se déroulant sur des emprises aménagées situées, en tout ou partie, hors des espaces naturels, forestiers ou, plus généralement végétalisés susceptibles de favoriser la propagation d’incendie, sous réserve qu’elles ne soient pas implantées dans un secteur faisant l’objet d’une mesure d’évacuation ni de nature à faire obstacle aux opérations de secours ou à la gestion de la crise en cours. La société Natéa Sports et Loisirs, qui exploite un site de loisirs aménagé sur le territoire de la commune de Saint-Savin et souhaite bénéficier d’un allègement du dispositif de vigilance, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice, d’enjoindre à l’administration d’autoriser l’ouverture du site de loisirs qu’elle exploite.

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Selon l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ».

3. Il résulte de l’instruction que, par un arrêté du 31 juillet 2026, intervenu en cours d’instance, la préfète de la Gironde a abaissé au niveau 4 sur une échelle de 5 (« vigilance rouge ») la vigilance pour le risque des feux de forêt et a énoncé les mesures de restriction applicables dans le département de la Gironde. Il résulte de cet arrêté, et notamment de son article 1.2, que, dans les espaces exposés des communes à dominante forestière du département, au nombre desquelles se trouve la commune de Saint-Savin, c’est-à-dire dans les massifs forestiers, les espaces en nature de bois, forêts, landes, plantation, reboisements continus et homogènes, ainsi que dans toutes les zones situées dans un périmètre de 200 mètres autour de ces espaces, les activités sur les sites de loisirs aménagés sont autorisées, hormis entre 14 heures et 22 heures.

4. En premier lieu, dès lors que cet arrêté ne permet l’ouverture du site de loisirs exploité par la société requérante à Saint-Savin qu’à certaines heures, la préfète de la Gironde n’est pas fondée à soutenir que son édiction priverait la requête de son objet.

5. En deuxième lieu, l’intervention de l’arrêté du 31 juillet 2026 permet à la société Natéa Sports et Loisirs d’ouvrir le site de loisirs qu’elle exploite à Saint-Savin de 9 heures à 14 heures. Cette société, qui produit des documents comptables, n’établit pas, compte tenu de cette possibilité d’ouverture partielle et de ce qu’elle exploite également un autre site de loisirs situé dans le département de la Charente-Maritime et qui n’est pas affecté par les restrictions en litige, qu’elle se trouverait dans une situation d’urgence caractérisée au regard de sa situation financière, qui rendrait nécessaire l’intervention, dans un délai de quarante-huit heures, du juge des référés statuant sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. Dès lors, sa requête ne peut être regardée comme satisfaisant la condition d’urgence énoncée par ces dispositions et doit, par suite, être rejetée.

6. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat une somme à verser à la société Natéa Sports et Loisirs au titre des frais liés à l’instance, sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


O R D O N N E :


Article 1er : La requête de la société Natéa Sports et Loisirs est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Natéa Sports et Loisirs et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 3 août 2026.


La magistrate désignée,

S. JAOUËN
La greffière,

C. JANIN



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,