Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2606254

lundi 3 août 2026

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2606254
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantADMYS AVOCATS AARPI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er août 2026, la société Tepacap, représentée par son gérant en exercice et ayant pour avocats Me Comte et Me Hamon, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à l’administration d’autoriser l’ouverture de la société Tepacap ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 2 000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- exploitant un site de loisirs aménagé accueillant une présence humaine encadrée implanté en plein massif forestier d’une commune à dominante forestière, elle a intérêt à agir dès lors que l’arrêté du 25 juillet 2026 la prive de la possibilité d’exercer son activité depuis le 25 juillet 2026, qu’elle est placée dans l’impossibilité de bénéficier de l’assouplissement ouvert aux autres parcs de loisirs par l’arrêté du 29 juillet 2026 et que son recours gracieux a été rejeté par une décision du 30 juillet 2026 ;
- la condition d’extrême urgence est satisfaite dès lors que la décision contestée emporte l’arrêt total et immédiat de sa seule activité, au cœur de la période estivale qui concentre l’essentiel de son chiffre d’affaires annuel et va lui occasionner une perte irrattrapable ; cette situation met en péril, à brève échéance, la viabilité économique de l’entreprise et les emplois qu’elle représente ;
- les actes litigieux, qui lui interdisent d’exercer son activité, portent une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté du commerce et de l’industrie et à la liberté d’entreprendre ;
- la décision du 25 juillet 2026 a été abrogée par l’arrêté du 29 juillet 2026 ; son ouverture doit être autorisée dès lors qu’elle remplit les conditions de l’article 4 de cet arrêté, les activités accueillant du public se déroulant sur des emprises aménagées situées hors des espaces susceptibles de favoriser la propagation d’un incendie, qui ne sont pas de nature à faire obstacle aux opérations de secours, et la base n’étant pas située dans un secteur faisant l’objet d’une mesure d’évacuation ;
- en tout état de cause, la mesure d’interdiction est illégale en ce qu’elle n’est pas limitée dans le temps, est disproportionnée et méconnaît le principe d’égalité.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code forestier ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.



Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre défini par le règlement interdépartemental de protection de la forêt contre les incendies du 7 juillet 2023, face à l’incendie exceptionnel qui affecte le département de la Gironde, la préfète de la Gironde a décidé de passer au niveau exceptionnel de 5 sur une échelle de 5 (« vigilance noire »), la vigilance pour la prévention des incendies de forêt dans le département de la Gironde à compter du 25 juillet 2026 et a en conséquence, dans les espaces exposés des communes à dominante forestière, notamment interdit les manifestations sportives, de loisirs et culturelles, la présence humaine encadrée et les sites de loisirs aménagés toute la journée. Par un arrêté du 29 juillet 2026, portant réglementation temporaire des manifestations festives, sportives et culturelles organisées dans le département de la Gironde, la préfète de la Gironde a autorisé certaines activités organisées en extérieur au sein des parcs de loisirs et des zones de loisirs se déroulant sur des emprises aménagées situées, en tout ou partie, hors des espaces naturels, forestiers ou, plus généralement végétalisés susceptibles de favoriser la propagation d’incendie, sous réserve qu’elles ne soient pas implantées dans un secteur faisant l’objet d’une mesure d’évacuation ni de nature à faire obstacle aux opérations de secours ou à la gestion de la crise en cours. La société Tepacap, qui exploite un site de loisirs sur le territoire de la commune de Mérignac et souhaite bénéficier d’un allègement du dispositif de vigilance, demande au juge des référés statuant sur le fondement des dispositions de l’article L.521-2 du code de justice, d’enjoindre à l’administration d’autoriser l’ouverture du site de loisirs qu’elle exploite.

2. Aux termes de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ». Selon l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. / Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique ». L’article L. 522-3 du même code dispose cependant que « lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ».


3. D’une part, pour justifier de l’urgence à ce qu'il soit statué dans un très bref délai sur sa demande, la société Tepacap soutient que la décision préfectorale du 25 juillet 2026 de passer en vigilance noire va entrainer des pertes de recettes définitives et non récupérables alors que c’est la haute saison, et met ainsi en péril son activité. Toutefois, si elle produit des captures d’écran d’un logiciel comptable indiquant le chiffre d’affaires qu’elle avait perçu lors de la semaine du 23 au 30 juillet 2025, la société requérante n’apporte aucun élément comptable permettant d’apprécier sa situation financière globale actuelle et ne justifie pas que la décision de la préfète de la Gironde aurait par elle-même pour conséquence, du seul fait de la privation de recettes qu’elle entraînerait depuis quelques jours, de menacer à court terme sa pérennité et sa viabilité économique. Par suite, l’exécution de l’arrêté litigieux n’est manifestement pas, en l’état de l’instruction, constitutive d’une situation d’urgence caractérisée qui rendrait nécessaire l’intervention, dans un délai de quarante-huit heures, du juge des référés statuant sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 521-2 du code de justice administrative.

4. D’autre part, la société Tepacap, qui se borne à produire la décision de la préfète de la Gironde du 25 juillet 2026 et l’arrêté de cette préfète du 29 juillet 2026 précités, qui présentent un caractère réglementaire, ainsi qu’un courriel de la commune de Mérignac qui ne la vise pas individuellement, n’établit pas que ces arrêtés auraient pour effet de lui interdire, à titre individuel, d’ouvrir au public le site de loisirs qu’elle exploite afin d’exercer son activité, alors qu’elle soutient elle-même, dans sa requête, qu’elle remplit les conditions fixées par l’article 4 de l’arrêté du 29 juillet 2026 pour exercer son activité d’exploitation d’un site de loisirs. En outre, si elle soutient qu’elle a présenté le 29 juillet 2026 un recours gracieux tendant à l’assouplissement des restrictions à son activité et que ce recours a été rejeté le 30 juillet 2026, d’une part, elle ne produit ni ce recours gracieux, ni aucun élément permettant d’établir qu’il aurait été reçu par la préfète de la Gironde et, d’autre part, le délai de deux mois à l’issue de laquelle une décision implicite de rejet de ce recours gracieux était susceptible de naître n’était nécessairement pas écoulé à la date de la présente ordonnance. Enfin, la société requérante ne produit aucune décision ni aucune pièce permettant d’établir que la préfète lui aurait interdit, à titre individuel, d’exercer son activité à la date de la présente ordonnance. Dès lors, la société Tepacap ne peut manifestement pas se prévaloir d’une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté de commerce et d’industrie et à sa liberté d’entreprendre. Par suite, il apparaît manifeste, au vu de sa demande, que cette dernière est mal fondée.

4. Il y a donc lieu de faire application des dispositions précitées de l’article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête présentée par la société Tepacap, en toutes ses conclusions.





O R D O N N E :




Article 1er : La requête de la société Tepacap est rejetée.





Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Tepacap et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée pour information à la préfète de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 3 août 2026.


La juge des référés,




S. Jaouën



La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,
La greffière,